Pour l'homme, la mort est un événement contre nature. Et cela pour tout homme, dans quelque état qu'il soit, même après la chute et même pour le dernier des pécheurs. Car l'homme a été conçu dès l'origine comme un être profondément unique. Unique non pas comme espèce, car tout être vivant comme espèce est absolument irrépétable, mais comme personne. C'est pourquoi...
Pour l'homme, la mort est un événement contre nature. Et cela pour tout homme, dans quelque état qu'il soit, même après la chute et même pour le dernier des pécheurs. Car l'homme a été conçu dès l'origine comme un être profondément unique. Unique non pas comme espèce, car tout être vivant comme espèce est absolument irrépétable, mais comme personne. C'est pourquoi la mort apparaît pour l'homme comme quelque chose de tout à fait contre nature. Pour les animaux, même les plus hautement organisés, il en va autrement. L'animal n'est pas une personne; il n'est que l'expression et l'incarnation de son genre, de son espèce, de sa sous-espèce, de ce qui, dans le Poème biblique de la création, est nommé par un mot hébreu que l'on pourrait traduire par «type» ou «variété». La mort d'un animal particulier ne change rien de fondamental dans l'existence du genre, de l'espèce ou de la sous-espèce à laquelle il appartient; l'essentiel est la conservation de l'espèce dans son ensemble.
Il n'en va pas ainsi avec l'homme. Ici, chaque personne concrète compte. Et son importance augmente à mesure que croît la plénitude de l'humanité. Or l'humanité, du point de vue biblique, est avant tout ressemblance avec Dieu. Si l'on pouvait imaginer un homme qui aurait complètement perdu l'image de Dieu, non pas figurativement, comme on le dit parfois de personnes totalement déchues, mais littéralement, un tel homme ne vaudrait pas plus, aux yeux de Dieu, que n'importe quel animal. Mais cela, heureusement, n'arrive pas: appliquée à l'homme, la perte de l'image de Dieu n'est toujours qu'une figure de style et jamais le constat d'un fait réel. Dans ce cas, la mort devient inévitablement la destruction de cette unicité personnelle et irrépétable que l'homme possède comme image de Dieu. Ce n'est pas un hasard si, en tout temps et chez tous les peuples, on a regardé la mort comme un mal et comme une anomalie, comme ce qui ne peut pas déterminer entièrement le chemin de l'homme. De là viennent tous les enseignements sur l'après-mort, sur l'immortalité de l'âme, sur le fait que la mort ne peut ni ne doit recevoir sur l'homme un pouvoir total.
Dans le yahvisme, et donc dans le judaïsme, il n'y a aucun enseignement sur l'après-mort; en revanche, il y a la représentation de la résurrection universelle. Le yahvisme et le judaïsme attendent la pleine victoire du Dieu de la vie sur la mort. Et pourtant Celui qui a apporté au monde la plénitude de la vie du Royaume passe par la mort. Non pas une mort imaginaire ou illusoire, mais pleinement réelle. Aussi pleine et absolue pour lui que l'est sa vie. Car le Dieu-homme existe toujours dans la réalité absolue, qu'il s'agisse de la réalité de la vie ou de celle de la mort. L'absence de vie est vécue par lui avec la même plénitude que sa présence. Et si la plénitude de sa vie est le Royaume, alors la plénitude de sa mort est le shéol, ce que le grec appelle l'hadès, l'enfer, cette absence totale de vie, son envers, son inversion, qui s'oppose proprement au Royaume. C'est dans un tel enfer que descend le Sauveur en mourant.
Mais chez Dieu, seule la vie est absolue dans toute sa plénitude. La mort ne peut pas seulement ne pas être absolue pour lui: elle ne peut même pas être pour lui une réalité. Elle n'est réelle que pour le monde séparé de Dieu, dans lequel s'est déroulé le ministère terrestre du Messie. C'est pourquoi la Résurrection suit inévitablement la mort, comme le triomphe de la plénitude de la vie divine sur ce qui, par définition, ne peut triompher. Jésus connaît ce triomphe, mais son savoir ne rend pas pour lui la mort temporaire dans le monde séparé de Dieu moins réelle. Les disciples ne le connaissent pas, et le désespoir les saisit. Cependant, le jour de la Résurrection approche.
27 x) Selon un usage mentionné par le Talmud, des femmes distinguées de Jérusalem préparaient des breuvages apaisants et les apportaient aux condamnés.
31 y) Si on brûle le bois vert , qui ne devrait pas être brûlé (allusion au supplice de Jésus), que ne fera-t-on pas du bois sec (les vrais coupables) ?
33 z) La comparaison avec Mc et Mt montre comment Luc a su faire passer sur le Calvaire une brise de douceur sa foule, vv. 27, 35, 48, est plus curieuse qu’hostile et finalement repentante, v. 48 ; Jésus ne prononce pas les paroles d’apparent désespoir « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »; il continue jusqu’au bout à exercer son ministère de pardon, vv. 34, 39-43 ; il expire en « remettant son esprit entre les mains » du « Père ».
34 a) Ce v. est à maintenir, malgré son omission par de bons témoins.
34 b) Ces mots de Jésus rappellent Isa 53.12. La même appréciation des causes de sa mort reviendra Ac 3.17 ; 13.27 ; 1 Co 2.8. Étienne priera dans le même esprit, Ac 7.60, suivant l’exemple laissé par le Maître à tous ses disciples, 1 P 2.23 ; cf. Mt 18.21-22.
39 c) Le mauvais larron interpelle Jésus comme « Christ », v. 39 ; le bon larron le reconnaît comme « Roi », v. 42 ce sont les deux titres, religieux et politique, autour desquels a tourné tout le procès de Jésus, devant les Juifs d’abord, puis devant Pilate.
42 d) « Avec (c’est-à-dire en possession de) ton royaume ». Var. « quand tu viendras dans ton règne », c’est-à-dire pour l’inaugurer.
44 e) Prodiges cosmiques caractéristiques du « Jour de Yahvé », cf. Mt 27.51.
54 f) Ou, peut-être, « brillait ». Dans ce cas, il y aurait une allusion à la coutume juive d’allumer des lampes au commencement du sabbat (à la nuit tombante).
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.