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La Bible en cinq ans pour le 17 octobre 2018

La Bible de Jérusalem (fr)

Esdras, Chapitre 3

I. Le retour d’exil et la reconstruction du Temple> 1 La reprise du culte.
1 Quand arriva le septième mois — les Israélites étant ainsi dans leurs villes — tout le peuple se rassembla comme un seul homme à Jérusalem.
2 Josué, fils de Yoçadaq, avec ses frères les prêtres, et Zorobabel, fils de Shéaltiel, avec ses frères, se mirent à rebâtir l’autel du Dieu d’Israël, pour y offrir des holocaustes, comme il est écrit dans la Loi de Moïse, l’homme de Dieu.
3 On rétablit l’autel en son site — malgré la crainte où l’on était des peuples des pays — et l’on y offrit des holocaustes à Yahvé, holocaustes du matin et du soir ;
4 on célébra la fête des Tentes, comme il est écrit, avec autant d’holocaustes quotidiens qu’il est fixé pour chaque jour ;
5 puis, outre l’holocauste perpétuel, on offrit ceux prévus pour les sabbats, néoménies et toutes solennités consacrées à Yahvé, plus ceux que chacun voulait offrir par dévotion à Yahvé.
6 Dès le premier jour du septième mois, on commença à offrir des holocaustes à Yahvé, bien que les fondations du sanctuaire de Yahvé ne fussent pas encore posées.
7 Puis on donna de l’argent aux tailleurs de pierre et aux charpentiers ; aux Sidoniens et aux Tyriens on remit vivres, boissons et huile, pour qu’ils acheminent par mer jusqu’à Jaffa du bois de cèdre en provenance du Liban, selon l’autorisation accordée par Cyrus, roi de Perse.
8 C’est la seconde année de leur arrivée au Temple de Dieu à Jérusalem, le deuxième mois, que Zorobabel, fils de Shéaltiel, et Josué, fils de Yoçadaq, avec le reste de leurs frères, les prêtres, les lévites et tous les gens rentrés de captivité à Jérusalem, commencèrent l’ouvrage, et ils confièrent aux lévites de vingt ans et au-dessus la direction des travaux du Temple de Yahvé.
9 Josué, ses fils et ses frères, Qadmiel et ses fils, les fils de Hodavya, se mirent donc d’un seul cœur à diriger les travailleurs du chantier, au Temple de Dieu.
10 Quand les bâtisseurs eurent posé les fondations du sanctuaire de Yahvé, les prêtres en costume, avec des trompettes, ainsi que les lévites, fils d’Asaph, avec des cymbales, se présentèrent pour louer Yahvé, selon les prescriptions de David, roi d’Israël ;
11 ils chantèrent à Yahvé louange et action de grâces : « Car il est bon, car éternel est son amour » pour Israël. Et le peuple tout entier poussait de grandes clameurs en louant Yahvé, parce que le Temple de Yahvé avait ses fondations.
12 Cependant, maints prêtres, maints lévites et chefs de famille, déjà âgés et qui avaient vu le premier Temple, pleuraient très fort tandis qu’on posait les fondations sous leurs yeux, mais beaucoup d’autres élevaient la voix en joyeuses clameurs.
13 Et nul ne pouvait distinguer le bruit des clameurs joyeuses du bruit des lamentations du peuple ; car le peuple poussait d’immenses clameurs dont l’éclat se faisait entendre très loin.
Lire la suite:Esdras, Chapitre 4
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 s) La même phrase (après corr.) décrit le rassemblement réalisé par Esdras, Ne 7.72—8.1.


2 t) La mention de Zorobabel et de Josué comme initiateurs des travaux, ici et v. 8, vient du rédacteur. Cette mission avait été confiée officiellement à Seshbaççar, Esd 5.13-16 ; 6.3-5.


3 u) « en son site » grec, syr., cf. 2.68 ; « sur ses fondations » hébr.


3 v) L’expression « peuple du pays » (`am ha ’areç ) désigne fondamentalement tous les hommes libres jouissant de leurs pleins droits civiques dans un territoire déterminé, distingués de leurs chefs. Jusqu’à l’Exil elle s’est appliquée au peuple de Juda et d’Israël. Dans Esd 4.4 ; 9.1-2 ; 10.2, 11, et dans Ne 10.29, 31s, l’expression presque toujours au pluriel (« les peuples du pays » ou « les peuples des pays »), désigne les Samaritains et les Ammonites, Moabites, etc., qui ont occupé les terres laissées vacantes par les déportés, et qui ont maintenant les droits politiques. Ils sont distingués du « peuple de Juda ». Cet usage prépare celui de l’époque rabbinique où le « peuple du pays » représente ceux qui n’observent pas la loi religieuse, cf. déjà Jn 7.49.


5 w) « pour les sabbats » 3 Esd 5.51, cf. 2 Ch 2.3 ; omis par hébr.


5 x) Le sacrifice de dévotion se distingue des offrandes sacrificielles obligatoires en vertu de la Loi, ou devenues obligatoires par suite d’un vœu, cf. Lv 7.11.


6 y) Il s’agit, dans la pensée du Chroniste, de la reprise de tout le système cultuel défini par les textes des documents sacerdotaux de la Loi.


7 z) Préparatifs analogues à ceux qui furent faits pour le Temple de Salomon.


8 a) C’est à la deuxième année de Darius que Ag 1.14 ; 2.10s ; Za 4.9 placent le commencement des travaux. En fait, ils commencèrent bien sous Cyrus, Esd 5.16, mais ils avancèrent fort peu, cf. Esd 4.24.


8 b) L’importance donnée aux lévites est un trait du Chroniste.


9 c) « Hodavya » conj., cf. Esd 2.40 ; « Juda » hébr.


9 d) L’hébr. ajoute « les fils de Henadad, leurs fils et leurs frères les lévites », glose d’après Ne 3.18, 24 ; 10.10.


12 e) Après « fondations », hébr. ajoute « il s’agit du Temple », glose.


Les livres d’Esdras et de Néhémie ne formaient qu’un seul « livre d’Esdras » dans la Bible hébraïque et dans la Septante. Comme celle-ci retenait le livre apocryphe grec d’Esdras et lui donnait la première place (Esdras I), le livre d’Esdras-Néhémie y est appelé Esdras II. À l’époque chrétienne, il fut divisé en deux et cet usage fut suivi par la Vulgate, dans laquelle Esdras I Esdras et Esdras II Néhémie ; l’apocryphe grec d’Esdras y est appelé Esdras III. La désignation des deux livres par leurs personnages principaux, Esdras et Néhémie, est encore plus récente ; elle a pénétré dans les éditions imprimées de la Bible massorétique.

Les livres d’Esdras et de Néhémie sont, comme on l’a dit, la continuation de l’œuvre du Chroniste. Après les cinquante années de l’Exil, dont il ne parle pas, celui-ci reprend l’histoire au moment où l’édit de Cyrus, en 538 av. J.-C., autorise les Juifs à retourner à Jérusalem pour y reconstruire le Temple. Les retours commencent aussitôt, mais les travaux du Temple sont interrompus par l’opposition des Samaritains et ne reprennent que sous Darius Ier ; le Temple est achevé en 515. Dans le demi-siècle qui suit, les efforts pour relever les remparts de Jérusalem sont entravés par les mêmes Samaritains, 1-6. Sous Artaxerxès, Esdras, un scribe chargé des affaires juives à la cour de Perse, arrive à Jérusalem avec une nouvelle caravane. Il est muni d’un firman qui lui donne autorité pour imposer à la communauté la Loi de Moïse, reconnue comme loi du roi. Il doit prendre des mesures sévères contre les Juifs qui avaient contracté mariage avec des femmes étrangères, 7-10. Puis Néhémie, échanson d’Artaxerxès, se fait donner par le roi la mission d’aller à Jérusalem pour en relever les murailles. Ce travail est rapidement achevé, malgré les oppositions des ennemis, et la ville est repeuplée, Ne 1.1 – 7.72a. Entre-temps, Néhémie a été nommé gouverneur. Esdras fait une lecture solennelle de la Loi, on célèbre la fête des Tentes, le peuple confesse ses péchés et s’engage à observer la Loi, Ne 7.72b – 10.40. Suivent des listes, des mesures complémentaires et la dédicace du rempart, 11.1-13.3. Néhémie, après être retourné en Perse, revient pour une seconde mission, au cours de laquelle il doit réprimer certains désordres qui se sont déjà introduits dans la communauté, Ne 13.4-31.

On voit, par ce sommaire, que ces livres sont très importants pour l’histoire de la Restauration juive après l’Exil. Les premiers chapitres d’Esdras complètent les renseignements qu’on peut tirer des prophètes Aggée, Zacharie et Malachie. Les deux livres sont la seule source que nous ayons sur l’activité d’Esdras et de Néhémie. La date de leur composition est antérieure à celle des Chroniques, mais surtout ils utilisent et citent textuellement des documents contemporains des faits : listes de rapatriés ou du peuplement de Jérusalem, actes des rois de Perse, correspondances avec la cour, surtout le rapport où Esdras rendit compte de sa mission et le mémoire justificatif de Néhémie.

Malgré cette abondance de sources, l’exégèse d’Esdras et de Néhémie est hérissée de difficultés, car les documents s’y présentent dans un ordre déconcertant. La liste des immigrants est donnée deux fois, Esd 2 et Ne 7 ; dans la section d’Esd 4.6 – 6.18, écrite en araméen, les événements du temps de Darius sont racontés après ceux des règnes de Xerxès et d’Artaxerxès, qui se placent cependant dans le demi-siècle qui suit. Les écrits provenant d’Esdras et de Néhémie ont été disloqués, puis combinés ensemble. En utilisant les dates précises qui y sont données, le rapport d’Esdras peut se restituer dans cet ordre : Esd 7.1-8.36 ; Ne 7.72b – 8.18 ; Esd 9.1 – 10.44 ; Ne 9.1-37.

Mais ce document a été récrit par le Chroniste, qui en a mis certaines parties à la troisième personne, et il a reçu des additions : la liste des coupables d’Esd 10.18, 20-44 et les prières d’Esd 9.6-15 et Ne 9.6-37. Le mémoire de Néhémie comprend les morceaux suivants : 1-2 ; 3.33– 7.5 ; 12.27 – 13.31. Le Chroniste y a inséré un document sur la reconstruction des murailles, Ne 3.1-32. La liste des premiers sionistes, Ne 7.6-72a, est reprise d’Esd 2. Le chap. 10 est un autre document d’archives, qui scelle l’engagement pris par la communauté lors de la seconde mission de Néhémie, 13. Le cadre du chap. 11 est une composition du Chroniste, à quoi ont été ajoutées des listes de la population de Jérusalem et de Juda et, au chap. 12, des listes de prêtres et de lévites.

Il apparaît que le Chroniste a voulu procéder par tableaux d’ensemble. Dans Esd 1-6, son objet principal est la reconstruction du Temple sous Darius : il a groupé les retours successifs de la captivité, estompé la figure de Sheshbaççar au profit de celle de Zorobabel, constitué une sorte de dossier antisamaritain. Dans la suite des livres, il a présenté Esdras et Néhémie travaillant ensemble à la réalisation d’une même œuvre.

Ces procédés de composition littéraire posent de graves problèmes aux historiens. La question la plus discutée et la plus difficile concerne la chronologie d’Esdras et de Néhémie. D’après l’ordre du livre, Esdras arriva à Jérusalem en 458, la septième année d’Artaxerxès Ier, Esd 7.8, Néhémie le rejoignit en 445, la vingtième année du même roi, Ne 2.1. Il resta douze années, Ne 13.6, donc jusqu’en 433, repartit en Perse pour un temps indéterminé et revint faire un second séjour, encore sous ArtaxerxèsIer, qui ne mourut qu’en 424. Cet ordre traditionnel est maintenu par de bons exégètes qui cependant restreignent à une année, d’après les indications précises du livre lui-même, la mission d’Esdras, et le font repartir avant l’arrivée de Néhémie. D’autres exégètes inversent cet ordre car il leur semble que l’œuvre d’Esdras suppose celle de Néhémie déjà accomplie. Les dates données pour Esdras se rapporteraient, non au règne d’Artaxerxès Ier comme celles de Néhémie, mais au règne d’ArtaxerxèsII, et Esdras ne serait arrivé qu’en 398. Enfin, accordant qu’Esdras est venu après Néhémie mais refusant de reconnaître un changement de règne dont le texte ne dit rien, certains exégètes récents font venir Esdras entre les deux missions de Néhémie, au prix d’une correction textuelle d’Esd 7.8 : Esdras serait arrivé, non la septième année, mais la trente-septième année d’Artaxerxès, en 428.

Chacune de ces solutions peut invoquer de bons arguments et chacune aussi se heurte à des difficultés ; le problème doit rester ouvert. Un seul point est sûr : l’activité de Néhémie à Jérusalem de 445 à 433 av. J.-C.

Pour l’intelligence religieuse des livres, il est d’ailleurs d’un intérêt secondaire. Conformément à l’intention de l’auteur, ils donnent un tableau synthétique, mais non pas trompeur, de la Restauration juive, et, pour comprendre celle-ci, les idées qui l’ont animée sont plus importantes à connaître que la suite exacte des faits. Profitant de la politique religieuse libérale que les Achéménides appliquaient dans leur empire, les Juifs reviennent en Terre promise, rétablissent le culte, reconstruisent le Temple, relèvent les murs de Jérusalem et vivent en communauté, gouvernés par des hommes de leur race et régis par la Loi de Moïse. Il ne leur en coûte qu’un loyalisme facile à garder vis-à-vis d’un pouvoir central respectueux de leurs coutumes. C’est un événement considérable, c’est la naissance du judaïsme, préparée par les longues méditations de l’Exil, aidée par l’intervention d’hommes providentiels.

Après Zorobabel, qui reconstruit le Temple mais dont le Chroniste tait les titres messianiques reconnus par Aggée et Zacharie, Ag 2.23 ; Za 6.12s, les pionniers de cette restauration furent Esdras et Néhémie. Esdras est vraiment le père du judaïsme, avec ses trois idées essentielles : la Race élue, le Temple, la Loi. Sa foi ardente et la nécessité de sauvegarder la communauté renaissante expliquent l’intransigeance de ses réformes et le particularisme qu’il imposa aux siens. Il est le patron des scribes et sa figure est allée en grandissant dans la tradition juive. Néhémie est au service des mêmes idées, mais il agit sur un autre plan : dans Jérusalem restaurée et repeuplée par lui, il donne à son peuple la possibilité et le goût d’une vie nationale. Son mémoire, plus personnel que le rapport d’Esdras, nous le fait connaître sensible et humain, payant de sa personne mais prudent et réfléchi, se confiant en Dieu qu’il prie souvent. Il laissa un grand souvenir et Ben Sira chante l’éloge de « celui qui releva pour nous les murs en ruines », Si 49.13.

Il n’est pas étonnant que, dans ce regroupement de la communauté autour du Temple et sous l’égide de la Loi, le Chroniste ait vu une réalisation de l’idéal théocratique qu’il avait prôné dans les Chroniques. Il sait bien que cette réalisation est imparfaite et qu’il faut attendre autre chose, mais, plus que dans les Chroniques, il est dépendant des documents qu’il reproduit : il garde leur ton particulariste qu’excusaient les circonstances, il respecte leur silence – inspiré sans doute par un loyalisme honorable – sur l’espérance messianique. Il écrit au milieu de cette période des IVe et IIIe siècles avant notre ère, qui nous est si mal connue et où la communauté de Jérusalem, repliée sur elle-même, se reconstruit en silence et s’approfondit spirituellement.

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