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La Bible en cinq ans pour le 3 septembre 2019

La Bible de Jérusalem (fr)

Esther, Chapitre 5

III. Les Juifs menacés> 1 Esther se présente au palais.
1 Le troisième jour, lorsqu’elle eut cessé de prier, elle quitta ses vêtements de suppliante et se revêtit de toute sa splendeur. 1a Ainsi devenue éclatante de beauté, elle invoqua le Dieu qui veille sur tous et les sauve. Puis elle prit avec elle deux servantes. Sur l’une elle s’appuyait mollement. L’autre l’accompagnait et soulevait son vêtement.  1b À l’apogée de sa beauté, elle rougissait et son visage joyeux était comme épanoui d’amour. Mais la crainte faisait gémir son cœur.  1c Franchissant toutes les portes, elle se trouva devant le roi. Il était assis sur son trône royal, revêtu de tous les ornements de ses solennelles apparitions, tout rutilant d’or et de pierreries, redoutable au possible. 1d Il leva son visage empourpré de splendeur et, au comble de la colère, regarda. La reine s’effondra. Dans son évanouissement son teint blêmit et elle appuya la tête sur la servante qui l’accompagnait.  1e Dieu changea le cœur du roi et l’inclina à la douceur. Anxieux, il s’élança de son trône et la prit dans ses bras jusqu’à ce qu’elle se remît, la réconfortant par des paroles apaisantes.  1f « Qu’y a-t-il, Esther ? Je suis ton frère ! Rassure-toi ! Tu ne mourras pas. Notre ordonnance ne vaut que pour le commun des gens. Approche-toi »
2 Levant son sceptre d’or il le posa sur le cou d’Esther, l’embrassa et lui dit : « Parle-moi ! » —  2a « Seigneur, lui dit-elle, je t’ai vu pareil à un ange de Dieu. Mon cœur s’est alors troublé et j’ai eu peur de ta splendeur. Car tu es admirable, Seigneur, et ton visage est plein de charmes »  2b Tandis qu’elle parlait, elle défaillit. Le roi se troubla et tout son entourage cherchait à la ranimer.  3 « Qu’y a-t-il, reine Esther ? lui dit le roi. Dis-moi ce que tu désires, et, serait-ce la moitié du royaume, c’est accordé d’avance ! » — 4 « Plairait-il au roi, répondit Esther, de venir aujourd’hui avec Aman au banquet que je lui ai préparé ? » — 5 « Qu’on prévienne aussitôt Aman pour combler le souhait d’Esther », dit alors le roi.Le roi et Aman vinrent ainsi au banquet préparé par Esther 6 et, pendant le banquet, le roi redit à Esther : « Dis-moi ce que tu demandes, c’est accordé d’avance ! Dis-moi ce que tu désires, serait-ce la moitié du royaume, c’est chose faite ! » — 7 « Ce que je demande, ce que je désire ? répondit Esther. 8 Si vraiment j’ai trouvé grâce aux yeux du roi, s’il lui plaît d’exaucer ma demande et de combler mon désir, que demain encore le roi vienne avec Aman au banquet que je leur donnerai et j’y exécuterai l’ordre du roi. » 9 Ce jour-là Aman sortit joyeux et le cœur en fête, mais quand, à la Porte Royale, il vit Mardochée ne point se lever devant lui ni bouger de sa place, il fut pris de colère contre lui. 10 Néanmoins il se contint. Revenu chez lui, il convoqua ses amis et sa femme Zéresh 11 et, longuement, devant eux, parla de son éblouissante richesse, du nombre de ses enfants, de tout ce dont le roi l’avait comblé pour l’élever et l’exalter au-dessus de tous ses grands officiers et serviteurs. 12 « Ce n’est pas tout, ajouta-t-il, la reine Esther vient de m’inviter avec le roi, et moi seul, à un banquet qu’elle lui offrait, et bien plus, je suis encore invité par elle avec le roi demain. 13 Mais que me fait tout cela aussi longtemps que je verrai Mardochée, le Juif, siéger à la Porte Royale ! » — 14 « Fais seulement dresser une potence de cinquante coudées, lui répondirent sa femme, Zéresh, et ses amis ; demain matin tu demanderas au roi qu’on y pende Mardochée ! Tu pourras alors, tout joyeux, aller rejoindre le roi au banquet ! » Ravi du conseil, Aman fit préparer la potence.
Lire la suite:Esther, Chapitre 6
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Notes sur la partie

1 b) Au lieu du développement du grec que nous donnons, l’hébr. porte simplement « 1 Le troisième jour, Esther revêtit la (parure) royale et se tint dans la cour intérieure du palais royal, face à la maison du roi, le roi étant assis sur son trône royal, dans la maison royale, en face de la porte de la maison. 2 Quand le roi vit la reine Esther debout dans la cour, elle trouva grâce à ses yeux. Le roi tendit alors à Esther le sceptre d’or qu’il tenait en main. Esther s’approcha et en toucha l’extrémité » — Le grec et l’hébr. se retrouvent d’accord au v. 3.


Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.

Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.

La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.

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