La lecture d’aujourd’hui nous ramène de nouveau au thème principal des quatre Évangiles : le thème du Royaume. Nous avons devant nous deux récits : celui de l’apaisement de la tempête et celui de la guérison des possédés. On pourrait croire qu’il s’agit d’événements très différents, car...
La lecture d’aujourd’hui nous ramène de nouveau au thème principal des quatre Évangiles : le thème du Royaume. Nous avons devant nous deux récits : celui de l’apaisement de la tempête (v. 23-27) et celui de la guérison des possédés, des démoniaques (v. 28-34). On pourrait croire qu’il s’agit d’événements très différents, car dans un cas Jésus a affaire à un élément naturel, et dans l’autre à des hommes et à des forces obscures. Mais, au fond, dans les deux cas il s’agit de la manière dont le Royaume de Dieu, que Jésus porte en lui, transfigure le monde qui l’entoure.
Ceux qui l’entourent ont l’impression qu’il possède des capacités surhumaines ou des forces particulières données par Dieu, et qu’il peut donc accomplir des miracles que personne d’autre ne peut accomplir (v. 27). Mais en réalité, il ne s’agit ni de forces ni de capacités, mais du fait que le monde autour de lui est transfiguré ; c’est pourquoi la tempête s’apaise et les démons ne tiennent pas, fuyant au loin (v. 32). Aucune force, même la force de Dieu, n’agit ainsi sur le monde : elle peut certes y changer beaucoup de choses, mais dans le cas présent il ne s’agit déjà plus simplement de changements, mais d’une transfiguration complète, de sorte que les lois mêmes de l’univers changent. Selon les lois du monde non transfiguré, une tempête ne peut pas s’apaiser sans cause. À proprement parler, dans ce monde elle ne s’apaise pas ; mais dans le Royaume elle n’existe pas. Ensuite, tout dépend de la réalité à laquelle participe l’homme qui se trouve au milieu de la tempête : la réalité du monde déchu ou la réalité du Royaume. Et ici, tout est déterminé uniquement par la foi, par la confiance envers celui qui a apporté ce Royaume dans le monde (v. 26).
Mais s’il n’y a pas de foi, même les manifestations du Royaume ne la remplaceront pas par elles-mêmes. Il en fut ainsi avec les démoniaques gergéséniens : la manifestation du Royaume était évidente, et les démons, qui naturellement ne pouvaient la supporter, l’ont senti très vite (v. 29). Avec les hommes, en revanche, tout s’est révélé moins simple. Il était difficile de ne pas croire le récit des témoins oculaires (v. 33), mais ce récit, semble-t-il, produisit sur les habitants du lieu une impression paradoxale : ils demandèrent à Jésus de les laisser en paix (v. 34). Et il est peu vraisemblable que ce fût parce qu’ils avaient pitié du troupeau perdu.
Bien sûr, les habitants de ces lieux étaient païens et pensaient sans doute peu au Messie ou au Royaume. Mais ils comprirent une chose : quelqu’un était entré dans leur vie et y avait apporté quelque chose avec quoi il deviendrait impossible de vivre comme avant. S’il restait parmi eux, toute leur vie changerait brusquement. Et cela, selon toute apparence, ils ne le voulaient pas.
Jésus rencontra ici l’obstacle principal sur son chemin : le refus des hommes d’accueillir le Royaume qu’il leur propose. Alors il s’en va. Car si l’homme refuse le Royaume, le Sauveur n’a plus rien à lui donner.