Dans le troisième chapitre du Livre d’Esther, nous voyons que la persécution des Juifs vient de ce qu’ils ne sont « pas comme tout le monde »...
Dans le troisième chapitre du Livre d’Esther, nous voyons que la persécution des Juifs vient de ce qu’ils ne sont « pas comme tout le monde ». La loi des Juifs diffère des lois des païens, leurs rites sont particuliers, leurs croyances étranges... Mais surtout, ils n’adorent pas ce que tout le monde adore. Les Juifs n’adorent ni la puissance ni la gloire terrestres. La persécution est déclenchée contre un peuple entier à cause d’un seul homme, Mardochée. L’auteur veut apparemment dire que Mardochée refuse de se prosterner devant le satrape du roi pour des raisons religieuses. Quoi qu’il en soit, on souffle à Haman que Mardochée ne s’incline pas parce qu’il est juif, et que les Juifs ne s’inclinent devant personne, pas même devant les dieux babyloniens et perses, qu’ils n’honorent pas.
En lisant ce chapitre, il est impossible de se défaire de l’impression qu’il parle de quelque chose de très familier. Le désir frénétique d’Haman de voir les hommes se prosterner devant lui, l’honorer et glorifier sa grandeur est un symptôme très répandu d’une profonde maladie spirituelle et psychique. Dans le Nouveau Testament, nous voyons en la personne du Seigneur Jésus Christ l’exact contraire d’Haman, Lui qui dit : « Je ne reçois pas la gloire des hommes. » Cela est important, car nous sommes très nombreux, chacun à notre mesure bien sûr, à connaître par expérience cette dépendance à l’égard de l’estime humaine. En outre, une grande partie de ce qui se passe dans les sociétés modernes, et la nôtre ne fait pas exception, s’explique précisément par cette aspiration aux louanges. Mais la Bible souligne que cela ne mène à rien de bon.
1 n) Pays inconnu, dont le nom, celui d’un roi d’Amaleq vaincu par Saül, 1 S 15.7-9, a pu être choisi pour souligner l’opposition entre Aman et Mardochée, Benjaminite et fils de Qish comme Saül.
2 o) La prosternation exigée, geste de déférence admis dans toutes les cours orientales et attesté dans la Bible, cf. 1 R 1.23 ; 2 R 4.37, etc., n’avait rien en soi qui pût offusquer un Juif. Plutôt donc qu’une fidélité immédiate à Dieu et à sa Loi (comme en Dn 1.8 ; 3.12 ; 6.14), Mardochée met dans son refus une fierté raciale, que la prière du texte grec interprétera dans un sens religieux, 4.17d-o.
7 p) Mot babylonien que l’auteur explique. En fait Aman a décidé l’extermination. Il ne demande au sort que de désigner le jour favorable. Le grec, complétant l’hébreu, ajoute qu’Aman fit un décret la douzième année du roi, qu’il jeta les sorts pour perdre la race de Mardochée et que le sort tomba sur le quatorzième jour du mois qui est Adar. — Ce v. est peut-être une addition, introduite en même temps que la section concernant la fête des « Purim », 9.24-26.
8 q) Lucien paraphrase ainsi « Aman, jaloux et agité en tous ses sentiments, en devint tout rouge et détourna de lui ses yeux. Puis, d’un cœur pervers, il parla en mal d’Israël au roi Il y a un peuple, dit-il, dispersé dans tous les royaumes, un peuple belliqueux et insoumis, ayant des lois toutes particulières. Mais de tes lois, ô roi, ils ne tiennent pas compte, connus qu’ils sont parmi tous les peuples comme de méchantes gens. Tes décrets, ils les violent afin d’anéantir ta gloire. »
8 r) Ces griefs contre les Juifs se retrouvent dans plusieurs écrits de l’époque hellénistique, cf. 3.13 ; Dn 1.8 ; 3.8-12 ; Jdt 12.2 ; Esd 4.12s ; Sg 2.14s et l’apocryphe 3 Maccabées.
15 s) Ici la Vet. Lat. introduit une prière des Juifs, où s’expriment des sentiments de pénitence pour les péchés du peuple et des appels à la fidélité de Dieu.
Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.
Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.
La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.