En disant cela, Paul se souvenait sans aucun doute des paroles du prophète Jérémie, qui affirmait que l'Alliance nouvelle, messianique, ne deviendrait possible que lorsque la Torah ne serait plus seulement gravée dans la pierre, mais écrite dans le cœur de chacun. Par la « lettre du Christ », l'apôtre entend avant tout...
En disant cela, Paul se souvenait sans aucun doute des paroles du prophète Jérémie, qui affirmait que l'Alliance nouvelle, messianique, ne deviendrait possible que lorsque la Torah ne serait plus seulement gravée dans la pierre, mais écrite dans le cœur de chacun. Par la « lettre du Christ », l'apôtre entend avant tout précisément cette Torah intérieure. À l'époque évangélique, on parlait beaucoup et souvent de la Torah intérieure ; dans la conscience du Juif croyant de cette époque, la voie de la Torah intérieure était inséparable de l'idée de justice. L'idéal de la justice—un idéal inaccessible—était l'homme devenu Torah vivante : un homme dont la vie ne serait déterminée que par la Torah intérieure, et par rien d'autre.
Cet idéal était inaccessible parce qu'il était impossible à l'être humain déchu, dont la nature avait été altérée lors de la Chute, de devenir une Torah vivante. Pour cela, il aurait fallu devenir sans péché et abolir entièrement en soi les conséquences de la Chute. La lettre de la Torah indiquait à l'homme un chemin que l'homme déchu ne pouvait parcourir. Il ne pouvait que mourir sur ce chemin, délivré du pouvoir du péché à l'instant de sa mort ; mais rester en vie et devenir une Torah vivante était impossible à l'homme déchu. La Torah gravée dans la pierre témoignait contre l'homme, et son service était un ministère de condamnation. Plus une personne tendait vers l'idéal—afin que la Torah intérieure gouverne toute sa vie, afin de devenir une Torah vivante—plus elle se convainquait que le but était inaccessible. Plus le but paraissait proche, plus infranchissable devenait la barrière du péché qui l'en séparait. Finalement, le but se trouvait tout près—et pourtant demeurait absolument hors d'atteinte.
Seul le souffle de Dieu, le souffle du Royaume entré dans le monde par le Christ, pouvait changer radicalement la situation. La venue du Christ rendit possible ce qui ne l'était pas auparavant : la Torah vivante cessa d'être l'idéal inaccessible du juste et devint un but tout à fait réel de son cheminement. Bien plus, il n'était pas possible d'entrer autrement dans le Royaume. Là, dans le Royaume, aucun péché ne pouvait trouver place, par définition. Il fallait donc que soit libre du péché non seulement Celui qui avait apporté le Royaume dans le monde, mais aussi quiconque voulait en devenir l'habitant. Voilà pourquoi les premiers chrétiens regardaient le Christ comme la Torah vivante, tout en poursuivant eux-mêmes, avec Son aide, le même but. En ce sens, tout chrétien était véritablement une « lettre du Christ » : seul Celui qui est Lui-même la Torah vivante peut faire une Torah vivante de celui qui Lui fait confiance et Le suit. Ainsi, la « lettre du Christ », écrite dans le cœur des fidèles, devient pour eux un laissez-passer vers le Royaume et un chemin de salut.