Les définitions que Paul emploie parfois peuvent paraître un peu étranges. Pour la foi active, c'est encore plus ou moins compréhensible : Paul a dit à plusieurs reprises, et il n'a pas été le seul, que la foi sans les œuvres n'est que paroles vides. Mais « le travail persévérant de l'amour » (non pas « le travail accompli avec amour », mais bien « le travail de l'amour »), de même que « la constance de l'espérance en notre Seigneur Jésus-Christ » (ce qui, dans la traduction synodale, sonne comme « la patience de l'espérance »), peuvent susciter des questions et de la perplexité. En effet, dans notre monde, l'amour est d'ordinaire lié aux sentiments et aux émotions : lorsque nous disons que nous aimons quelque chose, nous voulons le plus souvent dire que cela nous plaît. Malheureusement, nous « aimons » souvent notre prochain de la même manière, tant qu'il nous plaît. Les auteurs des livres bibliques entendent généralement par amour une relation dans laquelle nous désirons le bien du prochain, qu'il nous soit sympathique ou non. Pourtant, les relations sont une chose, et le travail persévérant en est une autre. Les œuvres de l'amour sont compréhensibles, mais comment la relation elle-même peut-elle devenir un travail ? Dans la situation d'un monde non transfiguré, cela sonne en effet un peu étrangement. Même ici, pourtant, les relations doivent être soutenues, sans quoi elles se détruisent peu à peu. Mais pour le Royaume, maintenir les relations devient particulièrement important : là, c'est vraiment un travail à part entière, et très sérieux. Car la structure du Royaume est précisément formée par les relations. Leur profondeur et leur solidité déterminent non seulement la plénitude qui s'ouvrira à celui qui construit ces relations, mais aussi la mesure dans laquelle le Royaume se révélera au monde, ainsi que la profondeur de son action spirituelle sur le monde non transfiguré. Alors la « constance de l'espérance » devient plus claire : dans une situation ordinaire, l'espérance signifie au fond la confiance envers quelqu'un qui a fait certaines promesses, et la certitude que celui qui les a faites ne trompera pas, que ce soit Dieu ou un homme. Mais dans le Royaume, la confiance seule ne suffit pas : ici, la certitude suppose non seulement une connaissance intérieure, mais aussi une intention. Cette même intention qui est également le fondement de toute relation. Or l'intention est toujours un effort, même quand, comme dans le cas de la constance, cet effort vise à préserver ce que des forces extérieures cherchent à détruire. Paul, on le voit, décrit déjà toutes les relations entre chrétiens non comme des relations entre habitants du monde non transfiguré, mais comme des relations entre habitants du Royaume. Car pour lui, il était tout à fait évident que le christianisme est la vie dans le Royaume que le Sauveur a apporté au monde.