Revenant au thème du presbytérat et de l'imposition des mains, Paul appelle Timothée à une prudence particulière en ce qui concerne ...
Revenant au thème du presbytérat et de l'imposition des mains, Paul appelle Timothée à une prudence particulière en ce qui concerne les accusations portées contre les presbytres (v. 17-20), ainsi qu'à la circonspection au sujet de l'imposition des mains (v. 22).
Ces recommandations ne sont pas fortuites, elles sont liées à l'essence même des relations qui unissent les membres de la communauté ecclésiale. L'Église est composée de ceux qui cherchent le Royaume et qui y vivent, mais la mesure de l'enracinement dans la vie nouvelle est propre à chacun. Jusqu'à la fin des temps, aucun chrétien ne peut être absolument certain de son salut, de même qu'il ne peut se libérer complètement du pouvoir du péché, contre lequel il faut mener un combat permanent, aussi bien comme membres particuliers de l'Église que comme communautés ecclésiales dont l'Église, à proprement parler, est constituée.
En un certain sens, il y a toujours de quoi accuser chacun des chrétiens et de quoi le prendre en faute, car la liberté complète à l'égard du péché, même pour les membres de l'Église, est encore à venir. Et tant que se poursuit la guerre contre les forces des ténèbres — celle de l'Église dans son ensemble, et celle de chacun des chrétiens contre ses propres péchés — les faux pas, les chutes et les échecs de ceux qui sont les plus visibles, qui se trouvent le plus souvent et le plus longtemps exposés aux regards, comme, par exemple, les presbytres mentionnés par l'apôtre, qui travaillent «dans la parole et dans l'enseignement» (v. 17), apparaissent avec une netteté particulière. C'est pourquoi la prudence dans le jugement et dans la condamnation est ici particulièrement importante. Ce n'est pas par hasard que Paul exige que les accusations portées contre les presbytres ne soient reçues que si elles sont confirmées par au moins deux témoins (v. 19).
Une telle procédure est prescrite par la Torah pour les cas où l'accusation implique la possibilité que le tribunal prononce une condamnation à mort (Dt 17:6). On le voit, l'apôtre considère les accusations portées contre les presbytres comme des accusations méritant la mort. Bien sûr, dans ce cas, il ne s'agissait pas de peine de mort, mais plutôt d'une éventuelle excommunication; cependant l'enjeu n'était pas seulement là, il était avant tout dans le fait qu'un presbytre qui accomplit consciemment quelque chose qui profane son ministère perd le Royaume et les dons qu'il a reçus lors de l'imposition des mains. C'est pourquoi il était d'une importance de principe de comprendre si, dans chaque cas concret, il s'agissait d'un péché involontaire, pratiquement inévitable pour chacun, quels que soient les dons spirituels que possède le ministre, ou d'un péché conscient, après lequel le ministre cesse d'être ministre.
Et il ne s'agit pas seulement du fait qu'une erreur d'appréciation pouvait se transformer en une injustice monstrueuse pour l'accusé. Il s'agit du fait qu'une fausse accusation, dans ce cas, détruit cet espace spirituel, l'espace du Royaume, à l'intérieur duquel seulement l'Église peut exister. Bien sûr, une communauté ecclésiale où une telle injustice s'est produite peut extérieurement continuer d'exister, mais ce qui constitue le fondement de l'Église, elle le perdra inévitablement. Il ne restera qu'une apparence qui, certes, peut parfois tromper ceux qui cherchent, mais qui ne pourra jamais leur donner ce qu'elle promet. Et Paul met Timothée en garde contre cette terrible erreur, une erreur qui peut détruire l'Église en privant les fidèles du Royaume.
17 m) Ou « double honneur ».
18 n) Var. « sa nourriture », cf. Mt 10.10. À la citation du Dt est jointe une parole du Christ qui ne nous est connue que par Luc, Lc 10.7, ce qui ne suppose pas nécessairement l’évangile de Lc entièrement composé et accepté comme « Écriture ». Cf. 2 Tm 3.15.
22 o) Pour lui conférer une fonction dans l’Église, cf. 4.14. D’autres voient ici un geste d’absolution des péchés.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.