Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 12 août 2013

La Bible de Jérusalem (fr)

Luc, Chapitre 8,  vers 40-56

III. Ministère de Jésus en Galilée> 40 Guérison d’une hémorroïsse et résurrection de la fille de Jaïre.
40 À son retour, Jésus fut accueilli par la foule, car tous étaient à l’attendre.
41 Et voici qu’arriva un homme du nom de Jaïre, qui était chef de la synagogue. Tombant aux pieds de Jésus, il le priait de venir chez lui,
42 parce qu’il avait une fille unique, âgée d’environ douze ans, qui se mourait. Et comme il s’y rendait, les foules le serraient à l’étouffer.
43 Or une femme, atteinte d’un flux de sang depuis douze années, et que nul n’avait pu guérir,
44 s’approcha parderrière et toucha la frange de son manteau ; et à l’instant même son flux de sang s’arrêta.
45 Mais Jésus dit : « Qui est-ce qui m’a touché ? » Comme tous s’en défendaient, Pierre dit : « Maître, ce sont les foules qui te serrent et te pressent. »
46 Mais Jésus dit : « Quelqu’un m’a touché ; car j’ai senti qu’une force était sortie de moi. »
47 Se voyant alors découverte, la femme vint toute tremblante et, se jetant à ses pieds, raconta devant tout le peuple pour quel motif elle l’avait touché, et comment elle avait été guérie à l’instant même.
48 Et il lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix. »
49 Tandis qu’il parlait encore, arrive de chez le chef de synagogue quelqu’un qui dit : « Ta fille est morte à présent ; ne dérange plus le Maître. »
50 Mais Jésus, qui avait entendu, lui répondit : « Sois sans crainte, crois seulement, et elle sera sauvée. »
51 Arrivé à la maison, il ne laissa personne entrer avec lui, si ce n’est Pierre, Jean et Jacques, ainsi que le père et la mère de l’enfant.
52 Tous pleuraient et se frappaient la poitrine à cause d’elle. Mais il dit : « Ne pleurez pas, elle n’est pas morte, mais elle dort. »
53 Et ils se moquaient de lui, sachant bien qu’elle était morte.
54 Mais lui, prenant sa main, l’appela en disant : « Enfant, lève-toi. »
55 Son esprit revint, et elle se leva à l’instant même. Et il ordonna de lui donner à manger.
56 Ses parents furent saisis de stupeur, mais il leur prescrivit de ne dire à personne ce qui s’était passé.
Lire la suite:Luc, Chapitre 9
Notes:
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Notes sur la partie

43 d) Var. « une femme qui, ayant dépensé tout son avoir en médecins, n’avait pu être guérie par personne », cf. Mc 5.26.


51 e) Cf. Mc 5.37. Mais, ici comme en 9.28 ; Ac 1.13, Jean figure immédiatement après Pierre. Cette façon d’associer Pierre et Jean est commune à 22.8 ; Ac 3.1, 3, 11 ; 4.13, 19 ; 8.14, et au quatrième évangile, Jn 13.23-26 ; 18.15-16 ; 20.3-9 ; 21.7, 20-23.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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