Tous les peuples, en tout temps, savaient bien par leur propre amère expérience que le pouvoir du monde des ombres, appelé dans la Bible shéol, est absolu sur l’homme. En effet, quelle que soit la durée de la vie de l’homme sur la terre, sa vie restait de toute façon temporaire, tandis que le monde des ombres, le royaume des morts, qui attendait chacun à la fin de son chemin terrestre, l’engloutissait pour toujours. De plus, il n’y avait rien de consolant dans ce monde : l’existence que l’homme y menait ne pouvait être appelée vie qu’avec une très grande réserve ; il ne lui restait dans le monde des ombres ni conscience de soi pleinement développée ni mémoire. Mais les auteurs des livres bibliques commencent assez tôt à pressentir que le pouvoir du shéol, du monde des ombres, sur l’homme n’est pas absolu, qu’il peut être surmonté, et précisément avec l’aide de Dieu. L’idée de la possibilité d’une résurrection universelle au dernier jour devient naturellement généralement admise déjà dans la période postexilique, mais les premières intuitions à ce sujet apparurent sans doute chez certains individus avant même l’exil. Qu’est-ce qui servit de fondement à l’espérance que le pouvoir du shéol pouvait être surmonté ? Peut-être l’histoire d’Abraham, qui, ayant expérimenté sur lui-même le pouvoir du monde des ombres, fut libéré de ce pouvoir avec l’aide de Dieu. Ou peut-être l’expérience prophétique : les prophètes, plus que quiconque, éprouvaient vivement la réalité de ce souffle vivifiant de Dieu sans lequel il n’y a pas d’homme comme image de Dieu. Quoi qu’il en soit, il y avait apparemment, avant même l’exil, dans la communauté yahviste, la compréhension que Dieu et la mort sont incompatibles. Le Royaume de Dieu, quelle qu’ait été la manière dont on le comprenait dans la période d’avant l’exil, était par définition le royaume de la vie, et de la vie dans toute sa plénitude. Le shéol, le monde des ombres, était au contraire le royaume de la mort, un monde où il était impossible de vivre et où pourtant on ne laissait pas l’homme mourir jusqu’au bout pour disparaître une fois pour toutes dans le néant. Il n’est pas étonnant qu’une telle ressemblance moqueuse de la vie ne s’accordait aucunement, dans la conscience des fidèles, avec la miséricorde de Dieu. C’est cette certitude de la miséricorde divine qui devint sans doute le fondement de la confiance exprimée dans le psaume : la mort et le pouvoir du shéol, du monde des ombres, sur l’homme peuvent être surmontés. Par la suite, après l’exil, cette certitude prit la forme de la foi en la résurrection universelle.