Timothée était membre du conseil des anciens qui dirigeait alors l'Église, ayant reçu un don de Dieu...
Timothée était membre du conseil des anciens qui dirigeait alors l'Église, ayant reçu un certain don de Dieu «par prophétie, avec l'imposition des mains des presbytres» (dans la traduction synodale, les presbytres sont appelés «sacerdoce»). À cette époque, l'Église, comme d'autres fraternités religieuses juives de l'époque évangélique, était dirigée par un conseil des anciens, qui était un organe en partie représentatif (on y trouvait habituellement des représentants des différentes communautés composant la fraternité), en partie coopté (selon toute apparence, de nouveaux membres ne pouvaient entrer au conseil des anciens qu'avec l'accord de tous ses participants).
Il n'est pas étonnant que, lors de l'admission de nouveaux membres au conseil, on priât pour eux avec imposition des mains: cette pratique ancienne était liée à la tradition des communautés prophétiques et constituait une sorte d'initiation: en entrant dans la communauté, une personne devait vivre ce qui est lié à l'expérience de cette communauté, comprendre ce qui constitue précisément le fondement de sa vie spirituelle.
Une telle pratique existait dans chaque communauté ecclésiale, et il aurait été étrange qu'elle fût absente du conseil des anciens, qui était lui aussi avant tout une communauté d'Église, et non quelque centre dirigeant et administratif. Nous ne savons pas comment se déroulait exactement la prière avec imposition des mains aux temps des premiers chrétiens, et il ne reste qu'à deviner de quelle «prophétie» parle l'apôtre. Il n'est pas exclu que l'un des prophètes de l'Église (or le ministère prophétique, dans la première période chrétienne, était la norme dans l'Église) ait reçu une révélation particulière concernant la personne de Timothée et son ministère.
Si tel est le cas, il n'est pas étonnant que Paul l'appelle à ne pas oublier ce qu'il a reçu pendant cette prière. À en juger par la mention que l'apôtre fait de «l'enseignement», dans lequel il conseille à Timothée de «s'appliquer», il s'agit du ministère de docteur-rabbin dans l'Église, dont Paul parle d'ailleurs beaucoup dans l'épître à Timothée. Il faut noter que les docteurs-rabbins se trouvaient souvent membres du conseil des anciens: dans toute fraternité, leur ministère était considéré comme l'un des plus importants, et leur expérience, liée non seulement à l'étude des livres sacrés, mais aussi à l'acquisition de la Torah intérieure, pouvait être importante pour toute la fraternité (dans le cas présent, pour toute l'Église).
Entre-temps, Timothée, à en juger par la mention de sa «jeunesse», était plus jeune que ne l'étaient habituellement les membres du conseil des anciens, et ce fait pouvait même troubler quelqu'un, si bien que Paul dut l'encourager: si les membres du conseil l'ont jugé digne d'entrer dans leur communauté, cela signifie qu'il en est réellement digne, malgré son âge. Comme on le voit, l'apôtre appelle Timothée à être devant Dieu celui qu'il est, en restant lui-même en toutes circonstances: c'est ainsi précisément qu'il accomplira le mieux le ministère que Dieu lui a confié.
14 e) Certains traduisent « l’imposition des mains en vue du presbytérat ». L’imposition des mains, rite de transmission d’une grâce ou d’un charisme, He 6.2, peut être un geste de simple bénédiction, Mt 19.15, le moyen d’opérer une guérison. Mt 9.18 ; Mc 6.5 ; 7.32 ; 8.23-25 ; 16.18 ; Lc 4.40 ; 13.13 ; Ac 9.12, 17 ; 28.8, de communiquer aux baptisés la plénitude de l’Esprit Saint. Ac 1.5, enfin le rite qui consacre un homme en vue d’une fonction publique particulière, Ac 6.6 ; 13.3. C’est en ce dernier sens qu’il faut entendre ce v. et 5.22 ; 2 Tm 1.6. Depuis le jour auquel Paul fait allusion. Timothée possède en lui de façon permanente un « charisme », 1 Co 12.1, qui le consacre au ministère. Pour la mention de l’intervention prophétique, cf. 1.18.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.