De la vie éternelle, aujourd'hui, les chrétiens ne sont pas les seuls à savoir quelque chose; chacun, sans doute, en a entendu parler. Mais de quoi parle l'apôtre? La réponse paraît évidente: de la vie après la mort, que l'on identifie d'ordinaire au Royaume de Dieu. On suppose alors, comme allant de soi, que la vie éternelle...
De la vie éternelle, aujourd'hui, les chrétiens ne sont pas les seuls à savoir quelque chose; chacun, sans doute, en a entendu parler. Mais de quoi parle l'apôtre? La réponse paraît évidente: de la vie après la mort, que l'on identifie d'ordinaire au Royaume de Dieu. On suppose alors, comme allant de soi, que la vie éternelle commence «là-bas», «au-delà de la tombe», dans l'après-mort, tandis que la vie que nous vivons ici ne peut, par définition, être que temporaire. Mais est-ce bien ce que Jean a en vue? Selon le sens du texte grec, la «vie éternelle» n'est pas tant une vie qui dure éternellement qu'une vie qui appartient à l'éternité. Or ce n'est évidemment pas la même chose.
En principe, on peut se représenter une vie qui dure éternellement, du moins théoriquement, même appliquée à un homme non transfiguré dans un monde non transfiguré. De plus, la Bible ne nous donne pas de raison de douter qu'avant la chute l'homme, encore non transfiguré mais aussi sans péché, possédait ce qu'on pourrait appeler une immortalité pratique: en principe il pouvait mourir, mais la mort, y compris la mort de vieillesse, n'était pas inévitable pour lui. Pourtant, même cette vie sans péché mais naturelle n'avait pas de rapport avec l'éternité au sens néotestamentaire. En effet, Jean, comme les autres apôtres, parlant de l'éternité, a d'abord en vue le Royaume de Dieu.
L'éternité du Royaume n'est pas une infinité linéaire et mauvaise, ni une suite d'instants qui s'étirent du passé vers l'avenir, mais la plénitude des temps, où tout ce qui existe existe comme un tout unique, non morcelé en instants qui se succèdent, comme il l'est dans le monde non transfiguré. Et l'on ne peut évidemment appeler vie éternelle que la vie liée à cette plénitude des temps, enracinée en elle, et donc enracinée dans le Royaume. Or le Royaume pour nous, si nous sommes chrétiens, n'est pas un avenir, mais un présent. Bien sûr, dans notre monde en voie de transfiguration mais pas encore transfiguré jusqu'au bout, il n'est pas la seule réalité.
Jusqu'à la transfiguration complète, l'ancien ordre des choses continuera d'y subsister et de se manifester, à côté du Royaume qui entre dans le monde. Mais la vie éternelle dont parle l'apôtre peut déjà maintenant être et est réellement une partie du Royaume, indépendamment du lieu où se déroule son existence. Et à la fin des temps, cet enracinement deviendra visible à chacun, afin que chacun de ceux qui ont pris part à la vie éternelle obtienne la plénitude du Royaume qu'il cherchait.
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).