Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 5 mars 2015

La Bible de Jérusalem (fr)

Esther, Chapitre 1,  vers 1-12

I. Assuérus et Vasthi> 1 Festin d’Assuérus., 9 L’affaire Vasthi.
1a La deuxième année du règne du grand roi Assuérus, le premier jour de Nisan, un songe vint à Mardochée, fils de Yaïr, fils de Shiméï, fils de Qish, de la tribu de Benjamin, 1b Juif établi à Suse et personnage considérable comme attaché à la cour. 1c Il était du nombre des déportés que, de Jérusalem, le roi de Babylone, Nabuchodonosor, avait emmenés en captivité avec le roi de Juda, Jékonias. 1d Or, voici quel fut ce songe. Cris et fracas, le tonnerre gronde, le sol tremble, bouleversement sur toute la terre. 1e Deux énormes dragons s’avancent, l’un et l’autre prêts au combat. Ils poussent un hurlement ; 1f il n’a pas plus tôt retenti que toutes les nations se préparent à la guerre contre le peuple des justes. 1g Jour de ténèbres et d’obscurité ! Tribulation, détresse, angoisse, épouvante fondent sur la terre. 1h Bouleversé de terreur devant les maux qui l’attendent, le peuple juste tout entier se prépare à périr et crie vers Dieu. 1i Or, à son cri, comme d’une petite source, naît un grand fleuve, des eaux débordantes. 1k La lumière se lève avec le soleil. Les humbles sont exaltés et dévorent les puissants. 1l À son réveil, Mardochée, devant ce songe et la pensée des desseins de Dieu, y porta toute son attention et, jusqu’à la nuit, s’efforça de multiples façons d’en pénétrer le sens. 1m Mardochée logeait à la cour avec Bigtân et Téresh, deux eunuques du roi, gardes du palais. 1n Ayant eu vent de ce qu’ils machinaient et pénétré leurs desseins, il découvrit qu’ils s’apprêtaient à porter la main sur le roi Assuérus, et le mit au courant. 1o Le roi fit donner la question aux deux eunuques, et, sur leurs aveux, les envoya au supplice. 1p Il fit ensuite consigner l’histoire dans ses Mémoires cependant que Mardochée, de son côté, la couchait aussi par écrit. 1q Puis le roi lui confia une fonction au palais et, pour le récompenser, le gratifia de présents. 1r Mais Aman, fils de Hamdata, l’Agagite, avait la faveur du roi, et, pour cette affaire des deux eunuques royaux, il médita de nuire à Mardochée. 1 C’était au temps d’Assuérus, cet Assuérus dont l’empire s’étendait de l’Inde à l’Éthiopie, soit sur cent vingt-sept provinces. 2 En ce temps-là, comme il siégeait sur son trône royal, à la citadelle de Suse, 3 la troisième année de son règne, il donna un banquet, présidé par lui, à tous ses grands officiers et serviteurs chefs de l’armée des Perses et des Mèdes, nobles et gouverneurs de provinces. 4 Il voulait étaler à leurs yeux la richesse et la magnificence de son royaume ainsi que l’éclat splendide de sa grandeur, pendant une longue suite de jours, exactement cent quatre-vingts. 5 Ce temps écoulé, ce fut alors toute la population de la citadelle de Suse, du plus grand au plus petit, qui se vit offrir par le roi un banquet de sept jours, sur l’esplanade du jardin du palais royal. 6 Ce n’étaient que tentures de toile blanche et de pourpre violette attachées par des cordons de byssus et de pourpre rouge, eux-mêmes suspendus à des anneaux d’argent fixés sur des colonnes de marbre blanc, lits d’or et d’argent posés sur un dallage de pierres rares, de marbre blanc, de nacre et de mosaïques ! 7 Pour boire, des coupes d’or, toutes différentes, et abondance de vin offert par le roi avec une libéralité royale. 8 Le décret royal toutefois ne contraignait pas à boire, le roi ayant prescrit à tous les officiers de sa maison que chacun fût traité comme il l’entendait. 9 La reine Vasthi, de son côté, avait offert aux femmes un festin dans le palais royal d’Assuérus. 10 Le septième jour, mis en gaieté par le vin, le roi ordonna à Mehumân, à Bizzeta, à Harbona, à Bigta, à Abgata, à Zétar et à Karkas, les sept eunuques attachés au service personnel du roi Assuérus, 11 de lui amener la reine Vasthi coiffée du diadème royal, en vue de faire montre de sa beauté au peuple et aux grands officiers. Le fait est qu’elle était très belle. 12 Mais la reine Vasthi refusa de venir selon l’ordre du roi que les eunuques lui avaient transmis. L’irritation du roi fut extrême et sa colère s’enflamma.
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Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

3 a) « chefs de l’armée » conj. ; « l’armée » hébr. — Les « serviteurs » sont ici les hauts fonctionnaires. De tels banquets étaient fréquents, cf. Gn 40.20 ; 1 R 3.15 ; Dn 5.1 ; Mc 6.21.


9 b) Vasthi, comme Esther, est inconnue de l’histoire.


Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.

Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.

La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.

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