Réfléchissant aux destinées historiques de son peuple, Paul ne le sépare pas du Royaume dont il témoigne. Il ne doute pas que le destin du peuple juif comme peuple de Dieu ne soit nullement terminé, que les Juifs aient trébuché sur le chemin du Royaume non pour tomber et ne plus jamais se relever (v. 11). L'histoire du Royaume est paradoxale : les païens d'hier y avancent devant ceux que le Sauveur Lui-même appelait en premier, et le refus des Juifs d'être les premiers sur ce chemin ne fait qu'accroître encore l'enthousiasme de ceux qui marchent. Mais l'apôtre est certain qu'à la fin des temps, lorsque le Royaume se révélera dans toute sa plénitude, ses compatriotes y entreront, de sorte que ni la plénitude du Royaume ni la résurrection elle-même ne seront possibles sans leur participation (v. 12 – 15).
Paul comprend que le peuple de Dieu, conçu par Dieu avant même la création du monde, a été conçu par Dieu comme un peuple sanctifié par Sa présence (« saint »), et que cette sanctification n'était pas un privilège du peuple, mais une part du dessein de Dieu pour le salut du monde et de l'homme. C'est pourquoi elle ne se définit pas par le seul destin historique du judaïsme, au sein duquel Dieu trouve toujours ce reste qui correspond à Son dessein sur ce que doit être Son peuple. Selon l'expression de l'apôtre, la « racine sanctifiée » du peuple n'a disparu nulle part, simplement parce qu'elle ne peut pas disparaître ; sa disparition signifierait l'échec de tout le dessein de Dieu sur le salut, ce qui est impossible par définition.
Et s'il en est ainsi, les branches aussi sont sanctifiées par la racine sanctifiée (v. 16). Paul reste manifestement fidèle à la tradition prophétique en ce qui concerne l'attitude envers les païens. Les anciens prophètes ont dit plus d'une fois que, dans le Royaume messianique, le reste du peuple de Dieu rencontrerait les païens qui cherchent le vrai Dieu et qui, enfin, L'ont trouvé. Mais l'apôtre comprend que les priorités de Dieu sont restées les mêmes : Son peuple demeure Son peuple, et le salut des païens d'hier n'est possible que s'ils reconnaissent ce fait évident pour Paul : il n'y a pas et il ne peut y avoir d'autre peuple de Dieu que celui dont l'histoire commence avec l'appel d'Abraham. Pour illustrer clairement cette thèse, l'apôtre utilise l'image de la greffe et de la culture de l'olivier sauvage, qui seraient totalement impossibles si, premièrement, il n'existait pas un « bon » olivier, des variétés cultivées, et si, deuxièmement, il ne se trouvait pas un jardinier capable et désireux d'accomplir cette opération (v. 17 – 24).
À ce qu'il apparaît, l'histoire du peuple de Dieu est pour Paul un unique processus spirituel, où le destin du peuple juif, le service du reste et l'histoire du Royaume deviennent un seul tout.
