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La Bible en cinq ans pour le 5 mars 2018

La Bible de Jérusalem (fr)

Habaquq, Chapitre 1

1 Titre., I. Dialogue entre le prophète et son Dieu> 2 Première plainte du prophète : la déroute de la justice., 5 Premier oracle. Les Chaldéens fléau de Dieu., 12 Seconde plainte du prophète : les exactions de l’oppresseur.
1 L’oracle que reçut en vision Habaquq le prophète.
2 Jusques à quand, Yahvé, appellerai-je au secours
sans que tu écoutes,
crierai-je vers toi : « À la violence ! »
sans que tu sauves ?
3 Pourquoi me fais-tu voir l’iniquité
et regardes-tu l’oppression ?
Je ne vois que rapine et violence,
c’est la dispute, et la discorde sévit !
4 Aussi la loi se meurt,
plus jamais le droit ne paraît !
Oui, l’impie traque le juste,
aussi ne paraît plus qu’un droit fléchi !
5 Regardez parmi les peuples, voyez,
soyez stupides et stupéfaits !
Car j’accomplis de vos jours une œuvre
que vous ne croiriez pas si on la racontait.
6 Oui ! voici que je suscite les Chaldéens,
ce peuple farouche et fougueux,
celui qui parcourt de vastes étendues de pays
pour s’emparer des demeures d’autrui.
7 Il est terrible et redoutable,
sa force fait son droit, sa grandeur !
8 Ses chevaux sont plus rapides que panthères,
plus mordants que loups du soir ;
ses cavaliers bondissent,
ses cavaliers arrivent de loin,
ils volent comme l’aigle qui fond pour dévorer.
9 Tous arrivent pour le pillage,
la face ardente comme un vent d’est ;
ils ramassent les captifs comme du sable !
10 Ce peuple se moque des rois,
il tourne les princes en dérision.
Il se rit de toutes forteresses :
il entasse de la terre et les prend !
11 Puis le vent a tourné et s’en est allé...
Criminel qui fait de sa force son Dieu !
12 Dès les temps lointains n’es-tu pas Yahvé,
mon Dieu, mon Saint, qui ne meurs pas ?
Tu l’avais établi, Yahvé, pour exercer le droit,
tel un rocher, pour châtier, tu l’avais affermi !
13 Tes yeux sont trop purs pour voir le mal,
tu ne peux regarder l’oppression.
Pourquoi regardes-tu les gens perfides,
gardes-tu le silence quand l’impie engloutit un plus juste que lui ?
14 Tu traites les humains comme les poissons de la mer,
comme la gent qui frétille, sans maître !
15 Il les prend tous à l’hameçon,
les tire avec son filet,
il les ramasse avec son épervier,
et le voilà dans la joie, dans l’allégresse !
16 Aussi sacrifie-t-il à son filet,
fait-il fumer des offrandes devant son épervier,
car ils lui procurent de grasses portions
et des mets plantureux.
17 Videra-t-il donc sans trêve son filet,
massacrant les peuples sans pitié ?
Lire la suite:Habaquq, Chapitre 2
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 a) Littéralement « charge », « fardeau », cf. Isa 13.1, etc., et Jr 23.33-40.


2 b) Au nom de son peuple, cf. Jr 10.23-25 ; 14.2-9, 19-22 ; Isa 59.9-14, le prophète se plaint à Yahvé des malheurs publics. Ce texte, proche des complaintes du Psautier et de Jérémie, pourrait, considéré isolément, être rapporté aux désordres intérieurs d’une société ; mais, dans le contexte des vv. 12-17, il vise sans aucun doute l’oppression chaldéenne. Pourquoi la justice et la bonté de Yahvé (et sa sainteté, v. 13) tolèrent-elles le triomphe de l’impie ? Car c’est un païen qui domine, et Juda, même pécheur, demeure un « juste », connaissant le vrai Dieu. À Yahvé de répondre, cf. 2.1.


5 c) Première réponse. C’est Yahvé lui-même qui suscite le fléau chaldéen. Ces païens sont l’instrument de sa justice, pour un temps. Cf. Am 3.11 ; Isa 10.5-27 ; Jr 5.14-19 ; 25.1-13 ; 27.6-22 ; 51.20-23 ; Dt 28.47s ; 2 R 24.2-4. Cf. Nabuchodonosor, « mon serviteur », Jr 25.9 ; 27.6 ; 43.10.


5 d) Avec grec ; l’hébr. peut aussi se comprendre « (une œuvre) s’accomplit ».


6 e) Les images qui vont composer une description épique de l’invasion se retrouvent maintes fois chez les prophètes, cf. Isa 5.26-29 ; 13.17-18 ; Jr 4.5-7, 13, 16-17 ; 5.15-17 ; 6.22-24 ; Na 3.2-3 ; Ez 23.22-26 ; 28.7-10.


7 f) Littéralement « de lui-même sortent ». Ce peuple ne reconnaît ni Dieu ni maître et n’attribue qu’à lui-même ses succès. Cf. v. 11b.


9 g) Texte incertain. — « la face ardente » conj. ; « l’ardeur (ou la convoitise) de leurs faces » hébr. — « un vent d’est » avec 1 Qp Hab (commentaire d’Habaquq découvert à Qumrân) et Vulg. ; « vers l’est » ou « vers l’avant » hébr. Le vent d’est, vent desséchant du désert, est parfois le symbole des invasions venues de l’est, cf. Os 12.2 ; 13.15 ; Jr 18.17 ; Ez 17.10s. — On traduit aussi « la direction de leurs faces vers l’avant ».


10 h) Remblais ou levées de terre utilisés pour les sièges.


11 i) Comme l’ouragan, l’invasion passe puis s’en va, ne laissant que ruines sur son passage. — D’autres comprennent « Alors l’esprit est passé et s’en est allé » (une phase de l’inspiration prophétique est achevée) ; « Alors il (l’envahisseur) a changé d’esprit et a transgressé (sa mission ?) ».


12 j) Cette nouvelle plainte reprend la première, vv. 2-4 puisque le triomphe des Chaldéens a pour cause ultime la volonté de Yahvé, vv. 5-6, et c’est donc Yahvé qu’il faut interroger. Comment, juste et saint, gardien du droit, vv. 12a-b, 13, peut-il ainsi traiter les nations et le peuple élu, v. 14 ? Laissera-t-il l’impie engloutir le juste, v. 13, cf. vv. 4 et 15-17 ?


12 k) Ceux de l’Exode, que rappellera le chap. 3. Là demeure pour Habaquq le motif de l’espérance.


12 l) « qui ne meurs pas » lo’ tamût conj. ; « nous ne mourrons pas » lo’ namût hébr., mais c’est là le résultat d’une correction de scribe et la traduction rétablit ce qui devait être le texte primitif.


12 m) Littéralement « et un rocher ». Ou bien « ô Rocher », cf. Dt 32.4.


12 n) Le peuple chaldéen, suscité pour une mission de justice qu’il ne doit pas outrepasser, cf. 1.5. Pour d’autres, il s’agit d’Israël, qui devait être l’arbitre des peuples, ou du roi de Juda, Joiaqim, infidèle à sa mission 1.2-4, 12-17 et 2.6-19 seraient dirigés contre lui.


15 o) L’envahisseur chaldéen.


16 p) « plantureux », en lisant un masculin au lieu du féminin hébr.


17 q) « filet » hermo pourrait être une répétition fautive du v. 16. Hab lit « épée » herbo et supprime l’interrogation « c’est pourquoi il tirera sans trêve son épée ».


Le court livre d’Habaquq est très soigneusement composé. Il débute par un dialogue entre le prophète et son Dieu : à deux complaintes du prophète répondent deux oracles divins, 1.2–2.4. Le second oracle fulmine cinq imprécations contre l’oppression inique, 2.5-20. Puis le prophète chante, dans un psaume, le triomphe final de Dieu, 3. On a contesté l’authenticité de ce dernier chapitre, mais, sans lui, la composition serait boiteuse. Les indications musicales qui l’encadrent et le ponctuent attestent seulement que ce psaume servit à la liturgie. Il est douteux qu’il faille étendre cet usage cultuel à tout le livre ; son style s’explique suffisamment par l’imitation de pièces liturgiques. Cela ne suffit pas pour faire d’Habaquq un prophète cultuel, un membre du personnel du Temple. Le commentaire d’Habaquq qui provient de Qumrân ne s’étend pas au-delà du chap. 2, mais cela ne signifie rien contre l’authenticité du chap. 3.

On discute sur les circonstances de la prophétie et l’identification de l’oppresseur. On a pensé aux Assyriens ou aux Chaldéens, ou même au roi de Juda, Joiaqim. La dernière hypothèse n’est pas soutenable ; les deux autres s’appuient sur de bons arguments. Si l’on accepte que les oppresseurs représentent les Assyriens, c’est contre eux que Dieu suscite les Chaldéens, 1.5-11, et la prophétie se placerait avant la chute de Ninive en 612. On peut aussi admettre que les oppresseurs sont d’un bout à l’autre les Chaldéens, nommés à 1.6. Ils ont été les instruments de Dieu pour châtier son peuple, mais ils seront châtiés à leur tour pour leur violence inique, car Yahvé s’est mis en campagne pour sauver son peuple, et le prophète attend cette intervention divine avec une angoisse qui fait enfin place à la joie. Si cette interprétation est valable, le livre se date entre la bataille de Karkémish en 605, qui a donné le Proche-Orient à Nabuchodonosor, et le premier siège de Jérusalem en 597. Habaquq serait ainsi de peu postérieur à Nahum et, comme lui, contemporain de Jérémie.

Dans la doctrine des prophètes, Habaquq apporte une note nouvelle : il ose demander à Dieu compte de son gouvernement du monde. Oui, Juda a péché, mais pourquoi Dieu, qui est saint, 1.12, qui a des yeux trop purs pour voir le mal, 1.13, choisit-il les Chaldéens barbares pour exercer sa vengeance, pourquoi fait-il punir le méchant par un plus méchant que lui, pourquoi a-t-il l’air d’aider au triomphe de la force injuste ? C’est le problème du Mal posé sur le plan des nations et le scandale d’Habaquq est aussi celui de beaucoup d’âmes modernes. À lui et à elles vient la réponse divine : par des voies paradoxales, le Dieu tout-puissant prépare la victoire finale du droit, et « le juste vivra par sa fidélité », 2.4, perle de ce petit livre, que saint Paul enchâssera dans sa doctrine de la foi, Rm 1.17 ; Ga 3.11 ; He 10.38.

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