Et à l'époque évangélique, et aux temps anciens dans la synagogue et dans le milieu autour de la synagogue, l’une des questions les plus populaires et les plus discutées était la question sur ce qu’on peut et doit faire pour avoir le droit d'entrer dans le Royaume messianique, ou, en d'autres termes que faire pour «hériter la vie éternelle», comme l’a formulé un chercheur du vrai chemin qui s’est...
Et à l'époque évangélique, et aux temps anciens dans la synagogue et dans le milieu autour de la synagogue, l’une des questions les plus populaires et les plus discutées était la question sur ce qu’on peut et doit faire pour avoir le droit d'entrer dans le Royaume messianique, ou, en d'autres termes que faire pour «hériter la vie éternelle», comme l’a formulé un chercheur du vrai chemin qui s’est adressé à Jésus. Cette question ainsi posée supposait qu’on peut d'une manière ou d'une autre mériter le Royaume, que l’homme est principalement capable si ce n’est pas de créer ce Royaume par ses propres forces (rien de pareil ne pouvait bien sûr venir à la tête d’un Juif normal), alors au moins, d’apporter sa part de contribution à sa création, lorsque le Messie viendra. Mais il s’avère que ce n’est pas du tout le cas. Il se trouva que personne ne peut en rien aider le Messie dans l’édification de Son Royaume.
Et pas seulement parce que cela est empêché par le péché humain, mais aussi parce qu'il est impossible de construire le Royaume d'après les lois du monde non transformé, et par aucune autre loi nous, vivant entièrement la vie de ce monde, ne pourrons pas le construire. Par contre nous pouvons autre chose : accepter le Royaume apporté au monde pas par nous, et le porter plus loin. Au fait, c’est à cela que Jean appelle les destinataires de son message : il parle de «demeurer en Lui», voulant bien sûr dire le Sauveur. En effet : puisque le Sauveur porte le Royaume en Lui et avec Lui, en Lui toute la plénitude du Royaume, qu’Il peut et est prêt à partager avec nous. A cet égard, nous n'avons rien à apporter dans l’édification du Royaume, nous ne pouvons en rien le compléter, nous ne pouvons que l'accepter, comme un don, dont il est impossible à personne des hommes de mériter.
Même notre justice, qui, au fait n’est qu’un reflet de la justice de Dieu, ne complète pas le Royaume : car elle aussi au fond n’est pas la nôtre, elle ne nous appartient pas par nature, si nous sommes justes, alors ce n’est pas de nos forces et en dépit de notre propre état pécheur. Mais voici, pour apporter le Royaume plus loin dans le monde, nous pouvons être utiles, et ici notre justice ne sera pas superflue. Bien sûr, pour cela il faut d'abord joindre le Royaume et sa vie pour qu’il ait de quoi porter. Mais, d'autre part, une fois ayant joint, il est déjà impossible de s'arrêter: car dans notre monde se transformant, mais pas encore transformé, le Royaume ne peut exister que dans un dynamisme, il, soit s'élargit, se répand dans le monde, prenant de plus en plus de nouveaux coeurs, soit disparaît, devenant invisible.
Et nous, comme des habitants du Royaume vivant à la frontière le séparant du monde non transformé, nous nous trouvons sur l'onde de ce souffle transformant qui fait irruption dans le monde. Et, si nous voulons rester les habitants du Royaume, nous ne pouvons ne pas le respirer, et donc, ne pas le porter en avant. Seulement ainsi, selon l'idée de l'apôtre, en demeurant en Christ et en vivant Sa vie, nous pourrons apparaître au jour du retour du Sauveur devant Lui, comme les siens, comme des participants de cette oeuvre, qu’Il a commencée et qu’Il nous a permis de participer. Les oeuvres, grâce auxquelles nous est apparue la possibilité de vivre la vie, qui autrement resterait pour toujours inaccessible pour nous.
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).