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Lecture en trois ans pour le 13 septembre 2014

La Bible de Jérusalem (fr)

Ezéchiel, Chapitre 37

III. Pendant et après le siège de Jérusalem> 1 Les ossements desséchés., 15 Juda et Israël en un seul royaume.
La main de Yahvé fut sur moi, il m’emmena par l’esprit de Yahvé, et il me déposa au milieu de la vallée, une vallée pleine d’ossements.
Il me la fit parcourir, parmi eux, en tous sens. Or les ossements étaient très nombreux sur le sol de la vallée, et ils étaient complètement desséchés.
Il me dit : « Fils d’homme, ces ossements vivront-ils ? » Je dis : « Seigneur Yahvé, c’est toi qui le sais. »
Il me dit : « Prophétise sur ces ossements. Tu leur diras : Ossements desséchés, écoutez la parole de Yahvé.
Ainsi parle le Seigneur Yahvé à ces ossements. Voici que je vais faire entrer en vous l’esprit et vous vivrez.
Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai pousser sur vous de la chair, je tendrai sur vous de la peau, je vous donnerai un esprit et vous vivrez, et vous saurez que je suis Yahvé. »
Je prophétisai, comme j’en avais reçu l’ordre. Or il se fit un bruit au moment où je prophétisais ; il y eut un frémissement et les os se rapprochèrent les uns des autres.
Je regardai : ils étaient recouverts de nerfs, la chair avait poussé et la peau s’était tendue pardessus, mais il n’y avait pas d’esprit en eux.
Il me dit : « Prophétise à l’esprit, prophétise, fils d’homme. Tu diras à l’esprit : Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Viens des quatre vents, esprit, souffle sur ces morts, et qu’ils vivent. »
10 Je prophétisai comme il m’en avait donné l’ordre, et l’esprit vint en eux, ils reprirent vie et se mirent debout sur leurs pieds : grande, immense armée.
11 Alors il me dit : Fils d’homme, ces ossements, c’est toute la maison d’Israël. Les voilà qui disent : « Nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, c’en est fait de nous. »
12 C’est pourquoi, prophétise. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Voici que j’ouvre vos tombeaux ; je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple, et je vous ramènerai sur le sol d’Israël.
13 Vous saurez que je suis Yahvé, lorsque j’ouvrirai vos tombeaux et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, mon peuple.
14 Je mettrai mon esprit en vous et vous vivrez, et je vous installerai sur votre sol, et vous saurez que moi, Yahvé, j’ai parlé et je fais, oracle de Yahvé.
15 La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
16 Et toi, fils d’homme, prends un morceau de bois et écris dessus : « Juda et les Israélites qui sont avec lui. » Prends un morceau de bois et écris dessus : « Joseph (bois d’Éphraïm) et toute la maison d’Israël qui est avec lui. »
17 Rapproche-les l’un de l’autre pour faire un seul morceau de bois ; qu’ils ne fassent qu’un dans ta main.
18 Et lorsque les fils de ton peuple te diront : « Ne nous expliqueras-tu pas ce que tu veux dire ? »
19 dis-leur : Ainsi parle le Seigneur Yahvé : Voici que je vais prendre le bois de Joseph (qui est dans la main d’Éphraïm) et les tribus d’Israël qui sont avec lui, je vais les mettre contre le bois de Juda, j’en ferai un seul morceau de bois et ils ne seront qu’un dans ma main.
20 Quand les morceaux de bois sur lesquels tu auras écrit seront dans ta main, à leurs yeux,
21 dis-leur : Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Voici que je vais prendre les Israélites parmi les nations où ils sont allés. Je vais les rassembler de tous côtés et les ramener sur leur sol.
22 J’en ferai une seule nation dans le pays, dans les montagnes d’Israël, et un seul roi sera leur roi à eux tous ; ils ne formeront plus deux nations, ils ne seront plus divisés en deux royaumes.
23 Ils ne se souilleront plus avec leurs ordures, leurs horreurs et tous leurs crimes. Je les sauverai des infidélités qu’ils ont commises et je les purifierai, ils seront mon peuple et je serai leur Dieu.
24 Mon serviteur David régnera sur eux ; il n’y aura qu’un seul pasteur pour eux tous ; ils obéiront à mes coutumes, ils observeront mes lois et les mettront en pratique.
25 Ils habiteront le pays que j’ai donné à mon serviteur Jacob, celui qu’ont habité vos pères. Ils l’habiteront, eux, leurs enfants et les enfants de leurs enfants, à jamais. David mon serviteur sera leur prince à jamais.
26 Je conclurai avec eux une alliance de paix, ce sera avec eux une alliance éternelle. Je les établirai, je les multiplierai et j’établirai mon sanctuaire au milieu d’eux à jamais.
27 Je ferai ma demeure au-dessus d’eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple.
28 Et les nations sauront que je suis Yahvé qui sanctifie Israël, lorsque mon sanctuaire sera au milieu d’eux à jamais.
Lire la suite:Ezéchiel, Chapitre 38
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 h) La vallée déjà citée à 3.22-23 et 8.4.


5 i) En hébreu le même mot ruah signifie « esprit », « souffle » et « vent ».


7 j) « les os se rapprochèrent » grec ; « vous vous rapprochâtes les os » hébr.


10 k) Comme en Os 6.2 ; 13.14 et Isa 26.19, Dieu annonce ici, cf. vv. 11-14, la restauration messianique d’Israël, après les souffrances de l’Exil (cf. Ap 20.4). Mais, par les symboles utilisés, il orientait déjà les esprits vers l’idée d’une résurrection individuelle de la chair, entrevue en Jb 19.25, explicitement affirmée en Dn 12.2 ; 2 M 7.9-14, 23-26 ; 12.43-46 ; cf. 2 M 7.9. Pour le NT, voir Mt 22.29-32 et surtout 1 Co 15.


11 l) Cette réflexion nous permet de situer la vision à Babylone, au milieu des déportés découragés.


16 m) Le terme ne s’oppose pas ici à « Judéens », il désigne toute la population du royaume du Sud.


16 n) C’est-à-dire tout le royaume du Nord disparu depuis la prise de Samarie et la déportation de 721.


23 o) « infidélités » meshûbôt mss, Sym. ; « habitations » môshebôt hébr.


À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.

Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.

D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.

Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».

Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.

Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.

En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.

On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.

Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.

Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.

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