Cette courte lettre de l'apôtre peut sembler de peu d'importance, du moins pour nous aujourd'hui. Nous ne savons rien des personnes qui y sont mentionnées, et la situation elle-même ne nous est que partiellement intelligible...
Cette courte lettre de l'apôtre peut sembler de peu d'importance, du moins pour nous aujourd'hui. Nous ne savons rien des personnes qui y sont mentionnées, et la situation elle-même ne nous est que partiellement intelligible. Il s'agit manifestement d'un problème interne à l'Église ou touchant son entourage, et d'un problème assez complexe. Une chose est claire : pour Jean, témoigner du Christ et du Royaume, c'est avant tout être fidèle. Fidèle non à des idées et à des convictions, mais à des personnes concrètes dans des situations concrètes. Cela se comprend : le christianisme n'est pas une religion, mais la vie dans le Royaume, et le Royaume n'est ni une idée ni un concept, mais une réalité créée et façonnée avant tout par des relations.
Les relations des hommes avec Dieu et avec le Christ, leurs relations entre eux, enfin les relations du Christ Lui-même avec Son Père céleste, qui constituent le fondement spirituel du Royaume. Or, dans les relations, rien n'est insignifiant. À vrai dire, elles sont faites de petites choses. Comme la vie spirituelle. Et comme la vie en général. Ce n'est qu'une impression de croire que, dans la vie et dans les relations, seuls comptent les événements qui font date et les choix décisifs. En réalité, les événements qui font date résultent d'une multitude de décisions prises dans le train-train quotidien, décisions que nous ne remarquons parfois même pas, précisément à cause de ce train-train. Et les décisions décisives sont préparées par des décisions qui ne le sont nullement, mais qui sont tout à fait ordinaires, quotidiennes, auxquelles nous ne prêtons souvent pas attention parce qu'elles nous paraissent insignifiantes.
Il en va de même dans la vie de l'Église : pour servir la vérité, il suffit parfois d'ouvrir à quelqu'un la porte de sa maison, ne serait-ce que brièvement, et, au contraire, de la fermer à quelqu'un d'autre. De tendre la main à quelqu'un, et de ne pas la tendre à un autre. De sourire aux paroles de l'un, et de se détourner à celles de l'autre. Ce sont là des décisions et des actes qui ne sont pas moins importants que ceux que nous considérons comme grands et essentiels. C'est de cela que se compose la vie. Toute vie. Celle de l'Église. Et celle du Royaume.
4 b) Var. (Vulg.) « une plus grande faveur ».
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).