Bible-Centre

La réflexion principale pour le 22 novembre 2015

Manifestement, il existait une différence importante entre les chefs de la fraternité religieuse pharisienne et ceux qu’on pourrait appeler, de façon conventionnelle, le « peuple simple », notamment dans la perception de certaines personnes et de certains événements. Bien sûr, en parlant du « peuple simple », il faut tout de même tenir compte du fait qu’il n’était pas si simple que cela. Un Juif illettré, aux temps évangéliques, était une grande rareté, tout comme un Juif qui ne lisait pas et même n’étudiait pas la Torah et les Prophètes, ce que nous appellerions aujourd’hui l’Écriture sainte.

Auprès de chaque synagogue, il y avait nécessairement une école religieuse où tous les garçons du lieu, et parfois aussi les filles, apprenaient non seulement à lire et à écrire, mais aussi les bases du travail avec les livres sacrés, y compris une pratique particulière de lecture priante ou méditative. La culture du travail avec les livres sacrés était assez largement répandue dans la société juive, et parmi les maîtres de la Torah, que l’Évangile appelle d’ordinaire « scribes », la majorité s’occupait précisément d’enseigner ce travail aux enfants et aux adultes, souvent gratuitement ou pour une rémunération très modeste.

Mais, d’un autre côté, il existait dans le monde juif des académies où l’on étudiait la Torah et les autres livres sacrés de manière extrêmement détaillée. C’était un monde particulier de connaisseurs, de théologiens instruits, de commentateurs raffinés des textes sacrés, qui se lançaient parfois dans des subtilités et atteignaient des profondeurs dont les simples lecteurs de la Torah ne se doutaient même pas. Malheureusement, ce petit monde assez fermé des théologiens académiques portait, comme cela arrive souvent en pareil cas, une bonne part de snobisme savant qui les poussait à regarder ces simples lecteurs comme des ignorants de la Torah.

Et ce même snobisme savant les poussait à traiter, sinon avec mépris, du moins avec suspicion, ceux qu’on pourrait appeler des autorités spirituelles populaires, parmi lesquelles se trouvait d’ailleurs Jean le Baptiste. Certes, une telle réserve était souvent justifiée : la conscience religieuse de masse n’est pas très exigeante dans le choix de ses chefs religieux. Mais la méfiance a priori empêchait parfois les scribes académiques comme les chefs instruits des fraternités religieuses de discerner de véritables hommes de Dieu, comme ce fut le cas pour Jean le Baptiste.

Alors il ne restait aux chefs du mouvement pharisien qu’à louvoyer entre leur propre méfiance, et même une certaine répugnance spirituelle, d’un côté, et les sympathies populaires de l’autre ; car l’expression ouverte de leur position pouvait mal finir pour eux. Cependant un tel louvoiement ne favorise ni l’unité spirituelle ni une vie spirituelle pleine, et la question du Sauveur devait amener Ses interlocuteurs à réfléchir à cette vérité simple, mais peu évidente pour eux.

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