La purification de la femme qui a accouché soulève souvent des questions, et des questions tout à fait légitimes. En effet: avant même la chute, Dieu a ordonné à l’homme de «fructifier, se multiplier et remplir la terre». Il ne peut donc rien y avoir...
La purification de la femme qui a accouché soulève souvent des questions, et des questions tout à fait légitimes. En effet: avant même la chute, Dieu a ordonné à l’homme de «fructifier, se multiplier et remplir la terre». Il ne peut donc rien y avoir de pécheur, par définition, ni dans la vie conjugale ni dans la naissance des enfants: le commandement de Dieu ne peut pas être pécheur. Pourtant la purification suppose la nécessité de libérer l’homme soit de la conséquence d’un péché qu’il a commis, soit de l’influence de quelque chose qui est entré dans le monde à la suite de la chute, et non selon la volonté et le dessein de Dieu. Or on ne peut absolument pas dire cela de la naissance des enfants.
Pourquoi donc, dans ce cas, est-il prescrit à la femme de se purifier après la naissance d’un enfant? Aujourd’hui, il nous est tout à fait impossible d’imaginer comment la naissance des enfants avait été conçue à l’origine. On sait seulement qu’après la chute Dieu avertit la femme: désormais, l’enfantement sera pour elle «douloureux». La nature humaine a changé après la chute, et ce changement ne pouvait pas ne pas se refléter dans la naissance des enfants. De plus, il ne s’agissait sans doute pas seulement de physiologie comme telle. L’homme déchu porte déjà en lui la mort dès sa naissance.
Après la chute, chacun naît pour finalement mourir. Ce n’est qu’après la venue du Christ que le destin de l’homme a changé sur ce point: maintenant que le Royaume, selon la parole du Sauveur, «s’est approché», la fin du chemin terrestre ne signifie plus le triomphe de la mort sur la vie ni le départ de l’homme, ou plutôt de ce qu’il en reste, au shéol, dans le monde des ombres où il n’y a pas de vie, mais seulement son pitoyable simulacre.
À l’époque où fut écrit le livre du Lévitique, la vie de l’homme était plongée dans l’océan sans bornes de la mort qui l’entourait, et la naissance d’un homme était une entrée dans la mort beaucoup plus que dans la vie, même si, bien sûr, peu de gens en prenaient pleinement conscience. Voilà pourquoi la femme qui avait accouché avait besoin de purification: au moment de l’accouchement, elle aussi était plongée, ne serait-ce que brièvement, dans cet océan de mort qui entrait dans son enfant au contact du monde déchu.
C’est pour cela même qu’il fallait «racheter» l’enfant en offrant pour lui le sacrifice correspondant; mais la femme qui avait accouché avait, elle aussi, besoin de purification, comme c’était toujours nécessaire lorsque l’homme entrait en contact avec la mort. Aujourd’hui, bien sûr, tout est déjà tout autre, mais il n’y a aucun mérite de notre part: nous avons simplement eu la chance de naître à une époque où la mort est déjà vaincue. Le livre du Lévitique, lui, nous rappelle ce dont le Sauveur nous a délivrés en apportant le Royaume dans le monde.