À première vue, les paroles du prophète sur la délivrance de la main des ennemis peuvent sembler trop rassurantes. Si tout était aussi simple, les personnes d'une foi profonde et sincère, à en croire Baruch, ne devraient jamais souffrir des conséquences de la méchanceté humaine...
À première vue, les paroles du prophète sur la délivrance de la main des ennemis peuvent sembler trop rassurantes. Si tout était aussi simple, les personnes d'une foi profonde et sincère, à en croire Baruch, ne devraient jamais souffrir des conséquences de la méchanceté humaine. Chacun sait pourtant qu'il n'en est rien. Bien plus : le Christ Lui-même, le Messie venu dans le monde pour lui apporter le Royaume, a souffert de la main de Ses ennemis.
Comment faut-il donc comprendre les paroles du prophète ? Dieu peut-Il délivrer une personne de ses ennemis et, s'Il le peut, pourquoi ne le fait-Il pas toujours, loin de là ? Le chemin terrestre du Sauveur pourrait offrir la meilleure réponse à cette question, non parce qu'Il est l'Homme-Dieu, mais parce qu'Il est libre de tout péché.
S'il s'agissait d'une personne ordinaire, on pourrait toujours dire que chacun reçoit selon ses péchés, et il serait difficile de contester de telles affirmations : peu d'hommes connaissent même la mesure de leur propre péché, sans parler des péchés de leurs proches. Et, chaque fois qu'il s'agirait d'une personne ordinaire, une pensée s'insinuerait toujours, peut-être involontairement, dans l'esprit aussi bien de ceux qui interrogent que de ceux qui répondent : et si cela lui arrivait à cause de ses péchés ?
Pour Jésus, en revanche, aucun doute n'est possible : Il ne méritait assurément rien de mauvais, car Il n'a jamais connu aucun péché. Pourtant, durant Sa vie terrestre, Il a souffert comme aurait pu souffrir n'importe quelle autre personne à Sa place. Nul autre, bien sûr, ne pouvait apporter le Royaume au monde, mais quiconque, en accomplissant l'œuvre de Dieu, aurait contrarié les autorités civiles ou religieuses aurait pu être trahi, calomnié et exécuté sous une fausse accusation. Or, selon Ses propres paroles, Jésus aurait facilement pu éviter cela s'Il l'avait voulu, mais alors le ministère pour lequel Il était venu dans le monde serait resté inachevé.
Il en va probablement de même pour chacun de nous. Parfois, Dieu peut nous délivrer de nos ennemis, que nous aurons de toute façon si nous faisons en ce monde quoi que ce soit de bon et de nécessaire. Mais il arrive aussi qu'Il ne puisse nous en délivrer qu'au prix d'un travail laissé inachevé, d'une œuvre de Dieu non menée à son terme. Alors il ne faut pas attendre de délivrance, si du moins nous voulons achever ce que nous avons commencé.
Il arrive parfois que ce soit précisément notre péché, ou plutôt ses manifestations — la méchanceté, l'arrogance, l'agressivité — qui attire vers nous nos ennemis. Nous ne pouvons alors nous en prendre qu'à nous-mêmes. C'est justement là que le repentir et le retour à Dieu peuvent aider : avec le repentir et la conversion, une vie nouvelle commence pour celui qui se repent. Une vie avec Dieu, qui ne permettra pas qu'on lui fasse du tort sans raison.
Le livre de Baruch est un des livres deutérocanoniques absents de la Bible hébraïque. Il est placé par la Bible grecque entre Jérémie et les Lamentations, par la Vulgate après les Lamentations. D’après l’introduction, 1.1-14, il aurait été écrit par Baruch, le secrétaire de Jérémie, à Babylone après la déportation et envoyé à Jérusalem pour être lu dans les assemblées liturgiques. Il contient : une prière de confession et d’espoir, 1.15 – 3.8, un poème sapientiel, 3.9 – 4.4, où la Sagesse est identifiée à la Loi, une pièce prophétique, 4.5 – 5.9, où Jérusalem personnifiée s’adresse aux exilés et où le prophète l’encourage par le rappel des espoirs messianiques.
L’introduction a été écrite directement en grec ; la prière de 1.15 – 3.8, qui développe celle de Dn 9.4-19, remonte certainement à un original hébreu et la même conclusion est probable pour les deux autres pièces. La date de composition la plus vraisemblable est le milieu du Ier siècle av. J.-C.
La Bible grecque garde à part la Lettre de Jérémie, que la Vulgate rattache au livre de Baruch, chap. 6, avec un titre spécial. C’est une dissertation apologétique contre le culte des idoles, développant dans un style banal les thèmes déjà exploités par Jr 10.1-16 ; Isa 44.9-20. L’idolâtrie ici visée est celle de Babylone à une basse époque. La Lettre, qui semble avoir été écrite en hébreu, date de la période grecque, sans qu’on puisse préciser davantage ; 2 M 2.1-3 paraît y faire allusion.
Un petit fragment du texte grec a été découvert dans l’une des grottes de Qumrân ; la paléographie le date des environs de 100 av. J.-C.
L’intérêt du recueil composite qui porte le nom de Baruch est de nous introduire dans les communautés de la Dispersion et de nous montrer comment la vie religieuse y était maintenue par les rapports avec Jérusalem, la prière, le culte de la Loi, l’esprit de revanche et les rêves messianiques. Avec les Lamentations, il est aussi un témoin du grand souvenir laissé par Jérémie, puisqu’on rattacha les deux petits livres au prophète et à son disciple. Le souvenir de Baruch s’est perpétué ; au IIe siècle de notre ère, on mit sous son nom deux Apocalypses qui nous ont été conservées, l’une en grec, l’autre en syriaque (avec des fragments grecs).