Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 26 octobre 2015

La Bible de Jérusalem (fr)

Lamentations, Chapitre 3,  vers 34-66

1 Troisième lamentation
34 Lamed. Quand on écrase et piétine
tous les prisonniers d’un pays,
35 quand on fausse le droit d’un homme
devant la face du Très-Haut,
36 quand on fait tort à un homme dans un procès,
le Seigneur ne le voit-il pas ?
37 Mem. Qui donc n’a qu’à parler pour que les choses soient ?
N’est-ce pas le Seigneur qui décide ?
38 N’est-ce pas de la bouche du Très-Haut
que sortent les maux et les biens ?
39 Pourquoi l’homme murmurerait-il ?
Qu’il soit plutôt brave contre ses péchés !
40 Nun. Examinons notre voie, scrutons-la
et revenons à Yahvé.
41 Élevons notre cœur et nos mains
vers le Dieu qui est au ciel.
42 Nous, nous avons péché ; nous, nous sommes rebelles :
Toi, tu n’as pas pardonné !
43 Samek. Tu t’es enveloppé de colère et nous as pourchassés,
massacrant sans pitié.
44 Tu t’es enveloppé d’un nuage
pour que la prière ne passe pas.
45 Tu as fait de nous des balayures,
un rebut parmi les peuples.
46 Phé. Ils ont ouvert la bouche contre nous,
tous nos ennemis.
47 Frayeur et fosse furent notre lot,
fracas et désastre.
48 Mes yeux se fondent en ruisseaux
pour le désastre de la fille de mon peuple.
49 Aïn. Mes yeux pleurent et ne s’arrêtent pas,
il n’y a pas de répit,
50 jusqu’à ce que Yahvé regarde
et voie du haut du ciel.
51 Mes yeux me font mal,
pour toutes les filles de ma Cité.
52 Çadé. Ils m’ont chassé, pourchassé comme un oiseau,
ceux qui m’exècrent sans raison.
53 Dans une fosse, ils ont précipité ma vie,
ils m’ont jeté des pierres.
54 Les eaux ont submergé ma tête ;
je disais : « Je suis perdu ! »
55 Qoph. J’ai invoqué ton Nom, Yahvé,
de la fosse profonde.
56 Tu entendis mon cri, ne sois pas sourd
à ma prière, à mon appel.
57 Tu te fis proche, au jour où je t’ai appelé.
Tu as dit : « Ne crains pas ! »
58 Resh. Tu as défendu, Seigneur, la cause de mon âme,
tu as racheté ma vie.
59 Tu as vu, Yahvé, le tort qui m’était fait :
rends-moi justice.
60 Tu as vu toute leur rage,
tous leurs complots contre moi.
61 Shin. Tu as entendu leurs outrages, Yahvé,
tous leurs complots contre moi.
62 les propos que chuchotaient mes adversaires
contre moi, tout le jour.
63 Qu’ils s’asseyent ou se lèvent, regarde :
je leur sers de chanson.
64 Tav. Rétribue-les, Yahvé,
selon l’œuvre de leurs mains.
65 Mets en leur cœur l’endurcissement,
ta malédiction sur eux.
66 Poursuis-les avec colère, extirpe-les
de dessous tes cieux !
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

39 a) « Qu’il soit brave », litt. « qu’il soit un homme » en lisant yehî (geber) au lieu de hây (« vivant ») que l’hébreu rattache au premier stique.


41 b) « et nos mains » Vulg. ; « vers nos mains » hébr.


56 c) « à ma prière » grec (qui omet le mot suivant, glose probable) ; « à ma libération » hébr.


58 d) Dieu est le go’el de son peuple, cf. Rt 2.20 ; Isa 41.20.


66 e) « tes cieux » mss grecs, syr. ; « les cieux de Yahvé » hébr.


La Bible hébraïque range ce petit livre avec les Hagiographes et le compte parmi les cinq « megillôt », les « rouleaux » qu’on lit aux grandes fêtes. La Bible grecque et la Vulgate le placent à la suite de Jérémie, avec un titre qui en attribue la composition à ce prophète. La tradition se fondait sur 2 Ch 35.25 et était appuyée par le contenu des poèmes, qui convient en effet à l’époque de Jérémie. Mais cette attribution ne peut être maintenue. Jérémie, tel que nous le connaissons par ses oracles authentiques, n’a pas pu dire que l’inspiration prophétique était tarie, 2.9, ni louer Sédécias, 4.20, ni espérer dans le secours égyptien, 4.17. Son génie spontané se serait difficilement astreint au genre érudit de ces poèmes dont les quatre premiers sont alphabétiques, chaque strophe commençant par une des lettres de l’alphabet prises dans leur ordre, et dont le cinquième a juste vingt-deux vers, le nombre des lettres de l’alphabet hébreu.

Les Lamentations 1, 2 et 4 sont dans le genre littéraire des complaintes funèbres, 3 est une lamentation individuelle, 5 est une lamentation collective (dans le latin : Prière de Jérémie). Elles ont probablement été composées en Palestine après la ruine de Jérusalem en 587. Elles sont vraisemblablement l’œuvre d’un seul auteur qui décrit en termes poignants le deuil de la ville et de ses habitants mais, de ces plaintes douloureuses, jaillit un sentiment de confiance invincible en Dieu et de repentir profond qui fait la valeur permanente du livret. Les Juifs le récitent au grand jeûne commémoratif de la destruction du Temple et l’Église en fait usage, pendant la Semaine Sainte, pour rappeler le drame du Calvaire.

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