C’est le tout début du Livre de la Consolation du prophète Isaïe, qui annonce la délivrance d’Israël de l’exil babylonien et, en outre, comme toujours dans les livres prophétiques, beaucoup d’autres choses. La première image qu’il utilise est si claire et si concrète qu’un autre prophète, Jean le Baptiste, la citera ensuite dans sa prédication. Imaginez en effet: Dieu avance à travers le désert vallonné qui sépare la Terre promise de Babylone pour accomplir un nouvel Exode, et Il envoie devant Lui Son héraut, afin que les hommes préparent un chemin digne du Roi des rois.
Il est intéressant de voir comment ces paroles se sont ensuite réfractées dans la conscience des hommes: le deux-points s’est déplacé, après les mots «dans le désert», et le sens a changé. «La voix de celui qui crie dans le désert», c’est quand quelqu’un crie et que personne ne l’écoute. Ce n’était le cas ni d’Isaïe ni de Jean. Pourquoi donc l’accent s’est-il déplacé ainsi? Peut-être parce qu’à l’époque chrétienne ces paroles ont commencé à être interprétées naturellement au sens spirituel: le Seigneur vient vers chacun de nous pour nous sauver du péché et de la mort, mais pour qu’Il entre dans notre cœur, il nous faut le repentir et la correction de notre vie, la «préparation du chemin»; et c’est là que se manifeste notre «surdité», de sorte que quiconque nous appelle au repentir se retrouve comme dans le vide...