Le lépreux dont la rencontre avec le Seigneur Jésus est racontée dans le passage de l'Évangile de Luc que nous lisons aujourd'hui fait preuve à la fois d'audace et d'humilité. Selon la Loi, il n'a le droit ni de s'approcher des gens, ni même de...
Le lépreux dont la rencontre avec le Seigneur Jésus est racontée dans le passage de l'Évangile de Luc que nous lisons aujourd'hui fait preuve à la fois d'audace et d'humilité. Selon la Loi, il n'a le droit ni de s'approcher des gens, ni même d'entrer dans les lieux habités. La lèpre étant une maladie contagieuse, la Loi prescrivait de couper tout contact entre le lépreux et le reste du monde. Outre l'aspect médical, toucher un lépreux ou même ses affaires était considéré comme une souillure, une source d'impureté rituelle. Pourtant, il est venu en ville, malgré le risque d'être lapidé, parce qu'il lui était vital de rencontrer le Maître de Nazareth. Au fond, c'était sa seule chance, son unique espoir, car on ne savait pas soigner la lèpre ; mais l'histoire d'Israël connaissait des cas de guérison obtenue par la prière des prophètes.
Voici donc ce lépreux qui traverse la ville en essayant de ne pas attirer l'attention, et qui parvient enfin jusqu'à Jésus. Ici, l'audace n'a plus sa place : dans la plus profonde prosternation possible, il tombe face contre terre devant Jésus et dit : « Si Tu le veux, Tu peux me purifier. » Le sens précis de la phrase grecque est : « Si Tu le veux, Tu as le pouvoir de me purifier. » Pour que s'accomplisse cette guérison miraculeuse et incroyable, il ne faut que la volonté, le désir de Jésus — rien de plus. Le lépreux confesse ainsi que Jésus est Quelqu'un de plus grand qu'un simple maître ou prophète : il confesse Sa toute-puissance.
Il semble que seuls les apôtres aient été témoins de cette scène ; autrement, un scandale aurait inévitablement éclaté. Le Sauveur aurait dû quitter précipitamment cette petite ville si des pharisiens avaient vu ce qu'Il avait fait : pour tout maître, tout rabbi, parler à un lépreux aurait déjà été une souillure, et n'importe quel pharisien l'aurait d'abord chassé de la ville. C'est précisément pourquoi le lépreux dit « si Tu le veux » : il reconnaît humblement que son geste désespéré est contraire à la Loi. Mais Jésus Se penche — car le lépreux est toujours étendu à terre — et le touche de Sa main ! Ce geste est une icône étonnamment expressive de la miséricorde de Dieu. Comme dans une goutte d'eau, toute la Révélation du Nouveau Testament s'y reflète. Et ces paroles de Jésus, au fond si simples et ordinaires, « Je le veux, sois purifié », résonnent à cet instant comme les commandements du Tout-Puissant aux premiers jours de la création : « ...car Il a parlé, et cela fut ; Il a commandé, et cela advint » (Ps 33:9). L'humilité, l'espérance confiante et l'audace du lépreux deviennent alors une image de notre salut.
1 b) a groupé dans ce récit : 1° une description des lieux et une prédication de Jésus, vv. 1-3, qui rappellent Mc 4.1-2 et Mc 1.16, 19 ; 2° l’histoire d’une pêche miraculeuse, vv. 4-10a, qui ressemble à Jn 21.4-11 ; 3° l’appel de Simon, vv. 10b-11, apparenté à Mc 1.17, 20. En racontant la vocation des premiers disciples après une période d’enseignements et de miracles, a voulu rendre plus vraisemblable leur réponse immédiate à l’appel.
8 c) En fait, Jésus ne donnera à Simon le surnom de Pierre que plus tard, 6.14. C’est donc une anticipation littéraire, et de caractère johannique (comme la pêche miraculeuse ?), car l’expression « Simon-Pierre », sauf ce cas de et Mt 16.16, ne se rencontre que chez Jean, 17 fois, Jn 1.40 ; 6.8, 68, etc. ; Jn 21.2, 3, 7, 11.
10 d) Les « associés » du v. 7. Si André n’est pas nommé, c’est qu’il est dans la barque de Simon (voir les pluriels des vv. 5, 6, 7), lequel retient toute l’attention de Luc.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.