Les paroles sur la grâce qui sauve sont devenues un lieu commun dans le vocabulaire chrétien. Aujourd'hui, nous réfléchissons déjà peu à leur sens. Qu'est-ce donc que cette grâce qui sauve ? Comment et de quoi nous sauve-t-elle ? La réponse théologique correcte est connue : du péché, devenu conséquence de la chute et manifesté dans notre vie.
Le péché fait obstacle à notre salut, nous ne pouvons pas le vaincre entièrement par nos propres forces, et pour une telle victoire il nous faut la grâce du Christ, qui nous sauve du péché et de la perdition éternelle. Mais que se cache-t-il derrière ces mots ? Si l'on les comprend dans le contexte de tout ce que la Bible dit des relations de l'homme avec Dieu, il faut reconnaître qu'ils décrivent une certaine dynamique spirituelle. Un processus. Un processus dans lequel l'homme est inclus par ses relations avec Jésus. Et ces relations elles-mêmes sont à leur tour un élément du processus.
Ce sont précisément ces relations qu'il faudrait appeler grâce. La grâce n'est pas simplement une certaine énergie divine répandue dans le monde, ni une force émanant du Christ dans toutes les directions. Elle est l'unité du Christ avec Son Père, dans laquelle entre l'homme qui s'est confié au Christ. C'est cette inclusion dans les relations du Christ avec le Père que l'homme vit comme grâce. Grâce à cette inclusion et en lien avec elle, le chrétien participe à la vie du Royaume.
Et cette participation se fait malgré la condition pécheresse qui, par définition, caractérise l'homme déchu. Par le dépassement de cette condition. Par la résistance de l'homme à son péché avec le soutien de la force de Dieu et du souffle du Royaume qui entrent en lui grâce à son inclusion dans ce même processus spirituel. Ainsi Dieu, par le Christ et dans le Christ, change l'homme. Il le transfigure.
Il change ainsi sa nature, afin que le péché n'y ait plus de place. Et Il fait de plus en plus de l'homme sauvé du péché un habitant du Royaume. Ce Royaume où s'ouvre à l'homme toute la plénitude de la grâce. Toute la plénitude de la vie, non pas d'une vie séparée, mais de la vie à l'intérieur des relations qui unissent le Roi de ce Royaume à Son Père céleste. Car, en fin de compte, ce sont leurs relations qui forment le fondement du Royaume. Toute la plénitude de la grâce est là, entre le Père et le Fils. Et tous les autres y participent à mesure qu'ils entrent dans Leurs relations. Et dans la vie du Royaume, où le péché n'a plus de place.
