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La Bible en cinq ans pour le 5 septembre 2019

La Bible de Jérusalem (fr)

Esther, Chapitre 7

IV. Revanche des Juifs> 14 Aman au banquet d’Esther.
1 Le roi et Aman allèrent banqueter chez la reine Esther,
2 et ce deuxième jour, pendant le banquet, le roi dit encore à Esther : « Dis-moi ce que tu demandes, reine Esther, c’est accordé d’avance ! Dis-moi ce que tu désires ; serait-ce la moitié du royaume, c’est chose faite ! » —
3 « Si vraiment j’ai trouvé grâce à tes yeux, ô roi, lui répondit la reine Esther, et si tel est ton bon plaisir, accorde-moi la vie, voilà ma demande, et la vie de mon peuple, voilà mon désir.
4 Car nous sommes livrés, mon peuple et moi, à l’extermination, à la tuerie et à l’anéantissement. Si encore nous avions seulement été livrés comme esclaves ou servantes, je me serais tue. Mais en l’occurrence le persécuteur sera hors d’état de compenser le dommage qui va en résulter pour le roi. »
5 Mais Assuérus prit la parole et dit à la reine Esther : « Qui est-ce ? Où est l’homme qui a pensé agir ainsi ? »
6 Alors Esther : « Le persécuteur, l’ennemi, c’est Aman, c’est ce misérable ! » À la vue du roi et de la reine, Aman fut glacé de terreur.
7 Furieux, le roi se leva et quitta le banquet pour gagner le jardin du palais, cependant qu’Aman demeurait près de la reine Esther pour implorer la grâce de la vie, sentant trop bien que le roi avait décidé sa perte.
8 Quand le roi revint du jardin dans la salle du banquet, il trouva Aman effondré sur le divan où Esther était étendue. « Va-t-il après cela faire violence à la reine chez moi, dans le palais ? » s’écria-t-il. À peine le mot était-il sorti de sa bouche qu’un voile fut jeté sur la face d’Aman.
9 Harbona, un des eunuques, dit en présence du roi : « Justement il y a une potence de cinquante coudées qu’Aman a fait préparer pour ce Mardochée qui a parlé pour le bien du roi ; elle est toute dressée dans sa maison » — « Qu’on l’y pende », ordonna le roi.
10 Aman fut donc pendu à la potence dressée par lui pour Mardochée et la colère du roi s’apaisa.
Lire la suite:Esther, Chapitre 8
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

4 g) Comme l’avait fait Aman lui-même pour perdre les Juifs, 3.8, c’est la raison d’État qu’invoque Esther.


8 h) Ce geste équivaut à une condamnation à mort on voilait la tête de ceux qui allaient être pendus.


9 i) Comparer les dictons sur ceux qui tombent dans la fosse qu’ils ont creusée eux-mêmes, Pr 26.27 ; 28.10 ; Qo 10.8 ; Si 27.26 ; Ps 7.16 ; 9.16 ; 35.7-8 ; 57.7.


Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.

Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.

La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.

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