En commençant sa seconde épître à Timothée, Paul lui rappelle de nouveau ce qui constitue le fondement du christianisme...
En commençant sa seconde épître à Timothée, Paul lui rappelle de nouveau ce qui constitue le fondement du christianisme, non comme nouvelle religion, mais comme vie nouvelle dans le Royaume, dont Timothée est appelé à témoigner comme Paul lui-même, arrêté pour ce témoignage (v. 8-11). Comme on le voit, le christianisme pour l'apôtre n'est pas un nouvel enseignement, mais un nouveau témoignage, qui pourtant s'avère être le témoignage de ce qui avait été conçu par Dieu depuis le commencement des temps. Paul demeure ici encore fidèle aux représentations traditionnelles du Messie et du peuple de Dieu qui supposaient que le Messie comme le peuple faisaient partie du plan de Dieu avant même la création du monde. Mais maintenant l'apôtre met particulièrement en relief ce qui constitue le sens du dessein de Dieu au sujet du peuple de Dieu : la sanctification des fidèles et, par eux, du monde entier (v. 9 ; l'expression grecque correspondante peut signifier non seulement « saint appel », mais aussi « appel à la sainteté », c'est-à-dire à la sanctification et à une vie sanctifiée).
Une telle représentation de la mission du peuple de Dieu faisait partie de la tradition rabbinique de l'époque évangélique ; Paul l'étend au Royaume et au nouveau peuple de Dieu, en y rattachant les représentations, remontant aux prophètes tardifs, du reste messianique, qui est pour lui l'Église. Il n'est pas étonnant que le témoignage rendu au Royaume soit pour l'apôtre inséparable de l'action de ce souffle (« esprit ») de Dieu qui donne à l'homme force, amour et chasteté, le délivrant de la peur (v. 7). Bien sûr, Paul parle ici des dons spirituels reçus par Timothée lors de l'imposition des mains ; mais, d'autre part, il rappelle aussi l'éducation spirituelle que Timothée a reçue dans sa maison natale, et les efforts auxquels l'apôtre appelle son disciple afin qu'il ne perde pas les dons reçus de Dieu (v. 3-6).
Comme on le voit, le témoignage est une œuvre divino-humaine : Dieu donne à l'homme ce qui lui est nécessaire pour cela, et l'homme, de son côté, prend la responsabilité d'accueillir et de garder le don de Dieu, en lui permettant de se manifester dans toute sa plénitude. De se manifester en toutes circonstances, même lorsque le témoignage est lié à la confession de foi ou au martyre. Car la vie du Royaume est plus grande que la vie de notre monde encore non transfiguré, et tout témoin authentique le sait.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.