Paul aborde le thème de la justice et celui de la circoncision, qui se posait alors avec acuité dans certaines Églises de Grèce et d'Asie Mineure. L'apôtre rattache la circoncision...
Paul aborde le thème de la justice et celui de la circoncision, qui se posait alors avec acuité dans certaines Églises de Grèce et d'Asie Mineure. L'apôtre rattache la circoncision « à la justice qui vient de la Torah », en remarquant que, s'il y a quelqu'un qui pourrait se glorifier d'une telle justice, c'est bien lui, plus que ceux qui la défendent devant les frères de Philippes. Mais Paul, précisément en comparaison de ce qu'il a reçu lors de sa rencontre avec le Ressuscité, ne la tient pour rien de plus que des déchets.
Il ne s'agit pas ici du fait que l'apôtre rejette la Torah en tant que telle.
Il comprend simplement trop bien (par sa propre expérience) que la Torah en tant que telle ne rend pas l'homme juste. Elle indique seulement le chemin de la justice, de l'extérieur ou de l'intérieur (si l'on parle de la Torah intérieure). Mais ce n'est pas la Torah qui rend l'homme juste, c'est Dieu, qui a donné à l'homme la Torah comme instrument sur le chemin de la justice. La Torah est une boussole spirituelle qui indique à l'homme ce chemin.
Mais pour atteindre le Royaume, il ne suffit pas de regarder la boussole ; il faut encore parcourir le chemin qu'elle indique, et là l'aide de Dieu et la participation du Sauveur Lui-même sont importantes, d'autant plus qu'Il peut aider puisqu'Il est Lui-même devenu Torah vivante. L'alternative à un tel chemin devient alors la religion, l'activité religieuse, la vie religieuse en général, qui remplace souvent la vie spirituelle. Alors, au lieu du chemin, les gens se passionnent pour toutes sortes d'offices, de rites, de cérémonies religieuses, en pensant que c'est précisément ce à quoi Dieu les appelle.
En réalité, tout ce qui vient d'être énuméré n'est que jeux humains, que les hommes inventent pour leur tranquillité et auxquels ils jouent pour leur plaisir, alors même que les joueurs les considèrent comme un moyen d'atteindre une certaine « justice » (celle que l'apôtre appelle, peut-être non sans ironie, « la justice qui vient de la Torah »). La circoncision était justement un tel jeu pour beaucoup de chrétiens de Philippes, et pas seulement de Philippes.
Pour eux, ce n'était qu'un rite religieux : ils n'avaient pas l'intention de s'engager sérieusement sur le chemin spirituel du judaïsme, le chemin de la Torah intérieure, de l'humilité, de la prière intérieure continuelle, de l'acquisition de la shekhina, en un mot, de tout ce qui était important pour les meilleurs représentants de la tradition spirituelle juive. Pour eux, la circoncision n'était qu'une sorte de jeu religieux auquel ils jouaient en pensant faire une chose importante et nécessaire. Paul considérait ces jeux comme une profanation du véritable chemin spirituel, et il avait parfaitement raison.
1 f) Au moment de conclure sa lettre, Paul reprend un nouveau développement. Cette reprise fait croire à certains que le passage 3.2-4.1 a été un billet indépendant. Voir introduction.
Philippes, ville importante de Macédoine et colonie romaine, avait été évangélisée par Paul lors de son deuxième voyage, entre l’automne 48 et l’été 49, Ac 16.12-40. Il y repassa à deux reprises au cours du troisième voyage, en hiver 54-55, Ac 20.1-2, et à Pâques 56, Ac 20.3-6. Les fidèles qu’il y gagna au Christ témoignèrent d’une affection touchante pour leur apôtre en lui envoyant des secours à Thessalonique, 4.16, puis à Corinthe, 2 Co 11.9. Et quand Paul leur écrit, c’est précisément pour les remercier de nouveaux subsides qu’il vient de recevoir par l’intermédiaire de leur délégué, Épaphrodite, 4.10-20 ; en agréant leur offrande, lui qui craignait d’ordinaire de paraître intéressé, Ac 18.3, il marque à leur égard une confiance toute particulière.
Paul est prisonnier au moment où il leur écrit, 1.7, 12-17, et l’on a longtemps pensé qu’il s’agissait de sa première captivité romaine. Cependant les échanges fréquents et apparemment très faciles que les Philippiens ont avec lui, et avec Épaphrodite alors près de lui, 2.25-30, surprennent s’il se trouve dans la lointaine Rome. Surtout on comprend mal, si Paul est à Rome (ou à la rigueur à Césarée de Palestine, autre lieu d’une captivité connue de nous), que leur envoi d’argent par Épaphrodite soit la première occasion qu’ils aient trouvée d’aider l’Apôtre depuis leurs charités du deuxième voyage, 4.10, 16, puisqu’il est repassé deux fois chez eux au cours du troisième voyage. Tout s’explique mieux si Paul écrit avant ces deux nouvelles visites, c’est-à-dire à Éphèse entre 52 et 54. Les allusions au « Prétoire », 1.13, et à la « maison de César », 4.22, ne font pas difficulté, car il y avait des détachements de prétoriens dans les grandes villes, en particulier à Éphèse, aussi bien qu’à Rome. Notre ignorance d’une captivité de Paul à Éphèse n’est pas non plus un obstacle insurmontable, car Luc nous a dit fort peu de choses sur ce séjour de presque trois ans, et Paul laisse entendre qu’il y rencontra de bien graves difficultés, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10.
Si l’on admet cette hypothèse, il faut dissocier Ph de Col, Ep, Phm et la rapprocher des « grandes épîtres », en particulier de 1 Co. Loin de s’y opposer, le style et la doctrine de l’épître favorisent plutôt ce rapprochement. Aussi bien cet écrit est-il peu doctrinal. C’est plutôt une effusion du cœur, un échange de nouvelles, une mise en garde contre les « mauvais ouvriers » qui ravagent ailleurs les travaux de l’Apôtre et pourraient bien s’attaquer aussi à ses chers Philippiens, enfin et surtout un appel à l’unité dans l’humilité qui nous vaut l’admirable passage sur les souffrances du Christ, 2.6-11 : que cette hymne rythmée soit citée par saint Paul ou qu’elle soit bien de lui, de toute façon elle apporte un témoignage de première valeur sur la foi primitive.
L’authenticité de Ph ne fait pas de doute mais son unité a été sérieusement mise en question. Pour beaucoup de critiques, ce pourrait être le résultat du regroupement de trois lettres. La division probablement la plus satisfaisante est la suivante : lettre A : 4.10-20 ; lettre B : 1.1–3.1, 4.2-9, 21-23 ; lettre C : 3.2 – 4.1. La lettre A, antérieure aux deux autres, aura été envoyée dès la réception du don apporté par Épaphrodite. La lettre C est probablement la dernière. C’est une brûlante polémique contre des missionnaires judéo-chrétiens dont il n’apparaît aucune trace dans la lettre B ; celle-ci est un appel serein à l’unité et à la persévérance, ainsi qu’au témoignage résolu à la vérité.