Jésus accomplit en substance un bouleversement dans la compréhension et la pratique de la prière. Il apparaît que Dieu n'a absolument pas besoin de nos demandes de prière. Bien plus, celui qui demande lui-même n'a pas non plus besoin de la prière. On pourrait objecter: « Pour Dieu, tout est clair, mais les hommes, en priant, saisissent parfois plus clairement leurs besoins en les formulant, et, dans un état apaisé, prennent conscience de leurs besoins intérieurs, comme d'ailleurs aussi extérieurs. En fin de compte, c'est précisément la prière qui sert souvent de source de résolution pour atteindre des buts conscients et nettement formulés ». Tout cela peut être reconnu comme vrai dans une certaine mesure; toutefois une telle autoréflexion intérieure ne peut déjà plus être appelée prière proprement dite: c'est plutôt une méditation avec des éléments de verbalisation.
D'ailleurs, la méditation, au sens de réflexion ou au sens de silence, n'est pas une chose si inutile. Mais elle aussi doit avoir pour contenu non pas tant notre vie psychique isolée que l'ouverture du cœur et de l'intelligence à la rencontre de Dieu et des circonstances de la vie. Et il faudrait ici mettre l'accent précisément sur Dieu, qui donne perspective et espace à la vie humaine.
Jésus parle justement de la prière comme de l'élan de tout l'être humain vers Dieu, Source et Fondement de tout. Et le seul but, au fond, d'une prière ainsi comprise est d'acquérir une sensibilité intérieure à la perception des mouvements de l'Esprit, qui seul fait des hommes les collaborateurs de Dieu et ceux qui partagent sa pensée, du Dieu qui se révèle dans le Christ. Dans ce cas, chaque chrétien ou chrétienne reçoit la possibilité de participer à l'édification de son Royaume et à l'accomplissement de sa volonté, et donc de réaliser sa vocation et ses dons, de recevoir son pardon et sa liberté, et de les donner à ceux qui, près de nous, en sont privés.
