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La Bible en cinq ans pour le 19 mai 2018

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Chroniques, Chapitre 23

II. David, fondateur du culte du Temple> 1 Classes et fonctions des lévites.
1 Devenu vieux et rassasié de jours, David donna à son fils Salomon la royauté sur Israël.
2 Il réunit tous les officiers d’Israël, les prêtres et les lévites.
3 On recensa les lévites de trente ans et plus. En les comptant tête par tête, on trouva trente-huit mille hommes ;
4 vingt-quatre mille d’entre eux présidaient aux offices de la maison de Yahvé, six mille étaient scribes et juges,
5 quatre mille portiers, et quatre mille louaient Yahvé, avec les instruments que David avait faits à cette intention.
6 Puis David répartit les lévites en classes : Gershôn, Qehat et Merari.
7 Pour les Gershonites : Ladân et Shiméï.
8 Fils de Ladân : Yehiel, le premier, Zétam, Yoël, trois en tout.
9 Fils de Shiméï : Shelomit, Haziel, Harân, trois en tout. Ce sont les chefs de famille de Ladân.
10 Fils de Shiméï : Yahat, Zina, Yéush, Béria ; ce furent là les fils de Shiméï, quatre en tout.
11 Yahat était l’aîné, Ziza le second, puis Yéush et Béria qui n’eurent pas beaucoup d’enfants et furent enregistrés en une seule famille.
12 Fils de Qehat : Amram, Yiçhar, Hébrôn, Uzziel, quatre en tout.
13 Fils de Amram : Aaron et Moïse. Aaron fut mis à part pour consacrer les choses très saintes, lui et ses fils à jamais, faire fumer l’encens devant Yahvé, le servir et bénir en son nom à jamais.
14 Moïse fut un homme de Dieu dont les fils reçurent le nom de la tribu de Lévi.
15 Fils de Moïse : Gershom et Éliézer.
16 Fils de Gershom : Shebuel, le premier.
17 Il y eut des fils d’Éliézer : Rehabya, le premier. Éliézer n’eut pas d’autres fils, mais les fils de Rehabya furent extrêmement nombreux.
18 Fils de Yiçhar : Shelomit le premier.
19 Fils de Hébrôn : Yeriyyahu le premier, Amarya le second, Yahaziel le troisième, Yeqaméam le quatrième.
20 Fils d’Uzziel : Mika le premier, Yishshiyya le second.
21 Fils de Merari : Mahli et Mushi. Fils de Mahli : Éléazar et Qish.
22 Éléazar mourut sans avoir de fils, mais des filles qu’enlevèrent les fils de Qish leurs frères.
23 Fils de Mushi : Mahli, Éder, Yerémot, trois en tout.
24 Tels étaient les fils de Lévi par familles, les chefs de maison et ceux qu’on recensait nominativement, tête par tête ; quiconque était âgé de vingt ans et plus était affecté au service de la maison de Yahvé.
25 Car David avait dit : « Yahvé, Dieu d’Israël, a donné le repos à son peuple et il demeure pour toujours à Jérusalem.
26 Les lévites n’auront plus à transporter la Demeure et les objets destinés à son service. »
27 En effet, selon les dernières paroles de David, les lévites qui furent comptés étaient âgés de vingt ans et plus.
28 Ils sont chargés de se tenir sous les ordres des fils d’Aaron pour le service du Temple de Yahvé dans les parvis et les salles, pour la purification de chaque chose consacrée ; ils font le service du Temple de Dieu.
29 Ils sont aussi chargés du pain à disposer en rangées, de la fleur de farine destinée à l’oblation, des galettes sans levain, de celles qui étaient préparées à la plaque ou sous forme de mélange, et de toutes les mesures de capacité et de longueur.
30 Ils ont à s’y tenir chaque matin pour célébrer et pour louer Yahvé, et de même le soir,
31 ainsi que pour toute offrande d’holocaustes à Yahvé lors des sabbats, des néoménies et des solennités, selon le nombre fixé par la règle. Cette charge leur incombe en permanence devant Yahvé.
32 Ils observent, au service du Temple de Yahvé, le rituel de la Tente du Rendez-vous, le rituel du sanctuaire et le rituel des fils d’Aaron, leurs frères.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 h) De 23.3 à 27.34, une longue addition interrompt la suite normale du récit qui, de 23.1, se continuait à 28.2. 23.2 est un v. de liaison qui introduit les prêtres et les lévites dont parle l’addition.


3 i) Comme dans Nb 4.3, 23, 30, mais vingt ans d’après le v. 24.


4 j) Ce sont sans doute des chantres ; les catégories sont les mêmes qu’aux chap. 25 et 26 chantres, cf. 25, portiers, 26.1s, scribes et juges, 26.29, enfin instrumentistes, cf. 15.19s.


5 k) « David avait faits » conj. ; « j’avais faits » hébr.


6 l) Les vv. 6-32 sont une introduction, inspirée de Nb 8.5s, à l’organisation du clergé. Mais les fonctions des lévites ne sont plus celles que prévoyait Nb. Dieu ayant élu domicile, ils n’assurent plus les transports, Nb 3-4, mais demeurent dans le Temple pour aider les prêtres dans les tâches prévues au Lv. Certes les Aaronides ont des pouvoirs spéciaux, vv. 13s, mais l’auteur ne distingue pas ici prêtres et lévites. Ce nouvel ordre des choses, stable et définitif, est censé venir de David, comme l’ancien, itinérant et provisoire, venait de Moïse.


7 m) C’est avec 26.21s que cette liste a le plus d’affinités. Elle diverge des autres listes de Gershonites, Ex 6.17 ; Nb 3.18 ; 6.2, 5.


29 n) Les lévites ne sont pas des contrôleurs des poids et mesures, simplement ils doivent veiller à ce que les offrandes soient de la quantité fixée par le rituel.


L’Ancien Testament comprend un second groupe de livres historiques, qui doublent en grande partie et ensuite prolongent l’histoire deutéronomiste qui s’étend de Josué à la fin des Rois. Ce sont les deux livres des Chroniques, puis celui d’Esdras et, selon l’opinion commune, celui de Néhémie. Les deux livres des Chroniques n’en formaient primitivement qu’un seul et les livres d’Esdras et de Néhémie faisaient partie du même ensemble, œuvre d’un seul auteur. Non seulement on y retrouve le même style et les mêmes idées fondamentales, mais la répétition, au début de Esd 1, des versets qui terminent 2 Ch 36 certifie l’unité de composition.

Les livres des Chroniques (d’après le titre hébreu ; la Bible grecque et la Vulgate les appellent « Paralipomènes », c’est-à-dire les livres qui donnent les « choses omises », qui apportent un complément) sont donc une œuvre du judaïsme postexilique, d’une époque où le peuple, privé de son indépendance politique, jouissait cependant d’une sorte d’autonomie reconnue par les maîtres de l’Orient : il vivait sous la direction de ses prêtres, selon les règles de sa loi religieuse. Le Temple et ses cérémonies étaient le centre de la vie nationale. Mais ce cadre légaliste et rituel est vivifié par un courant de piété personnelle, par les doctrines de sagesse, par le souvenir des gloires ou des défaillances du passé et la confiance dans les promesses des prophètes.

L’auteur des Chroniques, un lévite de Jérusalem, appartient profondément à ce milieu.

Il écrit après Esdras et Néhémie, notablement plus tard puisqu’il peut combiner à sa guise les sources qui les concernent. Le début de l’époque grecque, avant 300 av. J.-C., paraît être la date la plus vraisemblable. L’ouvrage reçut ensuite des additions, venant d’une ou de plusieurs mains, en particulier les tables généalogiques de 1 Ch 2-9 furent augmentées et des listes nominatives furent ajoutées, probablement celles des partisans de David, 12, celles des prêtres et des lévites, 15, et la longue addition de 1 Ch 23.3 – 27.34, qui recense le personnel cultuel et administratif de David.

Ces compléments, qui peuvent avoir utilisé de bons documents, restent dans la ligne de pensée du Chroniste.

Il manifeste un grand intérêt pour le Temple. Le clergé joue dans son œuvre un rôle prééminent, non seulement les prêtres et les lévites, selon l’esprit du Deutéronome et des textes sacerdotaux du Pentateuque, mais les classes inférieures du clergé, les portiers et les chantres, désormais assimilés aux lévites. La sanctification du clergé s’étend aux laïcs par leur participation aux sacrifices de communion, qui retrouvent chez le Chroniste leur importance ancienne. Cette communauté sainte n’est pas restreinte aux seuls Judéens : par-delà l’apostasie du royaume d’Israël, dont il parle le moins possible, il retrouve les Douze Tribus unies sous le sceptre de David et, au-delà des circonstances présentes, il attend la réunion de tous les fils d’Israël. Les païens eux-mêmes ne sont pas exclus de la prière du Temple. « Israël » est pour lui tout le peuple fidèle, avec qui Dieu avait fait alliance autrefois, avec qui il a renouvelé cette alliance en la personne de David. C’est sous David que se sont le mieux réalisées les conditions du règne de Dieu sur la terre, de la théocratie ; c’est dans l’esprit de David que la communauté doit vivre, avec un constant souci de réforme qui est un retour aux traditions, pour que Dieu lui garde sa faveur et accomplisse les promesses.

Le centre permanent d’intérêt de cette longue histoire est le Temple de Jérusalem et son culte, depuis les préparations sous David jusqu’à la restauration accomplie par la communauté revenue de l’Exil.

Ces grandes pensées du Chroniste expliquent la composition de son ouvrage. Les premiers chapitres, 1 Ch 1-9, donnent des listes généalogiques qui s’attardent davantage sur la tribu de Juda et la descendance de David, sur les lévites, sur les habitants de Jérusalem. Cela sert d’introduction à l’histoire de David qui occupe toute la fin du premier livre, 10-29. Les démêlés avec Saül sont omis, comme la faute avec Bethsabée, les drames de famille et les révoltes, mais la prophétie de Natân est mise en relief, 1 Ch 17, et une place considérable est faite aux institutions religieuses : transport de l’arche et organisation du culte à Jérusalem, 13, 15-16, préparatifs pour la construction du Temple, 21-29. David a dressé le plan, assemblé les matériaux, réglé les fonctions du clergé jusque dans les détails, et il a laissé la réalisation à son fils Salomon. Dans l’histoire de celui-ci, 2 Ch 1-9, la construction du Temple, la prière du roi lors de la dédicace et les promesses que Dieu fait en réponse occupent la plus grande place. À partir du schisme, le Chroniste ne se préoccupe que du royaume de Juda et de la dynastie davidique. Les rois sont jugés d’après leur fidélité ou leur infidélité aux principes de l’alliance, selon qu’ils se rapprochent ou s’écartent du modèle donné par David, 2 Ch 10-36. Les désordres sont suivis de réformes, dont les plus profondes sont celles d’Ézéchias et de Josias ; ce dernier roi a des successeurs impies qui précipitent le désastre, mais les Chroniques s’achèvent par la permission donnée par Cyrus de reconstruire le Temple. On a dit qu’elles se continuaient par les livres d’Esdras et de Néhémie.

Pour écrire cette histoire, l’auteur s’est servi d’abord des livres canoniques, ceux de la Genèse et des Nombres pour les listes du début, surtout ceux de Samuel et des Rois. Il les utilise librement, il choisit ce qui va à son propos, il ajoute et retranche. Cependant il ne cite jamais ces sources essentielles que nous pouvons vérifier. En revanche, il se réfère à un certain nombre d’autres ouvrages, des « livres » des rois d’Israël ou des rois d’Israël et de Juda, un « midrash » du livre des Rois, des « paroles » ou des « visions » de tel ou tel prophète. Ces écrits nous sont inconnus et on discute sur leur contenu et leurs relations mutuelles. Ils décrivaient probablement les différents règnes à la lumière des interventions prophétiques. Il est douteux que le Chroniste ait utilisé aussi des traditions orales.

Puisque le Chroniste a eu des sources que nous ignorons et qui pouvaient être dignes de foi, il n’y a pas lieu de suspecter en principe tout ce qu’il ajoute aux livres canoniques que nous connaissons. Chaque cas doit être examiné pour lui-même et des recherches récentes ont, sur plusieurs points, vengé le Chroniste du discrédit où le tenaient beaucoup d’exégètes. Mais il arrive aussi qu’il donne des informations incompatibles avec le tableau que tracent Samuel ou les Rois, ou bien qu’il modifie sciemment ce que disent ces derniers livres. Ce procédé – qui serait inexcusable chez un historien moderne dont la mission est de raconter, en l’expliquant, l’enchaînement des faits – se justifie par l’intention de l’auteur : il n’est pas un historien, il est un théologien qui, à la lumière des expériences anciennes et d’abord de l’expérience davidique, « pense » les conditions du royaume idéal ; il fait confluer dans une synthèse le passé, le présent et l’avenir : il projette à l’époque de David toute l’organisation cultuelle qu’il a sous les yeux, il omet tout ce qui pourrait amoindrir son héros. En dehors des informations nouvelles qu’il contient et dont on peut éprouver la valeur, son ouvrage vaut moins pour une reconstitution du passé que comme un tableau de l’état et des préoccupations de son époque.

Car il écrit pour ses contemporains. Il leur rappelle que la vie de la nation dépend de sa fidélité à Dieu et que cette fidélité s’exprime par l’obéissance à la Loi et la régularité d’un culte animé par la vraie piété. Il veut faire de son peuple une communauté sainte, pour laquelle se réaliseront les promesses faites à David. Les hommes religieux du judaïsme contemporain du Christ vivront de son esprit, avec parfois des déviations qu’il n’avait pas prévues. Son enseignement sur la primauté du spirituel et sur la conduite par Dieu de tous les événements du monde a une valeur permanente.

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