Qu'est-ce que la tentation du Sauveur au désert? Pourquoi est-elle devenue possible? La réponse simple et traditionnelle est qu'en demeurant Homme malgré Sa divinité, Il pouvait être tenté par le diable comme tout homme. Mais ce n'est qu'une partie de la réponse...
Qu'est-ce que la tentation du Sauveur au désert? Pourquoi est-elle devenue possible? La réponse simple et traditionnelle est qu'en demeurant Homme malgré Sa divinité, Il pouvait être tenté par le diable comme tout homme. Mais ce n'est qu'une partie de la réponse. Toute tentation est une épreuve; en grec (et aussi en hébreu), les deux notions sont désignées par le même mot. Quel était donc le sens de l'épreuve?
Jésus est le Messie, et, de toute évidence, l'épreuve était liée précisément à Son ministère messianique. Plus exactement, à la possibilité de déformer ce ministère et de le rendre ainsi dépourvu de sens. Le déformer comme le diable avait déjà réussi à le déformer dans la conscience de nombreux Juifs croyants, ceux qui attendaient un Messie thaumaturge, un Messie qui assurerait à Ses sujets une abondance complète - bien sûr sur la terre, dans notre monde, encore nullement transfiguré et gisant dans le mal. C'est au fond tout cela que le diable propose au Sauveur: changer les pierres en pain; démontrer des miracles liés aux capacités extraordinaires cachées dans la nature humaine.
Mais la tentation principale est ailleurs: le diable propose à Jésus un marché. Il essaie de convaincre le Sauveur que le monde lui appartient en réalité à lui, au diable, et non à Dieu. Et qu'il faut négocier le Royaume avec lui, le diable, si Jésus veut, bien sûr, que Son Royaume trouve une place dans le monde. Le diable tente le Sauveur par la même chose dont il tente tout homme qui accomplit l'oeuvre de Dieu; c'est pourquoi la description de cette tentation est importante pour nous. Si on L'avait tenté d'une manière particulière, inventée seulement pour le Messie, le récit de Ses tentations ne nous intéresserait que théoriquement. Et, bien sûr, biographiquement, comme un épisode capital du ministère terrestre du Christ.
Mais, d'une manière ou d'une autre, sous une forme ou sous une autre, tout cela attend chacun de nous si nous sommes chrétiens et voulons suivre le Christ sur Son chemin. Substituer au Royaume et à sa vie soit la possibilité illusoire d'un bien-être terrestre universel, soit le développement de capacités surhumaines. Et si cela ne marche pas, proposer un marché, un compromis qui nous mettra à l'abri des problèmes et des désagréments sur le chemin chrétien dans un monde qui gît dans le mal. Et chacun de nous doit résister à ces tentations. Pendant tout le temps de notre parcours terrestre. Si, bien sûr, notre parcours terrestre est réellement la continuation de Son chemin. Le chemin du Royaume qui traverse le monde gisant dans le mal.
1 q) unit dans son récit les données de Mc (quarante jours de tentation) et celles de Mt (trois tentations au terme d’un jeûne de quarante jours). Il modifie l’ordre de Mt de manière à terminer par Jérusalem ; 2.38. Sur la nature de cette tentation, cf. Mt 4.1.
1 r) L’intérêt particulier de Luc pour l’Esprit Saint se manifeste non seulement dans ses deux premiers chapitres, 1.15, 35, 41, 67, 80 ; 2.25, 26, 27, mais encore dans le reste de son évangile où il ajoute sa mention plusieurs fois par rapport aux autres synoptiques, 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13. Il en parle aussi très souvent dans les Actes, Ac 1.18. Cf. Mt 4.1.
6 s) En introduisant dans le monde le péché et sa suite, la mort, Sg 2.24 Rm 5.12, Satan a rendu l’homme captif de sa tyrannie, Mt 8.29 ; Ga 4.3 ; Col 2.8 ; il a étendu sur le monde, dont il est devenu le « Prince », Jn 12.31, une domination que Jésus est venu supprimer par la « rédemption », Mt 20.28 ; Rm 3.24 ; 6.15 ; Col 1.13-14 ; 2.15. Voir encore Ep 2.1-6 ; 6.12 ; Jn 3.35 ; 1 Jn 2.14 ; Ap 13.1-18 ; 19.19-21.
14 t) Refrain de Luc 4.37 ; 5.15 ; 7.17 ; cf. les refrains analogues de Ac 2.41 ; 6.7 ; 1.80.
15 u) Jésus admiré et loué par les foules, autre thème cher à Luc : 4.22 ; 8.25 ; 9.43 ; 11.27 ; 13.17 ; 19.48, connexe du refrain précédent, 4.14, et des thèmes de la louange à Dieu, 2.20, et de la crainte religieuse, 1.12.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.