Dès les premières lignes, la prophétie est capable de choquer; plus encore, elle entre difficilement dans la conscience. Car il nous est annoncé qu'à cause des péchés d'une poignée d'hommes, tout ce qui existe sera soumis à une extermination totale. Et si, lors du Déluge universel, au moins les poissons pouvaient survivre, maintenant...
Dès les premières lignes, la prophétie est capable de choquer; plus encore, elle entre difficilement dans la conscience. Car il nous est annoncé qu'à cause des péchés d'une poignée d'hommes, tout ce qui existe sera soumis à une extermination totale. Et si, lors du Déluge universel, au moins les poissons pouvaient survivre, maintenant même eux devront payer pour les actes humains. Qu'est-ce que cela signifie, et pourquoi quelqu'un devrait-il souffrir pour la faute d'autrui, surtout les créatures muettes, absolument étrangères à ce que les hommes ont commis?
Cela signifie que les normes de la vie spirituelle ne sont pas des jouets. Nous ne nous étonnons pas des règles strictes concernant la manipulation de substances toxiques et radioactives, ni du fait qu'il ne faut pas toucher à mains nues un fil dénudé. Les tristes conséquences d'une violation des règles de sécurité ne nous paraissent pas inattendues; pourtant, pour une raison quelconque, un comportement ignorant et irresponsable face au monde spirituel est considéré comme tout à fait admissible.
Or le Seigneur lui-même nous en a avertis plus d'une fois, et les paroles sur la menace d'une extermination méritée ne sont nullement un acte arbitraire, mais un nouveau rappel, même s'il est exprimé de manière particulièrement abrupte, car les paroles d'avertissements ordinaires passent trop souvent à côté des oreilles: « Revenez à vous, vous perdez non seulement vous-mêmes, mais le monde entier! »
La prophétie appelle jour de colère le jour de l'extermination du monde plongé dans l'impiété. Ailleurs dans l'Écriture, le Seigneur dit qu'il n'y a pas de colère en lui, et nous connaissons de nombreux témoignages de sa miséricorde envers nous; mais nous nous représentons assez mal l'ampleur de sa miséricorde si nous ne pouvons pas imaginer de quelles catastrophes, provoquées par nous, il nous a protégés jusqu'à présent...
3 a) « ce qui fait trébucher » hammakshilôt corr. ; « les scandales » hammakshelôt hébr.
4 b) Le terme est propre au sacerdoce des idoles. L’hébr. ajoute « avec les prêtres », glose omise par le grec.
5 c) L’hébr. ajoute « et qui jurent », dittographie.
5 d) « Milkom » mss grecs, syr. et Vulg. ; « leur roi » hébr. (cf. Isa 57.9). — Avec les survivances cananéennes, v. 4, Sophonie dénonce le culte astral d’Assur, puis le culte des dieux voisins (Milkom, dieu ammonite) mêlé au culte de Yahvé.
7 e) Ce v. s’ouvre par un appel liturgique. Il présente le Jour de Yahvé comme un sacrifice (Isa 34.6 ; Jr 46.10 ; Ez 39.17), dont les victimes seront les Judéens. Les invités sont « consacrés » pour l’immolation, comme en Jr 12.3.
8 f) Ces gens de cour, asservis à l’Assyrie, exercent la régence pendant la minorité de Josias.
9 g) « sautent par-dessus le seuil » pratique superstitieuse (cf. 1 S 5.5). On traduit aussi « ceux qui montent au Degré », peut-être le podium de l’autel ou du trône.
9 h) La « visite » de Yahvé est toute intervention spéciale, favorable ou défavorable ; ici pour le châtiment.
11 i) Le « Mortier » (« la cuvette ») est un quartier de Jérusalem (centre ? sud ?) — « Cananéen » désigne souvent les marchands, cf. Os 12.8 ; Isa 23.8 ; Pr 31.24, etc.
12 j) Littéralement « s’épaississent », comme du vin qui n’est pas soutiré.
14 k) Comme chez Amos, Am 5.18-20, et Isaïe, Isa 2.6-22, le « Jour » est une manifestation redoutable de la puissance de Yahvé ; Dieu paraît en guerrier, cf. Ex 15.3 ; 2 S 5.24 ; Ps 18.8-15, etc., mais c’est contre son peuple pécheur qu’il tourne ses armes. Ce poème a inspiré Joël, Jl 2.1-11, et l’auteur médiéval du Dies irae.
14 l) Ou bien « le brave lui-même pousse des cris d’effroi ».
D’après le titre de son livre, Sophonie a prophétisé sous Josias, 640-609. Ses attaques contre les modes étrangères, 1.8, et les cultes des faux dieux, 1.4-5, ses reproches aux ministres, 1.8, et son silence sur le roi indiquent qu’il prêcha avant la réforme religieuse et pendant la minorité de Josias, entre 640 et 630, donc juste avant que ne commence le ministère de Jérémie. Juda, amputé par Sennachérib d’une partie de son territoire, a vécu sous la domination assyrienne, et les règnes impies de Manassé et d’Amon ont favorisé le désordre religieux. Mais l’affaiblissement de l’Assyrie suscite maintenant l’espoir d’une restauration nationale, qui s’accompagnera d’une réforme religieuse.
Le livre se divise en quatre courtes sections : le Jour de Yahvé, 1.2 – 2.3 ; contre les nations, 2.4-15 ; contre Jérusalem, 3.1-8 ; promesses, 3.9-20. Sans raison suffisante, on a voulu retrancher certains oracles contre les nations et toutes les promesses de la dernière section ; comme tous les recueils prophétiques, celui de Sophonie a reçu des retouches et des additions, mais elles sont peu nombreuses : en particulier, les annonces de la conversion des païens, 2.11 et 3.9-10, étrangères au contexte, s’inspirent du Second Isaïe, l’authenticité des petits psaumes 3.14-15 et 16-18a est très discutée et l’on s’accorde à dater du temps de l’Exil les derniers versets, 3.18-20.
Le message de Sophonie se résume en une annonce du Jour de Yahvé (voir Amos), une catastrophe qui atteindra les nations aussi bien que Juda. Celui-ci est condamné pour ses fautes religieuses et morales, qui sont inspirées par l’orgueil et la révolte, 3.1, 11. Sophonie a du péché une notion profonde, qui annonce celle de Jérémie : c’est une atteinte personnelle au Dieu vivant. Le châtiment des nations est un avertissement, 3.7, qui devrait ramener le peuple à l’obéissance et à l’humilité, 2.3, et le salut n’est promis qu’à un « reste » humble et modeste, 3.12-13. Le messianisme de Sophonie se réduit à cet horizon, qui est sans doute limité mais qui découvre le contenu spirituel des promesses.
Le petit livre de Sophonie a eu une influence restreinte et il n’est utilisé qu’une fois dans le Nouveau Testament, Mt 13.41. Mais la description du Jour de Yahvé, 1.14-18, a inspiré celle de Joël et a fourni au Moyen Âge le début du Dies irae.