La parabole de l'ivraie nous parle de ce qu'il est si difficile de suivre au quotidien. Nous voyons bien que le Seigneur nous recommande d'être prudents et de nous abstenir de jugements hâtifs. Mais encore et encore nous nous sentons « comme des dieux, connaissant le bien et le mal » et prononçant des décisions sur les destinées humaines.
Il est très facile de s'écrier : « mauvaise herbe hors du champ » et de commencer à déraciner tout ce qui est mauvais ou nous paraît tel (et souvent, précisément, ne fait que nous le paraître, rien de plus). Et si le maître du champ craint d'endommager le bon épi en arrachant les mauvaises herbes, de telles difficultés ne nous effraient pas. Bien plus, nous sommes prêts à piétiner la moitié de la récolte pourvu que nous puissions nuire aux mauvaises herbes.
Il est vrai qu'en faisant cela nous ne voulons pas penser non plus que ce qui aujourd'hui ressemble à une mauvaise herbe peut demain se révéler une herbe utile. Dans le monde de la nature vivante, bien sûr, de telles transformations sont exceptionnelles, mais nous vivons parmi des hommes, et avec notre prochain des changements encore plus grands sont possibles.
Cependant, l'ivraie n'est pas semée seulement parmi ceux qui nous entourent, mais aussi dans nos propres coeurs. Or il est absurde de déraciner les mauvaises herbes qui nous entourent sans toucher à celles qui poussent de nous-mêmes. À ce compte-là, nous ne remarquerons pas que nous serons envahis jusqu'au sommet de la tête, voire que nous deviendrons nous-mêmes de l'ivraie.
Et voici que dans la terre où poussent à la fois les épis et les mauvaises herbes est jetée une toute petite graine presque imperceptible. Et chose étrange : les mauvaises herbes ne parviennent pas à l'étouffer, même si, au début, elles peuvent la cacher, tant elle est petite.
Mais c'est précisément ce qui paraît insignifiant qui se révèle souvent le plus important. Car c'est justement ce qui pousse de cette petite graine, devenu plus grand que tous les arbres, qui séparera le blé de l'ivraie.
