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La Bible en cinq ans pour le 16 octobre 2017

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Rois, Chapitre 20

VIII. Les derniers temps du royaume de Juda> 1 Maladie et guérison d’Ézéchias., 12 Ambassade de Mérodak-Baladan., 20 Conclusion du règne d’Ézéchias.
En ces jours-là, Ézéchias fut atteint d’une maladie mortelle. Le prophète Isaïe, fils d’Amoç, vint lui dire : « Ainsi parle Yahvé. Mets ordre à ta maison, car tu vas mourir, tu ne vivras pas. »
Ézéchias se tourna vers le mur et fit cette prière à Yahvé :
« Ah ! Yahvé, souviens-toi, de grâce, que je me suis conduit fidèlement et en toute probité de cœur devant toi, et que j’ai fait ce qui était bien à tes yeux. » Et Ézéchias versa d’abondantes larmes.
Isaïe n’était pas encore sorti du milieu de la ville que lui parvint la parole de Yahvé :
« Retourne dire à Ézéchias, chef de mon peuple : Ainsi parle Yahvé, Dieu de ton ancêtre David. J’ai entendu ta prière, j’ai vu tes larmes. Je vais te guérir : dans trois jours, tu monteras au Temple de Yahvé.
J’ajouterai quinze années à ta vie, je te délivrerai, toi et cette ville, de la main du roi d’Assyrie, je protégerai cette ville à cause de moi et de mon serviteur David. »
Isaïe dit : « Prenez un pain de figues »; on en prit un, on l’appliqua sur l’ulcère et le roi guérit.
Ézéchias dit à Isaïe : « À quel signe connaîtrai-je que Yahvé va me guérir et que, dans trois jours, je monterai au Temple de Yahvé ? »
Isaïe répondit : « Voici, de la part de Yahvé, le signe qu’il fera ce qu’il a dit : Veux-tu que l’ombre avance de dix degrés, ou qu’elle recule de dix degrés ? »
10 Ézéchias dit : « C’est peu de chose pour l’ombre de gagner dix degrés ! Non ! Que plutôt l’ombre recule de dix degrés ! »
11 Le prophète Isaïe invoqua Yahvé et celui-ci fit reculer l’ombre sur les degrés où elle avait descendu les degrés d’Achaz — dix degrés en arrière.
12 En ce temps-là, Mérodak-Baladan, fils de Baladan, roi de Babylone, envoya des lettres et un présent à Ézéchias, car il avait appris qu’Ézéchias avait été malade.
13 Ézéchias écouta les messagers et leur montra sa chambre du trésor, l’argent, l’or, les aromates, l’huile précieuse, ainsi que son arsenal et tout ce qui se trouvait dans ses magasins. Il n’y eut rien qu’Ézéchias ne leur montrât dans son palais et dans tout son domaine.
14 Alors le prophète Isaïe vint chez le roi Ézéchias et lui demanda : « Qu’ont dit ces gens-là et d’où sont-ils venus chez toi ? » Ézéchias répondit : « Ils sont venus d’un pays lointain, de Babylone. »
15 Isaïe reprit : « Qu’ont-ils vu dans ton palais ? » Ézéchias répondit : « Ils ont vu tout ce qu’il y a dans mon palais ; il n’y a, dans mes magasins, rien que je ne leur aie montré. »
16 Alors Isaïe dit à Ézéchias : « Écoute la parole de Yahvé :
17 Des jours viennent où tout ce qui est dans ton palais, tout ce qu’ont amassé tes pères jusqu’à ce jour, sera emporté à Babylone, rien ne sera laissé, dit Yahvé.
18 Parmi les fils issus de toi, de ceux que tu as engendrés, on en prendra pour être eunuques dans le palais du roi de Babylone. »
19 Ézéchias dit à Isaïe : « C’est une parole favorable de Yahvé que tu annonces. » Il pensait en effet : « Pourquoi pas ? S’il y a paix et sûreté pendant ma vie ! »
20 Le reste de l’histoire d’Ézéchias, tous ses exploits, et comment il a construit la piscine et le canal pour amener l’eau dans la ville, cela n’est-il pas écrit au livre des Annales des rois de Juda ?
21 Ézéchias se coucha avec ses pères et son fils Manassé régna à sa place.
Lire la suite:2 Rois, Chapitre 21
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 n) Ce chap. 20 est repris en Isa 38-39, avec un texte plus court, un ordre des vv. parfois différent et l’addition du cantique d’Ézéchias.


1 o) Indication chronologique vague. Si Ézéchias est mort en 687, les quinze années du v. 6 indiqueraient le temps qui précède immédiatement l’invasion de Sennachérib, à laquelle fait allusion la fin du même v. Cette date paraît confirmée par celle que l’on peut donner à l’ambassade de Mérodak-Baladan, que le v. 12 met en rapport avec la guérison du roi.


4 p) Versions et qeré « de la cour (centrale) ».


8 q) L’ordre des événements implique que le v. 7 suive le v. 11, ou bien soit considéré comme venant d’une autre source. Même chose en Isa 38.21-22.


9 r) « Veux-tu que l’ombre avance » conj. ; « L’ombre a avancé » hébr.


11 s) Texte redondant. Isa 38.8 précise (grec et syr.) que c’est « le soleil » qui a reculé sur les degrés. Le manuscrit d’Isaïe de Qumrân comprend « les degrés de la chambre haute d’Achaz »; il ne s’agit pas d’un cadran solaire, mais d’un escalier (du moins dans l’interprétation de Qumrân).


12 t) En assyrien Marduk-apal-iddina (« Marduk a donné un fils »), champion de l’indépendance babylonienne contre l’Assyrie. Il régna à Babylone d’abord de 721 à 710, puis en 703 pendant neuf mois. C’est probablement alors qu’il chercha dans Ézéchias un allié contre l’Assyrie.


12 u) Isa 39.1 mentionne le « rétablissement » du roi.


13 v) « les messagers » complément explicité pour le sens (hébr. « les écouta ») ; versions et Isa 39.2 ont « se réjouit à leur sujet ».


19 w) Isaïe prédit le pillage de Jérusalem et la déportation de sa noblesse, cf. 2 R 24.13s. Ézéchias en conclut que ses jours au moins seront tranquilles ; mais la seconde moitié du v., absente d’une partie du grec, est peut-être une glose. La réponse d’Ézéchias aurait seulement exprimé sa résignation.


20 x) La source de Gihôn, 1 R 1.33, était hors de la ville. Ézéchias fit creuser dans le roc un canal pour en amener l’eau à la piscine dite de Siloé, Jn 9.7, le « réservoir » d’Isa 22.11 et Si 48.17, à l’intérieur des murailles. Ce canal remplaçait un canal plus ancien, creusé en partie à ciel ouvert sur le flanc oriental du mont Sion, et qui amenait les eaux à une autre piscine, située un peu plus bas que la piscine de Siloé, Isa 7.3 ; 2 R 18.17 = Isa 36.2 ; Isa 22.9.


Comme ceux de Samuel, les livres des Rois ne formaient d’abord qu’un ouvrage de la Bible hébraïque. Ils correspondent aux deux derniers livres des Règnes dans la traduction grecque et des Rois dans la Vulgate.

Ils font immédiatement suite aux livres de Samuel et 1 R 1-2 contient la fin du grand document de 2 S 9-20. Le long récit du règne de Salomon, 1 R 3-11, détaille l’excellence de sa sagesse, la splendeur de ses constructions, surtout du Temple de Jérusalem, l’étendue de ses richesses. C’est une époque glorieuse, certes, mais l’esprit conquérant du règne de David a disparu : on conserve, on organise, surtout on exploite. L’opposition entre les deux fractions du peuple se maintient et, à la mort de Salomon, en 931, le royaume se divise : les dix tribus du Nord font une sécession aggravée d’un schisme religieux, 1 R 12-13. L’histoire parallèle des deux royaumes d’Israël et de Juda se développe de 1 R 14 à 2 R 17 : c’est souvent l’histoire des luttes entre ces royaumes frères, c’est aussi celle des assauts extérieurs de l’Égypte contre Juda et des Araméens dans le Nord. Le danger devient plus pressant quand les armées assyriennes interviennent dans la région, d’abord au IXe siècle, plus fortement au VIIIe siècle, où Samarie tombe sous leurs coups en 721, cependant que Juda s’est déjà déclaré vassal. L’histoire de Juda seul se continue jusqu’à la ruine de Jérusalem en 587 dans 2 R 18-25.21. Le récit s’étend surtout sur deux règnes, celui d’Ézéchias, 2 R 18-20, et celui de Josias 2 R 22-23, marqués par un réveil national et une réforme religieuse. Les grands événements politiques sont alors l’invasion de Sennachérib sous Ézéchias en 701, en réponse au refus du tribut assyrien, et, sous Josias, la ruine de l’Assyrie et la formation de l’empire chaldéen. Juda dut se soumettre aux nouveaux maîtres de l’Orient, mais se révolta bientôt. Le châtiment ne tarda pas : en 597, les armées de Nabuchodonosor prirent Jérusalem et déportèrent une partie de ses habitants ; dix ans après, un sursaut d’indépendance amena une nouvelle intervention de Nabuchodonosor, qui s’acheva en 587 par la ruine de Jérusalem et une seconde déportation. Les Rois s’achèvent par deux courts appendices, 2 R 25.22-30.

L’ouvrage cite nommément trois de ses sources, une Histoire de Salomon, les Annales des rois d’Israël et les Annales des rois de Juda, mais il en eut d’autres : outre la fin du grand document davidique, 1 R 1-2, une description du Temple, d’origine sacerdotale, 1 R 6-7, surtout une histoire d’Élie composée vers la fin du IXe siècle et une histoire d’Élisée un peu postérieure ; ces deux histoires sont à la base des cycles d’Élie, 1 R 172 R 1, et d’Élisée, 2 R 2-13. Les récits du règne d’Ézéchias qui mettent en scène Isaïe, 2 R 18.17-20.19, proviennent des disciples de ce prophète.

Lorsque l’utilisation des sources n’y contrevient pas, les événements sont enfermés dans un cadre uniforme : chaque règne est traité pour lui-même et entièrement, le début et la fin des règnes sont marqués par des formules à peu près constantes, où ne manque jamais un jugement sur la conduite religieuse du roi. Tous les rois d’Israël sont condamnés à cause du « péché originel » de ce royaume, la fondation du sanctuaire de Béthel ; parmi les rois de Juda, huit seulement sont loués pour leur fidélité générale aux prescriptions de Yahvé. Mais cette louange est six fois restreinte par la remarque que « les hauts lieux ne disparurent pas »; seuls Ézéchias et Josias reçoivent une approbation sans réserve.

Ces jugements s’inspirent évidemment de la loi du Deutéronome sur l’unité du sanctuaire. Il y a davantage : la découverte du Deutéronome sous Josias et la réforme religieuse qu’elle inspira marquent le point culminant de toute cette histoire, et l’ouvrage entier est une démonstration de la thèse fondamentale du Deutéronome, qui est reprise dans 1 R 8 et 2 R 17 : si le peuple observe l’alliance conclue avec Dieu, il sera béni, s’il la transgresse, il sera châtié. Cette influence deutéronomiste se retrouve dans le style, chaque fois que le rédacteur développe ou commente ses sources.

Il est vraisemblable qu’une première rédaction deutéronomiste fut faite avant l’Exil, avant la mort de Josias à Megiddo en 609, et la louange décernée à ce roi, 2 R 23.25 (moins les derniers mots), serait la conclusion de l’ouvrage primitif. Une seconde édition, également deutéronomiste, fut donnée pendant l’Exil, après 562 Si on lui attribue la fin actuelle du livre, 2 R 25.22-30, un peu plus tôt si on l’arrête après le récit de la seconde déportation, 2 R 25.21, qui a l’allure d’une conclusion. Il y eut enfin quelques additions, pendant et après l’Exil.

Les livres des Rois doivent être lus dans l’esprit où ils ont été écrits, comme une histoire du salut. L’ingratitude du peuple élu, la ruine successive des deux fractions de la nation paraissent tenir en échec le plan de Dieu, mais il y a toujours pour sauvegarder l’avenir du groupe de fidèles qui n’ont pas plié le genou devant Baal, un reste de Sion qui garde l’Alliance. La stabilité des résolutions divines se manifeste dans la permanence étonnante de la lignée davidique, dépositaire des promesses messianiques, et le livre, sous sa forme dernière, se clôt sur la grâce fait à Joiakîn, comme sur l’aurore d’une rédemption.

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