Il est prescrit de purifier le lépreux guéri de sa maladie exactement comme on purifie du péché. Plus précisément, non pas du péché lui-même, mais de ses conséquences — car on ne peut que se repentir du péché, tandis que de ses conséquences...
Il est prescrit de purifier le lépreux guéri de sa maladie exactement comme on purifie du péché. Plus précisément, non pas du péché lui-même, mais de ses conséquences — car on ne peut que se repentir du péché, tandis que de ses conséquences il faut bien se purifier. Que signifie une telle purification?
Pour un païen, la purification signifie avant tout une sorte de procédure hygiénique, non pas physique, mais psychique et psychosomatique. On supposait qu'il existe dans le monde bien des choses dont la psychophysiologie humaine peut souffrir si on les laisse agir sur la nature humaine. Était habituellement considéré comme purificateur ce qui est capable de secouer l'homme, d'agir sur son corps et son âme de manière à leur faire vivre un choc — plus ou moins grand. Au moment d'un tel choc, l'homme comme «secouait» de lui-même tous les états psychophysiques stables imposés par des influences extérieures, le vivant comme une purification, une libération à leur égard.
Dans le yahvisme, tout n'était pas exactement ainsi. Bien sûr, le fait de demeurer en présence de Dieu et l'aspersion du sang sacrificiel avaient un effet bouleversant sur la nature humaine — parfois bouleversant même au sens littéral. Cependant, dans ce cas, il se passait encore autre chose : l'action de la présence de Dieu pouvait restaurer cet état psychophysique qui était normal pour l'homme et lui permettait ensuite d'être sanctifié — auprès du même autel, mais par un sacrifice distinct.
Les conséquences du péché détruisaient en effet avant tout les relations de l'homme avec Dieu - elles les détruisaient précisément parce qu'elles changeaient sa nature, en l'adaptant au péché et à la mort plus qu'à la vie (et plus encore — à la vie en présence de Dieu). La même chose se produisait aussi lorsqu'un homme vivait pendant des années, voire des décennies, en mourant lentement de fait, comme vivaient les lépreux : leur nature se transformait, s'adaptant à la mort au lieu de s'adapter à la plénitude de la vie. Les rites de purification et les sacrifices devaient donc arrêter ce processus d'adaptation à la mort et le retourner dans le sens inverse — dans la mesure où un tel retournement était tout simplement possible dans un monde où régnait la mort.