Les paroles de Jean selon lesquelles quiconque a quitté l'Église est un antichrist paraissent à beaucoup un cliché de propagande, une tentative d'effrayer ses coreligionnaires, de susciter en eux une horreur métaphysique devant la perdition éternelle. Si le christianisme était simplement une religion nouvelle de plus...
Les paroles de Jean selon lesquelles quiconque a quitté l'Église est un antichrist (v. 18-19) paraissent à beaucoup un cliché de propagande, une tentative d'effrayer ses coreligionnaires, de susciter en eux une horreur métaphysique devant la perdition éternelle. Si le christianisme était simplement une religion nouvelle de plus, c'est peut-être bien ainsi qu'il faudrait les comprendre. Mais justement, le christianisme n'est pas une nouvelle religion, il est une vie nouvelle. Pour Jean, comme pour toute la génération des premiers chrétiens, l'Église n'est pas une communauté religieuse, mais le lieu où les fidèles se rassemblent pour une rencontre tout à fait réelle avec le Christ ressuscité, qui bénit Lui aussi tout à fait réellement le pain rompu dans cette assemblée et la coupe.
C'est pourquoi, pour Jean, l'antichrist n'est pas une figure mystique apparaissant sur la scène de l'histoire à la fin des temps dans le décor approprié, mais quiconque s'oppose au Christ et à son Église. Il ne s'agit pas ici de haine envers ces personnes ni de condamnation de leur position, mais d'un simple constat de fait. À première vue, le jugement de l'apôtre peut paraître trop dur: après tout, il reste encore du temps avant le retour du Sauveur, si bien que ceux qui sont partis peuvent encore avoir le temps de revenir. Mais Jean ne parle pas par hasard des «derniers temps» comme de quelque chose qui est déjà arrivé.
De tels propos provoquent d'ordinaire chez le lecteur moderne un sourire sceptique. Cela se comprend: l'histoire chrétienne a connu trop d'agitateurs annonçant le prochain retour du Christ, qui, au dernier moment, pour une raison mystérieuse, se trouvait toujours reporté ou même annulé. Mais l'apôtre, lui, ne vise pas l'avenir, fût-il le plus proche; il vise le présent. C'est nous qui vivons à l'époque du Royaume qui vient. De même que Jean lui-même et ses contemporains vivaient à cette époque.
De même que tous, partout, ont vécu à cette même époque depuis le jour de la Pentecôte, et que tous y vivront jusqu'au jour du retour du Christ dans la gloire, qui viendra, bien sûr, non pas quand le proclament les «prophètes» autoproclamés. La venue du Royaume est une réalité objective, totalement indépendante de l'opinion des hommes et de leur attitude envers elle. Et elle touche chacun, indépendamment de l'âge, du sexe, de la race, de la langue ou de la religion. Et même indépendamment du fait qu'une personne sache ou non quelque chose du Christ. Mais ceux qui savent et ont accueilli portent une responsabilité particulière.
Nous ne savons pas quel rapport entretiennent avec le Royaume et sa vie ceux qui ne soupçonnent pas le Royaume. De même que nous ne savons pas quelles relations le Christ entretient avec ceux qui n'ont pas entendu parler de Lui par les hommes. Ou qui ont entendu et vu des choses qu'il aurait mieux valu ne pas entendre ni voir. Mais si une personne a connu le Christ et le Royaume et, les connaissant, s'en est allée, cela signifie qu'elle a rompu avec le Christ et avec le Royaume; c'est une donnée aussi objective que la présence même du Royaume dans le monde. Bien sûr, le chemin du retour n'est fermé à personne, du moins jusqu'au retour du Sauveur dans la gloire. Mais ce chemin, ceux qui sont partis doivent le parcourir. Pour être fidèles au Christ, et non ses adversaires.
18 p) « l’Antichrist »; var. « un antichrist ». — Sur cet Adversaire des derniers temps, dont Jn parle ici au pluriel, voir 2 Th 2.3-4. Il s’acharne avant tout contre l’authentique foi au Christ Fils de Dieu, v. 22 ; 4.2-3 ; cf. 5.5 ; Jn 1.18.
19 q) Tout en appartenant extérieurement à la communauté, ils ne possédaient plus l’esprit du Christ.
20 r) C’est l’Esprit donné au Messie, Isa 11.2 ; 61.1, et par lui aux croyants, 3.24 ; 4.13 ; cf. 2 Co 1.21, qui les instruit de tout, v. 27 ; Jn 16.13 ; cf. 1 Co 2.10, 15, grâce auquel les paroles de Jésus sont « esprit et vie », Jn 6.63.
20 s) « tous vous possédez la science »; var. « vous connaissez toutes choses ».
21 t) Ou « et que vous savez qu’aucun mensonge ne provient de la vérité ».
22 u) Il est malaisé de nommer avec certitude les hérétiques ici visés (Cérinthe vraisemblablement, dont l’erreur se retrouvera diluée dans la Gnose). Le titre de Christ n’est pas seulement ici une traduction de « Messie », il évoque la plénitude de la foi des « chrétiens » en Celui qui est « venu dans la chair », 2 Jn 7.
24 v) La catéchèse apostolique concernant le mystère du Christ.
27 w) Les chrétiens sont instruits par les apôtres, v. 24 ; 1.3, mais la prédication extérieure ne pénètre les âmes que par la grâce de l’Esprit, cf. 2.20.
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).