La fin sans gloire d'Aman, qui projetait d'exterminer tous les Juifs parce qu'ils adorent le Dieu unique, paraît dans le...
La fin sans gloire d'Aman, qui projetait d'exterminer tous les Juifs parce qu'ils adorent le Dieu unique, semble découler naturellement du récit. Même averti par ses proches, il ne renonce pas à son dessein. La décision d'Aman scelle sa perte. Peut-on parler ici de prédestination ? Probablement pas. Et pourtant, la mort d'Aman est inévitable, car chacun porte la responsabilité de ses décisions et de ses actes. Cette responsabilité ne peut être abolie, parce que toute l'histoire de l'humanité se déroule devant la face du Tout-Puissant. Elle est source de vie lorsque le cœur de l'homme est tourné vers le bien ; mais si son cœur s'attache au mal, elle devient destructrice. Ainsi, le livre d'Esther proclame un aspect important de la vision biblique de l'histoire.
4 g) Comme l’avait fait Aman lui-même pour perdre les Juifs, 3.8, c’est la raison d’État qu’invoque Esther.
8 h) Ce geste équivaut à une condamnation à mort on voilait la tête de ceux qui allaient être pendus.
9 i) Comparer les dictons sur ceux qui tombent dans la fosse qu’ils ont creusée eux-mêmes, Pr 26.27 ; 28.10 ; Qo 10.8 ; Si 27.26 ; Ps 7.16 ; 9.16 ; 35.7-8 ; 57.7.
Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.
Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.
La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.