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La Bible en cinq ans pour le 6 février 2018

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 32

III. Les prophéties de bonheur> 1 4. ADDITIONS AU LIVRE DE LA CONSOLATION, 1 L’achat d’un champ, gage d’avenir heureux.
Parole qui fut adressée à Jérémie de la part de Yahvé, dans la dixième année de Sédécias, roi de Juda, c’est-à-dire la dix-huitième année de Nabuchodonosor.
L’armée du roi de Babylone assiégeait alors Jérusalem, et le prophète Jérémie se trouvait enfermé dans la cour de garde, au palais du roi de Juda,
où Sédécias, roi de Juda, l’avait fait enfermer en lui disant : « Pourquoi prophétises-tu en ces termes : Ainsi parle Yahvé. Voici, je vais livrer cette ville aux mains du roi de Babylone pour qu’il la prenne ;
Sédécias, roi de Juda, n’échappera pas au pouvoir des Chaldéens, mais sûrement il sera livré aux mains du roi de Babylone et pourra l’entretenir face à face et le regarder les yeux dans les yeux ;
à Babylone il emmènera Sédécias qui y restera (jusqu’à ce que je le visite, oracle de Yahvé. Si vous combattez les Chaldéens, vous ne réussirez pas !) »
Or Jérémie dit : La parole de Yahvé m’a été adressée en ces termes :
Voici, Hanaméel, fils de ton oncle Shallum, va venir te trouver pour te dire : « Achète mon champ d’Anatot car tu as droit de rachat pour l’acquérir. »
Mon cousin Hanaméel vint me trouver selon la parole de Yahvé, dans la cour de garde, et il me dit : « Achète donc mon champ d’Anatot, au pays de Benjamin, car tu as droit d’héritage et droit de rachat, achète-le. » Je reconnus alors que c’était un ordre de Yahvé.
J’achetai donc ce champ à mon cousin Hanaméel d’Anatot et lui pesai l’argent : dix-sept sicles d’argent.
10 Je rédigeai l’acte et le scellai, je pris des témoins et je pesai l’argent avec une balance.
11 Puis je pris l’acte d’acquisition, son exemplaire scellé (avec les stipulations et les clauses) et son exemplaire ouvert,
12 et je remis l’acte d’acquisition à Baruch, fils de Nériyya, fils de Mahséya, en présence de mon cousin Hanaméel et des témoins signataires de l’acte d’acquisition, et en présence de tous les Judéens qui se trouvaient dans la cour de garde.
13 Devant eux, je donnai cet ordre à Baruch :
14 « Ainsi parle Yahvé Sabaot, le Dieu d’Israël. Prends ces documents, cet acte d’acquisition, l’exemplaire scellé comme la copie ouverte, et mets-les dans un vase de terre de façon qu’ils se conservent longtemps.
15 Car ainsi parle Yahvé Sabaot, le Dieu d’Israël : On achètera encore des maisons, des champs et des vignes en ce pays. »
16 Après avoir confié l’acte d’acquisition à Baruch, fils de Nériyya, j’adressai cette prière à Yahvé :
17 « Ah ! Seigneur Yahvé, voici que tu as fait le ciel et la terre par ta grande puissance et ton bras étendu. À toi rien n’est impossible !
18 Tu fais grâce à des milliers, mais punis la faute des pères, à pleine mesure, sur leurs fils après eux. Ô Dieu grand et fort dont le nom est Yahvé Sabaot,
19 grand dans tes desseins, puissant dans tes hauts faits, toi dont les yeux sont ouverts sur toutes les voies des humains pour rendre à chacun selon sa conduite et d’après le fruit de ses actes !
20 Toi qui produisis signes et prodiges au pays d’Égypte, et jusqu’aujourd’hui en Israël et parmi les hommes. Tu t’es fait un nom, comme on le voit aujourd’hui.
21 Tu fis sortir ton peuple Israël du pays d’Égypte par signes et prodiges, à main forte et à bras étendu, et par une grande terreur.
22 Puis tu leur donnas ce pays que tu avais promis par serment à leurs pères, pays qui ruisselle de lait et de miel.
23 Ils vinrent donc et en prirent possession, mais ils n’écoutèrent pas ta voix et ne marchèrent pas selon ta Loi : ils ne pratiquèrent rien de ce que tu leur avais ordonné, alors tu fis venir sur eux tout ce malheur.
24 Voici que les terrassements pour l’assaut atteignent la ville ; par l’épée, la famine et la peste, elle est livrée aux mains des Chaldéens qui l’attaquent. Ce que tu as dit arrive, et tu le vois.
25 Et c’est toi, Seigneur Yahvé, qui me dis : « Achète ce champ à prix d’argent et prends des témoins », alors que la ville est livrée aux mains des Chaldéens ! »
26 Or la parole de Yahvé fut adressée à Jérémie en ces termes :
27 Voici, je suis Yahvé, le Dieu de toute chair ; y a-t-il pour moi quelque chose d’impossible ?
28 C’est pourquoi, ainsi parle Yahvé : Je vais livrer cette ville aux mains des Chaldéens et aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui la prendra ;
29 les Chaldéens qui attaquent cette ville entreront et y mettront le feu ; ils brûleront les maisons sur le toit desquelles on a allumé l’encens pour Baal et répandu des libations en l’honneur de dieux étrangers pour m’irriter.
30 Car les enfants d’Israël et ceux de Juda n’ont fait, depuis leur jeunesse, que ce qui est mal à mes yeux (les enfants d’Israël, en effet, n’ont fait que m’irriter par l’œuvre de leurs mains — oracle de Yahvé).
31 Oui, cette ville a été pour moi un sujet de colère et de fureur, depuis le jour où on l’a bâtie jusqu’aujourd’hui ; j’en viendrai à l’ôter de devant ma face,
32 à cause de tout le mal que les enfants d’Israël et les enfants de Juda ont commis pour m’irriter, eux, leurs rois, leurs princes, leurs prêtres, leurs prophètes, les hommes de Juda et les habitants de Jérusalem.
33 Ils ont tourné vers moi le dos, non la face, et quand je les instruisais avec constance et sans me lasser, aucun ne m’écoutait pour accueillir la leçon.
34 Ils ont installé leurs Horreurs dans le Temple qui porte mon nom pour le souiller.
35 Ils ont construit les hauts lieux de Baal dans la vallée de Ben-Hinnom pour faire passer par le feu leurs fils et leurs filles en l’honneur de Molek — ce que je n’avais point ordonné, ce à quoi je n’avais jamais songé : commettre une telle abomination pour faire pécher Juda !
36 C’est pourquoi, maintenant, ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël, à propos de cette ville dont tu viens de dire : « Par l’épée, la famine et la peste, elle est livrée au roi de Babylone. »
37 Moi, je vais les rassembler de tous les pays où je les ai chassés dans ma colère, ma fureur et ma grande indignation ; en ce lieu je les ramènerai et les ferai demeurer en sécurité.
38 Alors ils seront mon peuple et moi, je serai leur Dieu.
39 Je leur donnerai un seul cœur et une seule manière d’agir, de façon qu’ils me craignent toujours, pour leur bien et celui de leurs enfants après eux.
40 Je conclurai avec eux une alliance éternelle : je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien et je mettrai ma crainte en leur cœur pour qu’ils ne s’écartent plus de moi.
41 Je trouverai ma joie à leur faire du bien et je les planterai solidement en ce pays, de tout mon cœur et de toute mon âme.
42 Car ainsi parle Yahvé. De même que j’ai amené sur ce peuple tout cet immense malheur, de même je leur amènerai tout le bien que je leur promets.
43 On achètera des champs en ce pays dont tu dis : « C’est une solitude, sans hommes ni bêtes, il est livré aux mains des Chaldéens. »
44 On achètera des champs à prix d’argent, on rédigera un acte, on le scellera et on prendra des témoins au pays de Benjamin, aux alentours de Jérusalem, dans les villes de Juda, dans celles de la Montagne, du Bas-Pays et du Négeb. Car je ramènerai leurs captifs, oracle de Yahvé.
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 33
Notes:
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Notes sur la partie

1 i) Cet épisode, qui reçoit une portée symbolique, cf. 18.1, se situe en 587, après la reprise du siège, vv. 2, 24, annoncée en 34.21-22. L’achat du champ se rattache sans doute au partage pour lequel Jérémie avait voulu se rendre à Anatot, 37.12. Le texte primitif, autobiographique, vv. 6b-17a, 24-29, 42-44, paraît avoir été développé par une introduction, vv. 1-6a, une prière, vv. 17-23, qui rappelle Ne 9, et par un développement messianique, vv. 29-41, qui reprend des thèmes jérémiens.


12 j) « mon cousin » (litt. « le fils de mon oncle ») mss, grec, syr., cf. vv. 7-9 ; « mon oncle » hébr. — Baruch est le secrétaire de Jérémie, cf. 36.4-5.


18 k) Littéralement « sur le sein »; il semble que cette expression soit à comprendre en tenant compte de l’habitude de transporter des provisions dans le repli du vêtement, 2 R 4.39 ; Rt 3.15 ; cf. Isa 65.6. Autre traduction possible « en plein cœur ».


33 l) « je les instruisais » versions ; « d’instruire » hébr.


36 m) « tu viens » grec ; « vous venez » hébr. De même au v. 43.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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