En décrivant le service, le sien et celui de ses collaborateurs, Paul le décrit comme le service d'un véritable pauvre. Pauvre au sens où la pauvreté était comprise dès l'époque du prophète Isaïe de Jérusalem: non comme une condition matérielle...
En décrivant le service, le sien et celui de ses collaborateurs, Paul le décrit comme le service d'un véritable pauvre. Pauvre au sens où la pauvreté était comprise dès l'époque du prophète Isaïe de Jérusalem: non comme une condition matérielle, mais comme un état spirituel. Et ce service se caractérise avant tout par l'absence complète de toute affirmation de soi.
En effet, qu'était la pauvreté pour les premiers chrétiens, et plus tôt encore pour ces justes pour qui, comme pour les disciples d'Isaïe, elle devint synonyme de justice? D'abord la conscience de ce fait simple et évident pour eux: ni eux-mêmes ni personne d'autre n'a rien à apporter à Dieu. Certes, l'homme peut avoir l'impression de faire quelque chose pour Dieu, mais seulement jusqu'au moment où il comprend vraiment ce qu'est la justice.
Et quand l'homme comprend que la justice n'est pas une affaire humaine, que seul Dieu peut rendre l'homme juste, et seulement en étant directement présent dans sa vie, que seule cette présence fait du juste un juste; quand l'homme comprend tout cela, il comprend aussi qu'il ne peut rien faire pour Dieu. Il ne peut qu'accepter ce que Dieu voudra lui donner. Cela signifie que l'homme ne peut rien mériter de Dieu ni devant Dieu. Il ne peut donc être question d'aucune affirmation de soi par le service de Dieu.
En aucun sens: ni en bon ni en mauvais. Même si quelqu'un décidait de s'affirmer par le service au meilleur sens du terme, de se tenir sur ses propres jambes, comme nous disons d'habitude, une telle personne n'y parviendrait pas: il n'existe pas de «jambes propres» chez un véritable serviteur de Dieu. Il ne peut avoir que les jambes de Dieu, celles que Dieu lui donne et qui restent toujours à Dieu, n'étant accordées à l'homme qu'à l'usage, sans jamais devenir sa propriété.
Alors il n'y a vraiment pas lieu de juger les services des autres, encore moins de les entraver, pas plus qu'il n'y a lieu de chercher la reconnaissance ou une position dans ce monde: car pour tout cela il faut posséder quelque chose à soi, quelque chose qui t'appartienne par nature ou par droit d'acquisition, et non qui soit emprunté pour un temps.
La justice ne peut pas appartenir à l'homme; ce n'est pas sa propriété ni une qualité acquise par ses propres efforts, mais un état dans lequel Dieu introduit l'homme et qui peut lui être retiré aussi facilement qu'il lui a été donné. C'est précisément en ce sens que le Sauveur Lui-même disait que Ses disciples, pour ce qui concerne leur service, devaient se considérer comme des serviteurs ne méritant rien de particulier: ils ont fait ce qu'ils devaient faire, mais n'ont pas acquis de droits devenus inaliénables.
Un serviteur peut rester dans la maison et user de tout ce qui s'y trouve, mais il n'a pas de droits propres sur la maison. Et il ne s'agit pas ici de tenir les serviteurs de Dieu en bride, mais du fait qu'en se rapportant ainsi à sa vie et à son service, l'homme peut recevoir infiniment plus qu'en insistant sur ses droits. En vivant et en servant Dieu ainsi, on peut recevoir la vie du Royaume dans toute sa plénitude. Sinon, on reste avec ce qui est à soi. Avec toutes les conséquences qui en découlent.
2 x) Entre le temps de la venue du Christ, Rm 3.26, et celui de son retour, 1 Co 1.8, s’écoule un temps intermédiaire, Rm 13.11, qui est le « jour du salut ». Temps laissé à la conversion, Ac 3.20s, accordé au salut du « Reste », Rm 11.5, et des païens, Rm 11.25 ; Ep 2.12s ; cf. Ap 6.11 ; Lc 21.24. Bien que d’une durée incertaine, 1 Th 5.1, ce temps de pèlerinage, 1 P 1.17, doit être considéré comme court, 1 Co 7.26-31 ; cf. Ap 10.6 ; 12.12 ; 20.3, chargé d’épreuves, Ep 5.16 ; 6.13, et de souffrances qui préparent la gloire à venir, Rm 8.11. La fin approche, 1 P 4.7 ; cf. Ap 1.3 et 1 Co 16.22 ; Ph 4.5 ; Jc 5.8, ainsi que le jour de la pleine lumière, Rm 13.11s ; il importe de veiller, 1 Th 5.6 ; cf. Mc 13.33, et de bien user de ce temps qui reste, Col 4.5 ; Ep 5.16, pour se sauver et sauver les autres, Ga 6.10, en laissant à Dieu le soin des vengeances dernières, Rm 12.19 ; 1 Co 4.5.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.