Comme on voit, Paul s’oppose très fermement la tradition (la légende c’est ce qui a été transmis à Timothée et reçu par lui, évidemment, de Paul lui-même) des paroles creuses et des disputes en ce qui concerne cette connaissance, que l'apôtre appelle «pseudo-science». Bien sûr, les anciens philosophes donnaient beaucoup d'attention à la justesse des noms, s'intéressait déjà à ce problème Socrate, qui, avant de raisonner sur n'importe quelles catégories, posait toujours au départ...
Comme on voit, Paul s’oppose très fermement la tradition (la légende c’est ce qui a été transmis à Timothée et reçu par lui, évidemment, de Paul lui-même) des paroles creuses et des disputes en ce qui concerne cette connaissance, que l'apôtre appelle «pseudo-science». Bien sûr, les anciens philosophes donnaient beaucoup d'attention à la justesse des noms, s'intéressait déjà à ce problème Socrate, qui, avant de raisonner sur n'importe quelles catégories, posait toujours au départ la question: mais qu’est-ce qui signifie le mot correspondant? Et n’arrivera-t-il pas qu’en disputant, chacun parlera de ce qui lui est propre, sans même remarquer cela? Mais Paul, paraît-il, parle tout de même d'autre chose. Il appelle, paraît-il, en général «pseudo-science» tout ce qui n'a pas de relation directe au témoignage. La synagogue bouillait à cette époque par les discussions théologiques sur différents sujets, et pénétrait aussi dans l'Église la tradition des discussions et des disputes. Et Paul, comme on voit, ne soutient pas du tout cette tendance. Et bien sûr pas parce qu’il est contre la divergence d'opinions et les discussions. Le problème est ailleurs: de telles discussions ne doivent pas détruire l'Église comme le corps du Christ.
On peut débattre de tout ce qu’on veut, et on peut aussi discuter de tout, de quoi que ce soit. Mais seulement tant que dans ces discussions et débats on ne met pas de doute sur l'essentiel: le Messie et le Royaume. Et le problème ici n’est pas seulement en ce que si on doute des choses fondamentales, on pourra oublier l'Église. Le problème est encore en ce que de telles discussions transforment facilement la réunion d'église en un club de discussions, ce que l’église ne devrait pas être. Il y a des choses qu’on peut et qu’il faut parler pendant le catéchisme, mais pas des conversations qui ne sont pas du tout opportunes dans la réunion d'église. Et pas parce qu’il ne faut pas parler d’elles, mais parce que l’homme, qui n’a pas répondu à ces choses de manière univoque à Dieu, à soi-même et aux autres, ne peut et ne doit simplement pas participer à la réunion d'église.
Et si dans la réunion d'église commencent les discussions sur l’un de tels sujets, il vaut mieux les couper, et causait déjà avec celui qui a posé les questions à part, hors du cadre de la réunion. S’il y a dans l'église des gens, qui participent à de telles discussions avec plaisir, cela ne peut être que le signe de leurs hésitations spirituelles personnelles. Peut-être, quelqu'un d'eux a pris la décision d'entrer dans l'Église en colère, et un autre a peut-être juste une autre crise spirituelle, dont les causes peuvent être nombreuses, y compris la plus ordinaire maturation spirituelle.
Mais dans tous les cas de telles discussions ne contribuent pas du tout à surmonter la crise spirituelle: elles permettent seulement, pour ainsi dire, de se défouler pour que quelque temps après commencer de nouveau la conversation à nouveau. Et l'apôtre comprenait bien sûr parfaitement que les crises spirituelles et les problèmes spirituels sont résolus autrement. Et il mettait en garde son élève de ce qui pouvait facilement transformer l'Église en un club de discussions, dont les participants, n'étant en état de résoudre aucun problème, s'occuperaient seulement de vide bavardage.
12 t) On ne sait pas exactement à quelle circonstance de la vie de Timothée Paul fait ici allusion (baptême, consécration en vue du ministère ?).
13 u) Proclamation de sa royauté messianique et de son rôle de révélateur de la Vérité, Jn 18.36-37. La mention de Ponce Pilate renforce le ton « officiel » de ce témoignage, type de la profession de foi du chrétien, au baptême ou devant les persécuteurs.
14 v) Ce terme (utilisé en 2 Th 2.8 à propos de l’Impie) est adopté par les Pastorales, de préférence à ceux d’« Avènement », 1 Co 15.23, et de « Révélation », 1 Co 1.7, pour désigner la manifestation du Christ, soit dans son triomphe eschatologique, ici et 2 Tm 4.1, 8 ; Tt 2.13 ; He 9.28, soit déjà dans son œuvre rédemptrice, 2 Tm 1.10 ; cf. Tt 2.11 ; 3.4.
16 w) Cette belle doxologie est sans doute inspirée d’une hymne liturgique, cf. 1.17 ; peut-être en est-elle extraite. Elle comprend sept formules d’inspiration biblique transposées en langage hellénistique, contre tout culte rendu à des hommes et toute prétention à comprendre le secret de Dieu.
17 x) Var. (Vulg.) « dans le Dieu vivant ».
20 y) Le « dépôt » est une idée importante des Pastorales, 2 Tm 1.12, 14. Son contenu est celui de la foi, 4.6 ; 2 Tm 1.13 ; Tt 1.9, ou de la tradition, 2 Th 2.15 ; 3.6, mais la notion est d’origine juridique et accentue, chez le dépositaire, le devoir de conserver puis de rendre ou de transmettre intact le dépôt qui lui a été confié. Cf. « garde ce que tu as », Ap 2.25 ; 3.11.
20 z) Cette pseudo-science, « prétendue gnose », sera aussi celle que réfutera un jour Irénée.
21 a) Var. (Vulg.) « avec toi ». Add. (Vulg.) « Amen ».
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.