Les paroles du psalmiste selon lesquelles tous sont menteurs et qu'il ne reste plus de fidèles parmi les hommes peuvent sembler exagérées à certains. En effet, s'il ne restait plus de fidèles dans le peuple de Dieu, celui-ci cesserait tout simplement d'exister comme tel...
Les paroles du psalmiste selon lesquelles tous sont menteurs et qu'il ne reste plus de fidèles parmi les hommes peuvent sembler exagérées à certains. En effet, s'il ne restait plus de fidèles dans le peuple de Dieu, celui-ci cesserait tout simplement d'exister comme tel. Est-ce possible ? À première vue, non, mais tout dépend ici de ce qu'est le mensonge et de la manière dont on le comprend. Ce n'est pas un hasard si, dans le psaume, les menteurs sont opposés aux pauvres et aux humbles (la Traduction synodale appelle les pauvres des mendiants et les humbles des pauvres) : on appelait généralement pauvres et humbles ceux qui cherchaient le chemin de la justice et la plénitude de la communion avec Dieu.
Cette tradition est liée à la prédication du prophète Isaïe de Jérusalem et au cercle de ses disciples, qui se qualifiaient de pauvres, bien qu'il s'agît naturellement moins de leur situation matérielle que de leur état spirituel. Les pauvres se reconnaissaient comme tels dans la mesure où ils se remettaient entièrement à Dieu, Le laissant disposer de leur vie.
Tout ce qu'ils possédaient, ils le considéraient non comme leur propriété, leur appartenant de plein droit, mais comme quelque chose que Dieu leur avait confié pour un usage temporaire, et rien de plus. Ils reconnaissaient en outre ce fait simple, mais qui n'est pas évident pour tous : quant à l'essentiel—la justice et la communion avec Dieu—ils étaient réellement indigents. La justice n'est pas une propriété ni une qualité de l'homme déchu ; elle est son état, et un état généralement temporaire, du moins à l'étape terrestre du chemin humain.
L'homme lui-même est ici impuissant : tout au plus peut-il s'efforcer de demeurer dans l'état de justice aussi longtemps que possible lorsque Dieu le lui accorde. Mais l'homme ne peut atteindre un tel état par ses propres forces ; il n'en a ni les moyens ni les méthodes : dans l'essentiel, il est indigent. Tout ce qu'il peut posséder en ce monde est inutile et ne vaut donc rien du point de vue de cet essentiel—une vie juste et la communion avec Dieu.
Cette prise de conscience permet à l'homme de percevoir adéquatement et lui-même et le monde qui l'entoure. Sans elle, l'image du monde se déforme : l'homme ne voit ni son véritable visage ni le monde tel qu'il est réellement. Le mensonge devient alors une part indissociable de la vie humaine. La seule question est de savoir à quel moment et dans quelle mesure l'homme lui-même en prendra conscience.
Une fois qu'il en a pris conscience, chacun se trouve devant un choix : on peut tout laisser en l'état et continuer à vivre dans un monde où le mensonge est désormais plus ou moins conscient, comme le fait habituellement la majorité, ou bien s'engager sur le chemin de la prise de conscience de sa propre vie—le chemin de la justice et de la communion avec Dieu. Malheureusement, peu nombreux sont ceux qui choisissent ce chemin—c'est le chemin d'une minorité, qui parfois disparaît entièrement. C'est alors que le mensonge devient universel : chacun y participe à un degré ou à un autre. Telle est la situation que l'auteur du psaume a rencontrée et décrite.