Dans sa seconde épître à l’Église de Thessalonique, Paul revient de nouveau à la question de la fin des temps et du...
Dans sa seconde épître à l’Église de Thessalonique, Paul revient de nouveau à la question de la fin des temps et du retour du Sauveur. De toute évidence, cette question ne cessait pas de préoccuper les chrétiens de Thessalonique, qui n’abandonnaient vraisemblablement pas l’espoir de calculer la date exacte de la Seconde Venue, laquelle leur apparaissait manifestement comme un événement d’un avenir très proche (v. 1–2). L’apôtre attire l’attention des destinataires de son épître sur le fait que le retour du Messie est un événement régulier, qui ne peut se produire que lorsque, au cours de l’histoire du monde, certains processus spirituels se seront achevés, des processus qui suivent leur cours avec la participation des hommes vivant sur la terre, dont le choix en détermine le déroulement. Il devient alors évident que, dans sa vision du processus historique, Paul est très éloigné de l’idée de progrès spirituel ou moral si largement répandue aujourd’hui.
Cependant, l’apôtre ne parle pas non plus de régression. À en juger par ses paroles, il faudrait plutôt parler d’une certaine polarisation, vers la fin de l’histoire terrestre, des forces spirituelles qui s’opposent les unes aux autres, polarisation qui atteindra son sommet précisément au moment du retour du Sauveur. Ainsi, Paul mentionne certaines forces agissant secrètement dans le monde, opposées à la Torah (« le mystère de l’iniquité »), qui ne peuvent se dévoiler dans toute leur plénitude uniquement parce que, dans leur milieu, n’est pas encore apparu celui qui les unira autour de lui (v. 6–7 ; selon le sens du texte grec, le v. 7 parle des forces secrètes de l’iniquité, retenues par le fait que, dans leur milieu, n’est pas encore apparu quelqu’un destiné à devenir leur centre, et que la traduction synodale appelle « celui qui retient », c’est-à-dire, dans ce cas, celui sur qui tout repose).
Comme on le voit, ce rassembleur de toutes les forces opposées à Dieu se distingue avant tout par le rejet de la Torah et de ses normes, de sorte que Paul l’appelle directement « l’homme de l’iniquité », voué à la perdition (« fils de perdition »), entendant par la Loi la Torah, comme dans toutes ses autres épîtres (v. 3 ; dans la traduction synodale, « l’homme de l’iniquité » est appelé « l’homme du péché »). Il n’est pas étonnant que le rejet conséquent de la Torah conduise celui qui la rejette à se mettre à la place de Dieu, en tentant de réfuter la possibilité même qu’il existe dans le monde quoi que ce soit de sacré (Paul dit de lui de manière imagée qu’il « s’assiéra dans le Temple », c’est-à-dire au lieu de la présence de Dieu, « se faisant passer pour Dieu », v. 4).
Toute cette imagerie remonte sans aucun doute au Livre de Daniel, qui, à son tour, reflète les réalités de l’époque du règne du roi syrien Antiochos Épiphane et des guerres maccabéennes ; c’est précisément Antiochos Épiphane, qui se considérait sérieusement comme fils de Zeus, qui exigea que, dans la cour du Temple de Jérusalem, soient installés des autels dédiés à Zeus et à lui-même, afin que des honneurs divins leur soient rendus à tous deux. Il n’est pas étonnant que l’histoire d’Antiochos Épiphane et de sa défaite soit devenue le symbole du triomphe de Dieu sur ses ennemis, bien connu des premières générations de chrétiens.
Paul recourt lui aussi à ce symbole ; pour lui, Antiochos Épiphane, avec son exigence d’honneurs divins, devient le prototype des forces qui, à la fin des temps, défient Dieu en agissant non plus secrètement, mais tout à fait ouvertement (v. 8–10). Comme on le voit, la fin des temps arrive lorsque les forces du Royaume comme les forces de ceux qui s’y opposent se manifestent dans le monde jusqu’au bout, de sorte que tous les masques utilisés auparavant tombent. Et la question n’est pas, bien sûr, que ces masques empêcheraient Dieu de discerner ses ennemis. La question, comme on le voit, est qu’un masque tombé signifie un choix définitif. Alors vient le jour du Jugement, non parce que Dieu ne veut plus attendre, mais parce qu’il n’y a plus rien à attendre. Le choix est fait. Il ne reste maintenant que la rencontre avec Dieu face à face, rencontre au cours de laquelle Dieu donnera l’évaluation définitive du choix accompli, déterminant le destin de chacun dans l’éternité.
1 g) Voir la description de 1 Th 4.13-5. Il refusait de prévoir la date de la Parousie. Répondant sans doute à de nouvelles questions fondées sur une mauvaise interprétation de 1 Th 5.2, Paul ne revient pas ici sur le sort des vivants et des morts il se borne à préciser que le Retour n’est pas imminent et sera précédé de signes reconnaissables.
3 h) Le danger de tromperie à ce sujet est un des thèmes récurrents de l’apocalyptique du NT, Mc 13.5s ; Lc 21.8s ; Ap 13.13s ; 20.7.
3 i) L’apostasie est nommée comme déjà connue. Au contenu général du mot (sécession, défection) il faut donner une valeur religieuse, Ac 5.37 ; 21.21 ; He 3.12. À ceux qui n’ont jamais appartenu au Christ, il se peut que soient joints ceux qui se laisseront détourner de la foi, cf. 1 Tm 4.1 ; 2 Tm 3.1 ; 4.3s, etc.
4 j) L’apostasie sera causée par un personnage qui porte trois noms et se présente, jusqu’au v. 5a, comme le grand ennemi de Dieu. Il est l’Impie par excellence, litt. « l’homme de l’impiété » (var. « l’homme du péché ») l’être voué à sa perte, litt. « le fils de la perdition » v. 10 ; Jn 17.12 ; cf. 1 Th 5.5 ; l’adversaire de Dieu, décrit ici en termes inspirés de Dn 11.36 (où il s’agit d’Antiochus Épiphane). Dans la tradition chrétienne, influencée par Daniel, cet Adversaire recevra le nom d’Antichrist. cf. 1 Jn 2.18 ; 4.3 ; 2 Jn 7. Il apparaît comme un être personnel, qui se révélera à la fin des temps (tandis que Satan, dont il est l’instrument, agit dès maintenant dans « le mystère », v. 7), exerçant contre les croyants un pouvoir persécuteur et séducteur. Cf. Mt 24.24 ; Ap 13.1-8, pour la grande épreuve dernière à laquelle mettra fin le retour du Christ.
6 k) Paul attribue le retard de la Parousie à quelque chose (v. 6) ou quelqu’un (v. 7) qui « retient », une force ou une personne qui empêche la manifestation de l’Antichrist (laquelle doit précéder la Parousie). L’allusion devait être comprise des destinataires de la lettre, mais pour nous elle reste une énigme, malgré les nombreuses explications qui ont été proposées.
7 l) Jusqu’au moment de la « révélation » finale, le mystère de l’impiété est à l’œuvre et c’est de cette activité que résulte l’apostasie. L’obstacle une fois écarté, l’Impie travaillera au grand jour.
8 m) L’Impie se révèle, vv. 6, 8, face à la Révélation du Seigneur, 1.7 ; 1 Co 1.7, de même que sa Parousie, v. 9, se dresse en face de celle du Seigneur, v. 8. L’Anti-Dieu devient l’Anti-Christ. Mais il ne fait pas de doute que le Seigneur aura raison de son ennemi.
8 n) Add. « Jésus ».
9 o) L’impie sert d’instrument à l’action de Satan, cf. 1 Th 2.18, qui lui communique son pouvoir surhumain, un peu comme l’Esprit du Christ se communique aux chrétiens. Cf. le Dragon et la Bête, Ap 13.2, 4.
12 p) Le contraste se poursuit entre les croyants et les rebelles. Mensonge et vérité n’ont pas ici une valeur purement intellectuelle, mais un sens religieux qui engage la vie et les œuvres, cf. Jn 8.32, 44 ; 1 Jn 3.19.
2 Th présente de frappantes ressemblances littéraires avec 1 Th, au point que des critiques y ont vu l’œuvre d’un faussaire qui se serait inspiré de saint Paul en imitant son style. Mais on ne voit guère le motif d’un tel faux, et il est plus simple de penser que l’Apôtre lui-même, voulant corriger certains éléments mal compris de son enseignement eschatologique 1 Th 5.2, 9, a écrit cette deuxième lettre en reprenant des formules de la première. Les deux écrits ne se contredisent pas mais se complètent ; et leur authenticité est également bien attestée par l’ancienne tradition de l’Église.
Outre leur intérêt de présenter déjà en germe bien des thèmes que reprendront les épîtres ultérieures, celles-ci sont importantes surtout par leur doctrine sur l’eschatologie. En cette étape ancienne de son apostolat, la pensée de l’Apôtre apparaît toute centrée sur la résurrection du Christ et sur sa venue en gloire qui apportera le salut à ceux qui auront cru en lui, fussent-ils déjà morts, 1 Th 4.13-18. Cette venue glorieuse, il la décrit selon les traditions de l’apocalyptique juive et du christianisme primitif (discours eschatologique des Synoptiques, surtout de Mt). Conformément aux enseignements de Jésus, tantôt il insiste sur l’imminence imprévisible de cette venue qui requiert la vigilance, 1 Th 5.1-11, au point de donner l’impression que lui et eux la verront de leur vivant, 1 Th 4.17, tantôt il calme ses fidèles agités par cette perspective, en leur rappelant que le Jour n’est pas encore arrivé et doit être précédé de certains signes, 2 Th 2.1-12. Ceux-ci ne sont plus aussi clairs pour nous qu’ils devaient l’être pour les lecteurs. Il semble que Paul conçoive l’Antichrist comme un individu réservé pour la fin des temps. Quant à l’obstacle « qui le retient présentement », 2 Th 2.6, certains interprètes y ont vu l’Empire romain, d’autres la prédication évangélique, et la chose reste incertaine.