L'année jubilaire, selon les prescriptions du Livre du Lévitique, devait être une année particulière. Cette année-là, il était prescrit de rendre aux anciens propriétaires la terre achetée chez eux, celle qui était héréditaire et appartenait à l'homme...
L'année jubilaire, selon les prescriptions du Livre du Lévitique, devait être une année particulière. Cette année-là, il était prescrit de rendre aux anciens propriétaires la terre achetée chez eux, celle qui était héréditaire et appartenait à l'homme comme sa part communautaire. En effet, toute la terre chez les Juifs, à l'exception des biens immobiliers urbains, était communautaire. Il en allait autrement des terrains dans les villes, ou plus exactement dans les localités que le Pentateuque appelle habituellement villes: il s'agissait là précisément de la propriété privée de personnes concrètes, qui leur appartenait comme à des individus. Quant aux terres agricoles, champs ou pâturages, elles appartenaient à toute la communauté dans son ensemble: d'abord à la communauté clanique, puis, après que les communautés territoriales eurent commencé à remplacer les communautés de clan, à la communauté territoriale.
Le territoire communautaire était divisé en lots attribués aux membres concrets de cette communauté. Ce sont ces lots qui sont visés par les prescriptions concernant l'année jubilaire: lors de l'année jubilaire, ils devaient être rendus au propriétaire initial, à celui à qui ils appartenaient au moment du partage de la terre communautaire. Ainsi, dans la société juive de la période préétatique, et peut-être en partie plus tard, se maintenait une stabilité sociale et patrimoniale.
En outre, pendant l'année jubilaire, il était prescrit de remettre les dettes et de libérer ceux qui étaient tombés en esclavage pour dettes, même si l'esclave n'avait pas encore travaillé assez pour rembourser sa dette. Quant à la propriété privée non liée aux terres communautaires, la règle du retour pendant l'année jubilaire ne s'y appliquait pas: une telle propriété appartenait entièrement à son maître, qui en disposait exclusivement à sa guise. La distinction entre propriété communautaire et propriété privée était, bien sûr, conditionnée historiquement et liée au processus même d'installation des Juifs dans les territoires conquis par eux en Palestine.
Mais il y avait aussi autre chose: le rapport à la terre comme à un don de Dieu. C'est Dieu, en effet, qui a donné au peuple la terre sur laquelle il vivait, et qui l'a Lui-même répartie entre les tribus. Par conséquent, la terre devait rester chez ceux à qui Dieu l'avait attribuée; autrement Sa volonté aurait été violée, et les hommes à qui Il l'avait destinée seraient restés sans leur terre. Un tel état de choses aurait complètement déformé le dessein de Dieu sur le peuple et sur la terre, ce qu'il ne fallait en aucun cas permettre: c'est pourquoi apparaît dans le Pentateuque la loi sur l'année jubilaire.