La première chose que Jésus apporte, c'est la paix. Saint Augustin écrivait que notre cœur est inquiet « jusqu'à ce qu'il repose en Toi ». Une paix profonde dans le cœur est le signe d'une véritable visitation de Dieu. La paix parfaite est un état très élevé ; c'est précisément cette paix que « font » et apportent avec eux les artisans de paix de l'Évangile. Cet état de paix des pensées, du cœur et même du corps est si précieux et si proche de Dieu que...
La première chose que Jésus apporte, c'est la paix. Saint Augustin écrivait que notre cœur est inquiet « jusqu'à ce qu'il repose en Toi ». Une paix profonde dans le cœur est le signe d'une véritable visitation de Dieu. La paix parfaite est un état très élevé ; c'est précisément cette paix que « font » et apportent avec eux les artisans de paix de l'Évangile. Cet état de paix des pensées, du cœur et même du corps est si précieux et si proche de Dieu que ceux qui portent cette paix venue de Lui seront appelés fils de Dieu. Dans le langage biblique, un « fils » désigne celui qui participe à quelque chose : celui qui porte une qualité ou une propriété particulière (par exemple, le surnom des fils de Zébédée, « fils du tonnerre »), ou celui dont l'apparition est liée à un événement précis dans la vie d'une personne, à une naissance ou une mort, une victoire ou une défaite (« fils de consolation », « fils de ma douleur »). Les fils de Dieu sont des personnes qui ont participé à la paix divine au point de pouvoir la porter aux autres, transmettre à leur entourage l'état paisible de leur cœur dans lequel Dieu règne. Une telle œuvre de paix est un signe de justice. Elle est déjà en elle-même une action. Ce n'est pas un hasard si saint Séraphim de Sarov considérait la paix du cœur comme le signe le plus manifeste de la présence du Saint-Esprit en lui et disait : « Acquiers la paix, et des milliers autour de toi seront sauvés. » La paix qui vient de Dieu est indispensable à notre monde déchiré par les conflits et les guerres, dont la principale et la première est la guerre dans nos pensées et nos sentiments.
La Bonne Nouvelle de Jésus est avant tout la paix. C'est pourquoi les premières paroles que le Seigneur adressa à Ses disciples après la Résurrection furent cette salutation : « La paix soit avec vous. » Les apôtres sont saisis de crainte et de tremblement, comme toujours lorsqu'ils assistent à un miracle (par exemple, lorsque la tempête fut apaisée, ils crurent également voir un fantôme). Mais le Seigneur nous donne « un esprit non de crainte, mais de force, d'amour et de maîtrise de soi » (2 Tm 1:7). La puissance du Saint-Esprit croît à partir d'une paix intérieure profonde. Elle est le fruit de la réconciliation de l'homme avec Dieu accomplie sur la Croix, dont l'Esprit informe chaque croyant. Le Seigneur nous a réconciliés avec Lui (2 Co 5:18) et, ayant remporté la victoire sur l'enfer et la mort, annonce cette victoire à Ses disciples. Toute la prédication apostolique ultérieure peut se résumer à cet appel : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5:20), c'est-à-dire accueillez la paix et le pardon des péchés accordés par le Seigneur.
« C'est bien Moi. » Comme chacun de nous aimerait entendre dans sa propre vie cette parole du Christ, l'entendre comme une parole qui m'est directement adressée. « Seigneur, donne-moi de Te trouver, de Te trouver vraiment, afin que ma vie change réellement et devienne un témoignage rendu à Toi. » Mais nous semblons chercher et frapper, sans qu'une réponse pleine et entière ne vienne. Nous n'avons pas le sentiment de respirer véritablement l'air de l'éternité, de L'avoir connu (Jn 17:3), de « marcher avec Lui » comme Ses disciples et Ses amis. Il y a eu des lueurs, des moments de grâce, peut-être même une conversion éclatante, mais notre vie ne s'est toujours pas transformée…
Oui, la rencontre avec Dieu qui renouvelle et transfigure l'âme est un miracle aussi « impossible » que la Résurrection de Jésus l'était pour les apôtres. Et ce miracle est devenu réalité. Bien plus, le Seigneur promet que, pour ceux qui croiront « par leur parole » (Jn 17:20), la rencontre avec le Christ deviendra elle aussi réalité par le Saint-Esprit, qu'Il enverra à tous ceux qui Le cherchent. « Votre Père céleste donnera le Saint-Esprit à ceux qui le Lui demandent » (Lc 11:13) ; cette demande ne peut tout simplement pas rester sans réponse. La prière qui Le cherche est l'unique et la plus profonde supplication qui monte des profondeurs de notre âme. Dès son commencement, une telle prière est inspirée par le Saint-Esprit, mystérieusement guidée par Lui, et c'est encore Lui qui l'accomplit. Mais, hélas, nos propres profondeurs nous sont souvent inaccessibles, ensevelies sous des déchets et des décombres, sous toutes sortes de pensées inutiles, de ressentiments, d'agitation et de blessures anciennes. Il faut déblayer ces amas, découvrir en nous cette prière et voir ce que l'âme demande secrètement jour et nuit. Tel est le travail de la repentance. C'est pour cela que les ascètes se retiraient dans les forêts et les déserts, afin de se consacrer entièrement à la recherche du « trésor caché dans un champ » ; tel est aussi le sens et la portée des jeûnes de l'Église, en particulier du Grand Carême. Mais c'est également le travail de toute une vie. Que chacun de nous voie la lumière de la Résurrection.
…Les disciples durent vivre deux fois la séparation d'avec le Christ. La première fois, lorsqu'Il mourut sur la Croix ; la seconde, lorsqu'Il monta au ciel. La première séparation fut la plus grande tragédie, tandis que la seconde fut la plus grande joie (Lc 24:52), parce que les disciples savaient qu'ils n'étaient pas restés seuls. Ils sentaient la présence du Christ dans leur vie et Son action constante ; ils savaient que le Seigneur et Maître ne les avait pas abandonnés. Ils attendaient l'accomplissement de « la promesse du Père », la venue d'« un autre Défenseur » (Jn 14:16) et le revêtement de la puissance d'en haut pour rendre témoignage. Le Saint-Esprit est Celui qui porte la présence du Christ dans notre vie, nous révèle la réalité de Son œuvre rédemptrice et atteste dans notre cœur que nous sommes enfants de Dieu (Rm 8:16). Il nous ouvre le véritable sens de l'Écriture Sainte (cf. Lc 24:45) et nous fait comprendre que le même Christ que nous rencontrons dans les pages de l'Évangile agit aussi dans notre vie. Dans le Saint-Esprit, nous trouverons le Christ et recevrons la force de Le suivre. Prions, prions les uns pour les autres, afin que la lumière de la Résurrection nous éclaire et nous purifie, pénètre avec amour les recoins les plus éloignés et les plus blessés de notre âme ; afin que nous aussi, comme les premiers apôtres, rencontrions le Ressuscité ; afin qu'enfin, après la longue nuit, le jour commence à poindre et que l'étoile du matin se lève dans nos cœurs (2 P 1:19).
40 o) Ce v. est à retenir malgré son om. par de bons témoins.
40 p) Luc, écrivant pour des Grecs, qui considéraient l’idée de résurrection comme une absurdité, insiste sur la réalité physique du corps de Jésus ressuscité, cf. v. 43.
44 q) Tout semble se passer le même jour, celui de la Résurrection. Ac 1.1-8 suppose au contraire une période de quarante jours.
49 r) C’est-à-dire l’Esprit Saint, cf. Ac 1.4s ; 2.33, 39 ; Ga 3.14, 22 ; 4.6 ; Ep 1.13 ; Jn 1.33.
51 s) Om. « et fut emporté au ciel ». Cette omission veut éviter une Ascension au jour même de la Résurrection, qui paraît contredire celle de Ac 1.3, 9, quarante jours plus tard.
52 t) Om. « s’étant prosternés devant lui ».
53 u) L’évangile de Luc se termine au Temple où il a commencé, dans la joie et la louange divine.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.