Vivre, comme on le sait, peut se faire de bien des manières. Et pas seulement en ce qui concerne le mode de vie ou les occupations. Une seule et même vie, les mêmes événements, peuvent être vécus et traversés à des niveaux différents de conscience et de compréhension. Alors, selon le niveau de cette conscience, il en résulte parfois des vies très différentes, très dissemblables...
Vivre, comme on le sait, peut se faire de bien des manières. Et pas seulement en ce qui concerne le mode de vie ou les occupations. Une seule et même vie, les mêmes événements, peuvent être vécus et traversés à des niveaux différents de conscience et de compréhension. Alors, selon le niveau de cette conscience, il en résulte parfois des vies très différentes, très dissemblables. Voici, par exemple, qu’un homme se retrouve... disons, dans un palais royal. Qu’est-ce que cela signifie ? La faveur du destin ? Peut-être. La chance, un heureux hasard ? Sans doute, oui. Même si, bien sûr, dans la vie tout arrive, et le palais royal ne se révèle pas toujours un lieu confortable et sûr. Mais qu’est-ce que la chance, la faveur du destin ? Qu’est-ce que le destin tout court ? La Bible ne connaît pas de notion comme le destin, la fatalité, le fatum et autres semblables. Dans le monde, rien n’est prédéterminé d’avance.
Mais il y a le dessein de Dieu, et il y a la liberté de l’homme de suivre ou de ne pas suivre ce dessein. La plupart d’entre nous, humains vivant dans un monde déchu, ne choisissons pas même la moitié des situations où nous nous trouvons. Mais dans toute situation, il ne dépend que de nous de répondre à la question de savoir comment nous agirons et quel choix nous ferons lorsqu’il faudra choisir. Et notre choix dépendra de l’endroit d’où nous regardons la situation où nous nous sommes trouvés. De l’intérieur, en restant sa partie intégrante, pour ainsi dire un élément du paysage ou du décor ? Ou de l’extérieur, là où est Dieu, qui a créé cette situation par Sa volonté ou par Sa non-intervention ?
Si c’est de l’intérieur, alors c’est la chance, le heureux hasard. Alors : profite de l’occasion et ne fais rien qui puisse te l’enlever. Ne sois pas idiot et ne fais pas de sottises. Si c’est de l’extérieur, là où est Dieu, alors il ne reste que la volonté de Dieu comme unique impératif intérieur. Un impératif absolu, contre lequel on ne peut agir. Non parce qu’il n’y a pas de choix, mais parce qu’il faut choisir entre soi-même véritable et ce qui te détruira.
Mardochée pose à Esther cette unique question qui compte dans leur situation : quelle vie choisis-tu ? Celle de Dieu ou la tienne ? De sa réponse dépendait l’avenir de la communauté juive de Babylone. Mais avant tout, son propre avenir. Sera-t-il lié au grand monde de Dieu ou à un petit monde humain, séparé de ce grand monde ? Au monde où l’on peut mourir physiquement sans périr spirituellement, ou à un petit monde où l’on perd même la vie que l’on croyait avoir réussi à garder.
3 t) Marques de deuil et de pénitence, cf. Isa 37.1 ; Jdt 4.10 ; 1 M 3.47, etc.
4 u) Afin qu’il puisse entrer au palais et venir lui parler.
8 v) La Vet. Lat. ajoute ici au grec « Lève-toi, pourquoi restes-tu assise en silence ? Car tu es livrée, toi et ta maison et celle de ton père et tout ton peuple et toute ta postérité. Lève-toi ! Voyons s’il est possible de lutter et de souffrir pour notre peuple, pour que Dieu lui devienne propice »
9 w) La Vet. Lat. peint en ces termes la douleur d’Esther « Comme Esther lisait le message de son frère, elle déchira son vêtement et s’exclama d’une voix douloureuse. Elle versa de grands pleurs et son corps devint effrayant, sa chair s’affaissa. »
14 x) L’auteur du texte hébreu évite d’écrire le nom de Dieu.
17 y) Les prières de Mardochée et d’Esther sont toutes pétries de la piété de l’AT, avec, toutefois, une analyse des sentiments de l’orant, préoccupé de sa propre justification, que l’on ne retrouve pas dans les textes plus anciens.
17 z) C’est par la famille que se transmettait la tradition israélite sur toutes les merveilles accomplies par Dieu en faveur de son peuple, cf. Dt 6.20-25.
17 a) Geste de serment, peut-être d’alliance.
Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.
Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.
La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.