La tradition concernant Ruth la Moabite, qui s'est formée au début du premier millénaire avant le Christ et a probablement acquis sa forme définitive...
La tradition concernant Ruth la Moabite, qui s'est formée au début du premier millénaire avant le Christ et a probablement acquis sa forme définitive immédiatement après la captivité babylonienne, constitue, dans le contexte biblique général, une prophétie étonnante et très importante. Sur le plan chronologique, le livre de Ruth peut être considéré comme l'un des premiers manifestes de l'universalisme biblique. Par son contenu spirituel, il ressemble à une parabole proche de la révélation des prophètes.
Le livre de Ruth raconte le destin d'une femme moabite. Le simple fait qu'il s'agisse d'une femme revêt une importance exceptionnelle. Les peuples anciens considéraient rarement la femme comme une personne et voyaient encore moins un sens religieux dans son destin. Mais le plus important est que Ruth est moabite, étrangère, « ressortissante d'une nation voisine méprisée ». Sa décision de rester auprès de Noémi paraît motivée par des sentiments simples, que nous avons l'habitude d'appeler « humains ». Il s'agit, au fond, de miséricorde envers sa vieille belle-mère. Mais c'est précisément cela qui conduit Ruth au Dieu unique, et pas seulement à la foi : elle se retrouve au cœur même de l'Histoire sainte. Le roi David est le descendant de Ruth elle-même, et Ruth est l'une des trois seules femmes mentionnées par l'évangéliste Matthieu dans la généalogie du Seigneur Jésus-Christ.
2 a) Les noms sont peut-être fictifs et choisis pour leur signification les deux fils qui meurent jeunes, Mahlôn « langueur » et Kilyôn « consomption » ; Orpa « celle qui tourne le dos » (1.14) ; Ruth « l’amie » ; Noémi « ma douceur » ; Élimélek « mon Dieu est roi ».
6 b) Voir Ex 3.16. La « visite » est ici favorable.
11 c) Selon la loi du lévirat, Dt 25.5-10.
14 d) « et retourna vers son peuple » grec ; omis par hébr.
Le livret de Ruth est placé à la suite des Juges dans la Septante, la Vulgate et les traductions modernes. Dans la Bible hébraïque, il est rangé avec les Hagiographes comme l’un des cinq rouleaux, les « megillôt », qu’on lisait aux principales fêtes, Ruth servant pour la fête de la Pentecôte. Bien que son sujet rattache le livre à la période des Juges, cf. 1.1, il ne faisait pas partie de la rédaction deutéronomiste qui s’est étendue de Josué à la fin des Rois.
C’est l’histoire de Ruth la Moabite qui, après la mort de son mari, un homme de Bethléem émigré en Moab, revient en Juda avec sa belle-mère Noémi et épouse Booz, un parent de son mari, en application de la loi du lévirat ; de ce mariage naît Obed qui sera le grand-père de David.
Une addition, 4.18-22, donne une généalogie de David, parallèle à celle de 1 Ch 2.5-15.
La date de composition est très discutée et l’on a proposé toutes les périodes depuis David et Salomon jusqu’à Néhémie. Les arguments avancés pour une date tardive : place dans le canon hébreu, langue, coutumes familiales, doctrine, ne sont pas décisifs et le livret, moins les derniers versets, pourrait avoir été composé à l’époque monarchique. C’est une histoire édifiante, dont l’intention principale est de montrer comment est récompensée la confiance qu’on met en Dieu, dont la miséricorde s’étend jusque sur une étrangère, 2.12. Cette foi en la Providence et cet esprit universaliste sont l’enseignement durable du récit. Le fait que Ruth a été reconnue comme la bisaïeule de David a donné un prix particulier au livret, et saint Matthieu a inclus le nom de Ruth dans la généalogie du Christ, Mt 1.5.