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La Bible en cinq ans pour le 6 juin 2013

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Chroniques, Chapitre 9

III. Salomon et la construction du Temple> 17 Gloire de Salomon., 29 Mort de Salomon.
La reine de Saba apprit la renommée de Salomon et vint à Jérusalem éprouver Salomon par des énigmes. Elle arriva avec de très grandes richesses, des chameaux chargés d’aromates, quantité d’or et de pierres précieuses. Quand elle se fut rendue auprès de Salomon, elle s’entretint avec lui de tout ce qu’elle avait médité.
Salomon l’éclaira sur toutes ses questions et aucune ne fut pour lui un secret qu’il ne pût élucider.
Lorsque la reine de Saba vit la sagesse de Salomon, le palais qu’il s’était construit,
le menu de sa table, le placement de ses officiers, le service de ses gens et leur livrée, ses échansons et leur livrée, les holocaustes qu’il offrait au Temple de Yahvé, le cœur lui manqua
et elle dit au roi : « Ce que j’ai entendu dire dans mon pays sur toi et sur ta sagesse était donc vrai !
Je n’ai pas voulu croire ce qu’on disait avant de venir et de voir de mes yeux, mais vraiment on ne m’avait pas appris la moitié de l’étendue de ta sagesse : tu surpasses la renommée dont j’avais eu l’écho.
Bienheureux tes gens, bienheureux tes serviteurs que voici, qui se tiennent continuellement devant toi et qui entendent ta sagesse !
Béni soit Yahvé, ton Dieu, qui t’a montré sa faveur en te plaçant sur son trône comme roi au nom de Yahvé ton Dieu ; c’est parce que ton Dieu aime Israël et veut le maintenir à jamais qu’il t’en a donné la royauté pour exercer le droit et la justice. »
Elle donna au roi cent vingt talents d’or, une grande quantité d’aromates et des pierres précieuses. Les aromates que la reine de Saba apporta au roi Salomon étaient incomparables.
10 De même les serviteurs de Huram et les serviteurs de Salomon qui rapportèrent l’or d’Ophir, rapportèrent du bois d’algummim et des pierres précieuses.
11 Le roi fit avec le bois d’algummim des planchers pour le Temple de Yahvé et pour le palais royal, des lyres et des harpes pour les musiciens ; on n’avait encore jamais rien vu de pareil dans le pays de Juda.
12 Quant au roi Salomon, il offrit à la reine de Saba tout ce dont elle manifesta l’envie, sans compter ce qu’elle avait apporté au roi. Puis elle s’en retourna et alla dans son pays, elle et ses serviteurs.
13 Le poids de l’or qui arriva à Salomon en une année fut de six cent soixante-six talents d’or,
14 sans compter ce qui venait des marchands et des courtiers importateurs ; tous les rois d’Arabie, tous les gouverneurs du pays apportaient également de l’or et de l’argent à Salomon.
15 Le roi Salomon fit deux cents grands boucliers d’or battu, sur chacun desquels il appliqua six cents sicles d’or battu,
16 et trois cents petits boucliers d’or battu, sur chacun desquels il appliqua trois cents sicles d’or, et il les déposa dans la Galerie de la Forêt du Liban.
17 Le roi fit aussi un grand trône d’ivoire et le plaqua d’or raffiné.
18 Ce trône avait six degrés et un marchepied d’or qui lui étaient attachés, des bras de part et d’autre du siège et deux lions debout près des bras.
19 Douze lions se tenaient de part et d’autre des six degrés. On n’a rien fait de semblable dans aucun royaume.
20 Tous les vases à boire du roi Salomon étaient en or et tout le mobilier de la Galerie de la Forêt du Liban était en or fin ; car on faisait fi de l’argent au temps du roi Salomon.
21 En effet le roi avait des navires allant à Tarsis avec les serviteurs de Huram et tous les trois ans les navires revenaient de Tarsis chargés d’or, d’argent, d’ivoire, de singes et de guenons.
22 Le roi Salomon surpassa en richesse et en sagesse tous les rois de la terre.
23 Tous les rois de la terre voulaient être reçus par Salomon pour profiter de la sagesse que Dieu lui avait mise au cœur
24 et chacun apportait son présent : vases d’argent et vases d’or, vêtements, armes et aromates, chevaux et mulets, et ainsi d’année en année.
25 Salomon eut quatre mille stalles pour ses chevaux et ses chars, et douze mille chevaux qu’il cantonna dans les villes de chars et près du roi à Jérusalem.
26 Il étendit son pouvoir sur tous les rois depuis le Fleuve jusqu’au pays des Philistins et jusqu’à la frontière d’Égypte.
27 Il rendit l’argent aussi commun à Jérusalem que les cailloux, et les cèdres aussi nombreux que les sycomores du Bas-Pays.
28 On importait pour Salomon des chevaux de Muçur et de tous les pays.
29 Le reste de l’histoire de Salomon, du début à la fin, n’est-ce pas écrit dans l’histoire de Natân le prophète, dans la prophétie d’Ahiyya de Silo, et dans la vision de Yéddo le voyant concernant Jéroboam fils de Nebat ?
30 Salomon régna quarante ans à Jérusalem sur tout Israël.
31 Puis il se coucha avec ses pères et on l’enterra dans la Cité de David, son père, et son fils Roboam régna à sa place.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

4 b) « les holocaustes qu’il offrait » versions, 1 R 10.15 ; hébr. corrompu.


7 c) Le texte grec de 1 R 10.8 « tes femmes », qui doit être original. Mais il ne faut pas introduire cette correction ici le Chroniste a évité de parler du harem de Salomon, cf. 1 R 11.1-8.


8 d) En ajoutant ces derniers mots, le Chroniste souligne que Yahvé reste le roi d’Israël.


12 e) C’est-à-dire, probablement, l’équivalent de ses propres cadeaux. Le texte de 1 R 10.13, différent, éclaire celui-ci.


28 f) « Muçur » conj. ; « Égypte » hébr., cf. 1.16.


29 g) Ce prophète, probablement le même qu’Iddo de 12.15 ; 13.22, est peut-être l’« homme de Dieu » anonyme de 1 R 13. Natân et Ahiyya sont connus.


L’Ancien Testament comprend un second groupe de livres historiques, qui doublent en grande partie et ensuite prolongent l’histoire deutéronomiste qui s’étend de Josué à la fin des Rois. Ce sont les deux livres des Chroniques, puis celui d’Esdras et, selon l’opinion commune, celui de Néhémie. Les deux livres des Chroniques n’en formaient primitivement qu’un seul et les livres d’Esdras et de Néhémie faisaient partie du même ensemble, œuvre d’un seul auteur. Non seulement on y retrouve le même style et les mêmes idées fondamentales, mais la répétition, au début de Esd 1, des versets qui terminent 2 Ch 36 certifie l’unité de composition.

Les livres des Chroniques (d’après le titre hébreu ; la Bible grecque et la Vulgate les appellent « Paralipomènes », c’est-à-dire les livres qui donnent les « choses omises », qui apportent un complément) sont donc une œuvre du judaïsme postexilique, d’une époque où le peuple, privé de son indépendance politique, jouissait cependant d’une sorte d’autonomie reconnue par les maîtres de l’Orient : il vivait sous la direction de ses prêtres, selon les règles de sa loi religieuse. Le Temple et ses cérémonies étaient le centre de la vie nationale. Mais ce cadre légaliste et rituel est vivifié par un courant de piété personnelle, par les doctrines de sagesse, par le souvenir des gloires ou des défaillances du passé et la confiance dans les promesses des prophètes.

L’auteur des Chroniques, un lévite de Jérusalem, appartient profondément à ce milieu.

Il écrit après Esdras et Néhémie, notablement plus tard puisqu’il peut combiner à sa guise les sources qui les concernent. Le début de l’époque grecque, avant 300 av. J.-C., paraît être la date la plus vraisemblable. L’ouvrage reçut ensuite des additions, venant d’une ou de plusieurs mains, en particulier les tables généalogiques de 1 Ch 2-9 furent augmentées et des listes nominatives furent ajoutées, probablement celles des partisans de David, 12, celles des prêtres et des lévites, 15, et la longue addition de 1 Ch 23.3 – 27.34, qui recense le personnel cultuel et administratif de David.

Ces compléments, qui peuvent avoir utilisé de bons documents, restent dans la ligne de pensée du Chroniste.

Il manifeste un grand intérêt pour le Temple. Le clergé joue dans son œuvre un rôle prééminent, non seulement les prêtres et les lévites, selon l’esprit du Deutéronome et des textes sacerdotaux du Pentateuque, mais les classes inférieures du clergé, les portiers et les chantres, désormais assimilés aux lévites. La sanctification du clergé s’étend aux laïcs par leur participation aux sacrifices de communion, qui retrouvent chez le Chroniste leur importance ancienne. Cette communauté sainte n’est pas restreinte aux seuls Judéens : par-delà l’apostasie du royaume d’Israël, dont il parle le moins possible, il retrouve les Douze Tribus unies sous le sceptre de David et, au-delà des circonstances présentes, il attend la réunion de tous les fils d’Israël. Les païens eux-mêmes ne sont pas exclus de la prière du Temple. « Israël » est pour lui tout le peuple fidèle, avec qui Dieu avait fait alliance autrefois, avec qui il a renouvelé cette alliance en la personne de David. C’est sous David que se sont le mieux réalisées les conditions du règne de Dieu sur la terre, de la théocratie ; c’est dans l’esprit de David que la communauté doit vivre, avec un constant souci de réforme qui est un retour aux traditions, pour que Dieu lui garde sa faveur et accomplisse les promesses.

Le centre permanent d’intérêt de cette longue histoire est le Temple de Jérusalem et son culte, depuis les préparations sous David jusqu’à la restauration accomplie par la communauté revenue de l’Exil.

Ces grandes pensées du Chroniste expliquent la composition de son ouvrage. Les premiers chapitres, 1 Ch 1-9, donnent des listes généalogiques qui s’attardent davantage sur la tribu de Juda et la descendance de David, sur les lévites, sur les habitants de Jérusalem. Cela sert d’introduction à l’histoire de David qui occupe toute la fin du premier livre, 10-29. Les démêlés avec Saül sont omis, comme la faute avec Bethsabée, les drames de famille et les révoltes, mais la prophétie de Natân est mise en relief, 1 Ch 17, et une place considérable est faite aux institutions religieuses : transport de l’arche et organisation du culte à Jérusalem, 13, 15-16, préparatifs pour la construction du Temple, 21-29. David a dressé le plan, assemblé les matériaux, réglé les fonctions du clergé jusque dans les détails, et il a laissé la réalisation à son fils Salomon. Dans l’histoire de celui-ci, 2 Ch 1-9, la construction du Temple, la prière du roi lors de la dédicace et les promesses que Dieu fait en réponse occupent la plus grande place. À partir du schisme, le Chroniste ne se préoccupe que du royaume de Juda et de la dynastie davidique. Les rois sont jugés d’après leur fidélité ou leur infidélité aux principes de l’alliance, selon qu’ils se rapprochent ou s’écartent du modèle donné par David, 2 Ch 10-36. Les désordres sont suivis de réformes, dont les plus profondes sont celles d’Ézéchias et de Josias ; ce dernier roi a des successeurs impies qui précipitent le désastre, mais les Chroniques s’achèvent par la permission donnée par Cyrus de reconstruire le Temple. On a dit qu’elles se continuaient par les livres d’Esdras et de Néhémie.

Pour écrire cette histoire, l’auteur s’est servi d’abord des livres canoniques, ceux de la Genèse et des Nombres pour les listes du début, surtout ceux de Samuel et des Rois. Il les utilise librement, il choisit ce qui va à son propos, il ajoute et retranche. Cependant il ne cite jamais ces sources essentielles que nous pouvons vérifier. En revanche, il se réfère à un certain nombre d’autres ouvrages, des « livres » des rois d’Israël ou des rois d’Israël et de Juda, un « midrash » du livre des Rois, des « paroles » ou des « visions » de tel ou tel prophète. Ces écrits nous sont inconnus et on discute sur leur contenu et leurs relations mutuelles. Ils décrivaient probablement les différents règnes à la lumière des interventions prophétiques. Il est douteux que le Chroniste ait utilisé aussi des traditions orales.

Puisque le Chroniste a eu des sources que nous ignorons et qui pouvaient être dignes de foi, il n’y a pas lieu de suspecter en principe tout ce qu’il ajoute aux livres canoniques que nous connaissons. Chaque cas doit être examiné pour lui-même et des recherches récentes ont, sur plusieurs points, vengé le Chroniste du discrédit où le tenaient beaucoup d’exégètes. Mais il arrive aussi qu’il donne des informations incompatibles avec le tableau que tracent Samuel ou les Rois, ou bien qu’il modifie sciemment ce que disent ces derniers livres. Ce procédé – qui serait inexcusable chez un historien moderne dont la mission est de raconter, en l’expliquant, l’enchaînement des faits – se justifie par l’intention de l’auteur : il n’est pas un historien, il est un théologien qui, à la lumière des expériences anciennes et d’abord de l’expérience davidique, « pense » les conditions du royaume idéal ; il fait confluer dans une synthèse le passé, le présent et l’avenir : il projette à l’époque de David toute l’organisation cultuelle qu’il a sous les yeux, il omet tout ce qui pourrait amoindrir son héros. En dehors des informations nouvelles qu’il contient et dont on peut éprouver la valeur, son ouvrage vaut moins pour une reconstitution du passé que comme un tableau de l’état et des préoccupations de son époque.

Car il écrit pour ses contemporains. Il leur rappelle que la vie de la nation dépend de sa fidélité à Dieu et que cette fidélité s’exprime par l’obéissance à la Loi et la régularité d’un culte animé par la vraie piété. Il veut faire de son peuple une communauté sainte, pour laquelle se réaliseront les promesses faites à David. Les hommes religieux du judaïsme contemporain du Christ vivront de son esprit, avec parfois des déviations qu’il n’avait pas prévues. Son enseignement sur la primauté du spirituel et sur la conduite par Dieu de tous les événements du monde a une valeur permanente.

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