La logique de Michée semble paradoxale : il s’avère que pour Dieu, il faut que Son peuple se trouve en Babylone, en exil, et seulement là-bas apparaîtra à Dieu la possibilité de racheter (le mot correspondant juif signifie notamment cela; toutes les autres connotations sémantiques liées à lui, avec toute leur importance, sont tout de même secondaires) Son peuple...
La logique de Michée semble paradoxale : il s’avère que pour Dieu, il faut que Son peuple se trouve en Babylone, en exil, et seulement là-bas apparaîtra à Dieu la possibilité de racheter (le mot correspondant juif signifie notamment cela; toutes les autres connotations sémantiques liées à lui, avec toute leur importance, sont tout de même secondaires) Son peuple. D'une part, nous avons devant nous, sûrement, la suite du sujet de la perte par le peuple de la terre donnée par Dieu à cause de ses péchés, et d'autre part— le sujet du reste, dont parlaient tous les prophètes d’avant captivité. Mais le prophète apporte à un vieux sujet quelque chose de nouveau : il dit que le peuple se trouve dans la captivité à cause de ses péchés, mais voici le rachète de la captivité Dieu. Un tel regard donnait au sujet un angle un peu inattendu.
En effet, il s’agissait dans le cas présent de tels péchés, dont il est impossible de se délivrer des conséquences, selon la Torah et les représentations traditionnelles. La Torah admet bien sûr la possibilité de la purification des conséquences du péché commis par l’homme, mais seulement lorsque le péché est involontairement commis, et non lorsqu’il s'agit d’un péché conscient et volontaire. Cependant, le peuple se trouve dans la captivité notamment à cause du péché conscient et volontaire : en effet, la captivité, selon le témoignage de tous les prophètes d’avant captivité, est devenue le résultat d’une violation consciente de la Torah, jusqu'à l'apostasie.
Et si Dieu, en dépit de tout, est prêt à racheter le peuple, est prêt à oublier tout ce qu’il a commis, cela signifie seulement une chose: Il est prêt à manifester au monde et à Son peuple toute la plénitude de Sa miséricorde. Une telle plénitude, qui pourra faire l’impossible, expier l’inexpiable, libérer de ce que, d'après toutes les lois du monde non transformé, est impossible d’être libéré. Et voici apparaissent alors ces connotations sémantiques, qui nous mènent directement vers le Nouveau Testament : car sans l’arrivée du Messie, sans le Royaume approché, la tâche du rachat du peuple de Dieu est tout à fait irréalisable. Ainsi la logique de l'opposition au péché amène le peuple de Dieu au seuil du Royaume. La seule place, où on peut se libérer du pouvoir de n'importe quel péché une fois pour toutes.
10 i) « hurle » ge`î conj. ; « jaillis » gohî hébr.
Le prophète Michée (qu’il ne faut pas confondre avec Michée Ben Yimla qui vécut sous le règne d’Achab, 1 R 22) était un Judéen, originaire de Moréshèt, à l’ouest d’Hébron. Il a exercé son action sous les rois Achaz et Ézéchias, c’est-à-dire avant et après la prise de Samarie en 721 et peut-être jusqu’à l’invasion de Sennachérib en 701. Il fut donc en partie le contemporain d’Osée et, plus longuement, d’Isaïe. Par son origine campagnarde, il s’apparente à Amos, dont il partage l’aversion pour les grandes cités, le langage concret et parfois brutal, le goût des images rapides et des jeux de mots.
Le livre se divise en quatre parties qui font alterner la menace et la promesse : 1.2 – 3.12, procès d’Israël ; 4.1 – 5.14, promesses à Sion ; 6.1 – 7.7, nouveau procès d’Israël ; 7.8-20, espérances. Les promesses à Sion contrastent trop violemment avec les menaces qui les encadrent et cette composition balancée est un arrangement des éditeurs du livre. Il est difficile de déterminer l’étendue des remaniements qu’il a subis dans le milieu spirituel où se gardait le souvenir du prophète. On s’accorde à reconnaître que 7.8-20 se situe nettement à l’époque du retour de l’Exil. C’est dans ce temps aussi que se placeraient le mieux l’oracle de 2.12-13, perdu parmi des menaces, et les annonces de 4.6-7 ; 5.6-7. D’autre part, 4.1-5 se retrouve à peu près textuellement dans Isa 2.2-5, et ne semble être primitif dans aucun des deux contextes. Mais il ne faut pas s’autoriser de ces additions pour retrancher du message authentique de Michée toutes les promesses d’avenir. La collection d’oracles des chap. 4-5 a été constituée pendant ou après l’Exil, mais elle contient des pièces authentiques et, en particulier, il n’y a pas de raison décisive pour refuser à Michée l’annonce messianique de 5.1-5, qui concorde avec ce qu’Isaïe faisait espérer à la même époque, Isa 9.1s ; 11.1s.
Nous ne savons rien de la vie de Michée ni comment il fut appelé par Dieu. Mais il avait une conscience aiguë de sa vocation prophétique et c’est pour cela que, se distinguant des faux inspirés, il annonce avec assurance le malheur 2.6-11 ; 3.5-8. Il porte la parole de Dieu et celle-ci est d’abord une condamnation. Yahvé fait le procès de son peuple, 1.2 ; 6.1s, et le trouve coupable : fautes religieuses sans doute, mais surtout fautes morales, et Michée fustige les riches accapareurs, les créanciers impitoyables, les commerçants fraudeurs, les familles divisées, les prêtres et les prophètes cupides, les chefs tyranniques, les juges vénaux. C’est le contraire de ce que Yahvé réclamait : « accomplir la justice, aimer la bonté, et s’appliquer à marcher avec Dieu », 6.8, formule admirable, qui résume les revendications spirituelles des prophètes et rappelle surtout Osée. Le châtiment est décidé : dans un bouleversement du monde, 1.3-4, Yahvé viendra juger et punir son peuple, la ruine de Samarie est annoncée, 1.6-7, celle des villes du Bas-Pays où vit Michée, 1.8-15, celle même de Jérusalem, qui deviendra un monceau de décombres, 3.12.
Cependant le prophète garde une espérance, 7.7. Il reprend la doctrine du Reste, ébauchée par Amos, et il annonce la naissance en Éphrata du Roi pacifique qui fera paître le troupeau de Yahvé, 5.1-5.
L’influence de Michée fut durable : les contemporains de Jérémie connaissaient et citaient de lui un oracle contre Jérusalem, Jr 26.18. Le Nouveau Testament a surtout retenu le texte sur l’origine du Messie en Éphrata-Bethléem, Mt 2.6 ; Jn 7.42.