Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 10 mars 2015

La Bible de Jérusalem (fr)

Esther, Chapitre 3

II. Mardochée et Esther> 19 Mardochée et Aman., III. Les Juifs menacés> 7 Décret d’extermination des Juifs.
1 Quelque temps après, le roi Assuérus distingua Aman, fils de Hamdata, du pays d’Agag. Il l’éleva en dignité, lui accorda prééminence sur tous les grands officiers, ses collègues, 2 et tous les serviteurs du roi, préposés au service de sa Porte, s’agenouillaient et se prosternaient devant lui, car tel était l’ordre du roi. Mardochée refusa de fléchir le genou et de se prosterner. 3 « Pourquoi transgresses-tu l’ordre royal ? » dirent à Mardochée les serviteurs du roi préposés à la Royale Porte. 4 Mais ils avaient beau le lui répéter tous les jours, il ne les écoutait pas. Ils dénoncèrent alors le fait à Aman, pour voir si Mardochée persisterait dans son attitude (car il leur avait dit qu’il était Juif). 5 Aman put en effet constater que Mardochée ne fléchissait pas le genou devant lui ni ne se prosternait : il en prit un accès de fureur. 6 Comme on l’avait instruit du peuple de Mardochée, il lui parut que ce serait peu de ne frapper que lui et il prémédita de faire disparaître, avec Mardochée, tous les Juifs établis dans tout le royaume d’Assuérus. 7 L’an douze d’Assuérus, le premier mois, qui est Nisan, on tira, sous les yeux d’Aman, le « Pûr » (c’est-à-dire les sorts), par jour et par mois. Le sort étant tombé sur le douzième mois, qui est Adar, 8 Aman dit au roi Assuérus : « Au milieu des populations, dans toutes les provinces de ton royaume, est dispersé un peuple à part. Ses lois ne ressemblent à celles d’aucun autre et les lois royales sont pour lui lettre morte. Les intérêts du roi ne permettent pas de le laisser tranquille. 9 Que sa perte soit donc signée, si le roi le trouve bon, et je verserai à ses fonctionnaires, au compte du Trésor royal, dix mille talents d’argent. » 10 Le roi ôta alors son anneau de sa main et le donna à Aman, fils de Hamdata l’Agagite, le persécuteur des Juifs. 11 « Garde ton argent, lui répondit-il. Quant à ce peuple, je te le livre, fais-en ce que tu voudras ! » 12 Une convocation fut donc adressée aux scribes royaux pour le treize du premier mois et l’on mit par écrit tout ce qu’Aman avait ordonné aux satrapes du roi, aux gouverneurs de chaque province et aux grands officiers de chaque peuple, selon l’écriture de chaque province et la langue de chaque peuple. Le rescrit fut signé du nom d’Assuérus, scellé de son anneau,
13 et des courriers transmirent à toutes les provinces du royaume des lettres mandant de détruire, tuer et exterminer tous les Juifs, depuis les adolescents jusqu’aux vieillards, enfants et femmes compris, le même jour, à savoir le treize du douzième mois, qui est Adar, et de mettre à sac leurs biens. 13a Voici le texte de cette lettre :« Le Grand Roi Assuérus aux gouverneurs des cent vingt-sept provinces qui vont de l’Inde à l’Éthiopie, et aux chefs de district, leurs subordonnés : 13b Placé à la tête de peuples sans nombre et maître de toute la terre, je me suis proposé de ne point me laisser enivrer par l’orgueil du pouvoir et de toujours gouverner dans un grand esprit de modération et avec bienveillance afin d’octroyer à mes sujets la perpétuelle jouissance d’une existence sans orages, et, mon royaume offrant les bienfaits de la civilisation et la libre circulation d’une de ses frontières à l’autre, d’y instaurer cet objet de l’universel désir qu’est la paix. 13c Or, mon conseil entendu sur les moyens de parvenir à cette fin, l’un de mes conseillers, de qui la sagesse parmi nous éminente, l’indéfectible dévouement, l’inébranlable fidélité ont fait leurs preuves, et dont les prérogatives viennent immédiatement après les nôtres, Aman, 13d nous a dénoncé, mêlé à toutes les tribus du monde, un peuple mal intentionné, en opposition par ses lois avec toutes les nations, et faisant constamment fi des ordonnances royales, au point d’être un obstacle au gouvernement que nous assurons à la satisfaction générale. 13e Considérant donc que ledit peuple, unique en son genre, se trouve sur tous les points en conflit avec l’humanité entière, qu’il en diffère par un régime de lois étranges, qu’il est hostile à nos intérêts, qu’il commet les pires méfaits jusqu’à menacer la stabilité de notre royaume. 13f Pour ces motifs, nous ordonnons que toutes les personnes à vous signalées dans les lettres d’Aman, commis au soin de nos intérêts et pour nous un second père, soient radicalement exterminées, femmes et enfants inclus, par l’épée de leurs ennemis, sans pitié ni ménagement aucun, le quatorzième jour du douzième mois, soit Adar, de la présente année, 13g afin que, ces opposants d’aujourd’hui comme d’hier étant précipités de force dans l’Hadès en un jour, stabilité et tranquillité plénières soient désormais assurées à l’État. » 14 La copie de cet édit, destiné à être promulgué comme loi dans chaque province, fut publiée parmi toutes les populations afin que chacun se tînt prêt au jour dit. 15 Sur l’ordre du roi, les courriers partirent dans les plus brefs délais. L’édit fut promulgué d’abord à la citadelle de Suse.Et tandis que le roi et Aman se prodiguaient en festins et beuveries, dans la ville de Suse régnait la consternation.
Lire la suite:Esther, Chapitre 4
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 n) Pays inconnu, dont le nom, celui d’un roi d’Amaleq vaincu par Saül, 1 S 15.7-9, a pu être choisi pour souligner l’opposition entre Aman et Mardochée, Benjaminite et fils de Qish comme Saül.


2 o) La prosternation exigée, geste de déférence admis dans toutes les cours orientales et attesté dans la Bible, cf. 1 R 1.23 ; 2 R 4.37, etc., n’avait rien en soi qui pût offusquer un Juif. Plutôt donc qu’une fidélité immédiate à Dieu et à sa Loi (comme en Dn 1.8 ; 3.12 ; 6.14), Mardochée met dans son refus une fierté raciale, que la prière du texte grec interprétera dans un sens religieux, 4.17d-o.


7 p) Mot babylonien que l’auteur explique. En fait Aman a décidé l’extermination. Il ne demande au sort que de désigner le jour favorable. Le grec, complétant l’hébreu, ajoute qu’Aman fit un décret la douzième année du roi, qu’il jeta les sorts pour perdre la race de Mardochée et que le sort tomba sur le quatorzième jour du mois qui est Adar. — Ce v. est peut-être une addition, introduite en même temps que la section concernant la fête des « Purim », 9.24-26.


8 q) Lucien paraphrase ainsi « Aman, jaloux et agité en tous ses sentiments, en devint tout rouge et détourna de lui ses yeux. Puis, d’un cœur pervers, il parla en mal d’Israël au roi Il y a un peuple, dit-il, dispersé dans tous les royaumes, un peuple belliqueux et insoumis, ayant des lois toutes particulières. Mais de tes lois, ô roi, ils ne tiennent pas compte, connus qu’ils sont parmi tous les peuples comme de méchantes gens. Tes décrets, ils les violent afin d’anéantir ta gloire. »


8 r) Ces griefs contre les Juifs se retrouvent dans plusieurs écrits de l’époque hellénistique, cf. 3.13 ; Dn 1.8 ; 3.8-12 ; Jdt 12.2 ; Esd 4.12s ; Sg 2.14s et l’apocryphe 3 Maccabées.


15 s) Ici la Vet. Lat. introduit une prière des Juifs, où s’expriment des sentiments de pénitence pour les péchés du peuple et des appels à la fidélité de Dieu.


Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.

Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.

La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.

Réduire

Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.

Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.