En caractérisant la situation, Moïse place les accents avec toute la netteté possible : le peuple reçoit la terre non pour sa justice, mais à cause de l'impiété des peuples qui l'habitent alors...
En caractérisant la situation, Moïse place les accents avec toute la netteté possible : le peuple reçoit la terre non pour sa justice, mais à cause de l'impiété des peuples qui l'habitent alors. Voilà la logique de l'histoire qui se tient derrière beaucoup d'événements, surtout des événements comme les conquêtes, les coups d'État, les révolutions. Le plus souvent, derrière tout cela, il n'y a pas la volonté de Dieu, mais, comme disent d'ordinaire les théologiens dans de tels cas, Sa permission. Dans l'immense majorité des cas, Dieu ne prend pas parti pour les uns contre les autres : Il se retire simplement, Il s'écarte, non parce que tout Lui serait indifférent, mais parce qu'en règle générale Il ne soutient aucune des parties. Et cela n'a rien d'étonnant : dans cette même immense majorité des cas, les parties engagées dans les événements ne se soucient ni de Dieu ni de Sa volonté. Dieu ne se range du côté de personne, parce que personne n'est de Son côté ; et Dieu ne s'imposera pas à ceux qui n'ont pas besoin de Lui.
Avec Son peuple, cependant, la situation est inhabituelle. Le peuple de Dieu est inclus dans l'histoire comme tous les autres peuples, et il n'est pas pour autant meilleur, plus juste, plus spirituel que n'importe quel autre peuple. Mais Dieu a, à l'égard de Son peuple, un plan particulier, un dessein particulier, qui rend Son peuple singulier et le distingue de tous les autres peuples de la terre. Bien sûr, le peuple lui-même ne devient pas meilleur du seul fait que Dieu a pour lui un certain plan particulier ; mais son chemin différera tout de même du chemin de n'importe quel autre peuple de la terre. Car Dieu doit conduire Son peuple au lieu où Il veut le voir, où Il lui a fixé rendez-vous avec Lui.
Le chemin de tout autre peuple peut être déterminé par une chaîne de permissions divines qui, pour ce peuple lui-même, apparaîtront comme des hasards et des vicissitudes de son destin historique — de même qu'il en va pour une personne lorsque, ne connaissant pas le chemin, elle passe d'un hasard à l'autre en appelant ce mouvement destin. Le chemin du peuple de Dieu, lui, est en tout cas déterminé par Dieu, mais il passe au milieu de peuples ordinaires, comme l'étaient les peuples qui habitaient la Palestine avant les Hébreux. Ils n'étaient ni pires ni meilleurs que n'importe quel autre peuple, et ils étaient donc soumis aux mêmes vicissitudes de l'histoire déchue que tous les autres peuples. Cependant Dieu les prive de leur terre non pour des péchés particuliers, mais pour l'impiété ordinaire propre à tous les peuples déchus. De même, Il donne la terre à Son peuple non pour sa justice particulière, mais parce que tel est Son plan. Toutefois, l'impiété des peuples que Dieu chasse de la terre rend cette expulsion possible, permettant à Dieu d'accomplir Son plan concernant Son peuple.