Paul dit de lui-même qu'il lui est égal de rester encore dans ce monde ou de le quitter. Il est prêt, suivant la volonté du Christ, à choisir ce qui est meilleur...
Paul dit de lui-même qu'il lui est égal de rester encore dans ce monde ou de le quitter. Il est prêt, suivant la volonté du Christ, à choisir ce qui est meilleur pour le service qui lui a été confié. L'apôtre lui-même voudrait être libéré et être avec le Christ, mais, s'il est plus utile pour ses frères qu'il poursuive son chemin terrestre, il y consent aussi.
Paul considère cette attitude envers la vie et la mort comme normale et naturelle pour un chrétien, et il appelle ses frères de Philippes à regarder la vie et la mort comme lui-même les regarde. Ce n'est pas étonnant : avec la venue du Christ, beaucoup de choses ont vraiment changé. Et d'abord le rapport entre notre monde non transfiguré et le Royaume qui, selon les paroles du Sauveur, « s'est approché ».
Auparavant, avant la venue du Christ, la mort signifiait d'une manière ou d'une autre le départ vers le monde des ombres, appelé shéol dans la Bible ; dans les livres grecs et de langue grecque, on mentionne l'équivalent grec du shéol, l'hadès, d'où vient d'ailleurs le mot russe « ad », enfer. Il existait aussi, par exemple en Égypte ou en Grèce, des représentations d'un autre au-delà, mais il est difficile de dire exactement ce qui se trouve derrière elles et quel type d'expérience spirituelle elles expriment. Quant à la représentation du monde des ombres, on peut la considérer comme universelle et commune à l'humanité : elle existe d'une manière ou d'une autre chez tous les peuples. Là, dans le monde des ombres, il n'y a pas de vie, mais seulement son pâle semblant, qu'on ne peut appeler vie qu'avec beaucoup de réserve.
C'est plutôt une existence entre l'être et le non-être, où il ne reste pas de mémoire de la vie terrestre et où la conscience de soi ne fait que vaciller. Avec la venue du Christ, tout change. Le processus de la résurrection universelle commence déjà au moment de la mort du Sauveur sur la croix ; les premiers ressuscités sortent des tombeaux précisément à ce moment. Il se poursuit ensuite : le shéol, le monde des ombres sous son ancienne forme, n'existe plus, et si auparavant la mort signifiait la perte définitive, jusqu'à la venue du Messie, de la plénitude de la vie, elle n'est maintenant qu'une frontière séparant les étapes du chemin du chrétien.
La fin de la vie terrestre signifie pour le chrétien seulement le commencement d'une vie nouvelle, et ce qu'elle sera dépend de la manière dont il a parcouru son chemin terrestre. Voilà pourquoi l'apôtre dit qu'il n'y a pour lui aucune différence entre la vie et la mort : il ne vit pas selon sa propre volonté, son chemin terrestre est défini par la volonté du Christ, et donc le moment où ce chemin s'achèvera sera lui aussi déterminé par le Christ Lui-même. Tel est le chemin du chrétien, et c'est précisément ce chemin que Paul appelle ses frères de Philippes à suivre.
12 f) L’arrestation de Paul et le procès qui s’en est suivi.
13 g) Si Paul écrit de Rome, il s’agit de la garde prétorienne qui campait près des murs de la Ville. Si Paul écrit d’Éphèse ou de Césarée, il faut alors songer au personnel du Prétoire, ou résidence du Gouverneur, qui se trouvait dans chacune de ces villes.
14 h) Add. « de Dieu » (Vulg.) ou « du Seigneur ».
20 i) Paul discute ici le fondement d’une décision morale en évaluant ce qui est théoriquement préférable être avec le Christ — vv. 21, 23 — par comparaison avec ce qui est nécessaire au bien de la communauté — v. 24.
23 j) La mort est, aussi bien que la vie, une façon d’être « avec » le Christ, cf. 1 Th 5.10 ; Rm 14.8 ; Col 3.3 ; etc. Paul n’explique pas comment il conçoit ce « gain », v. 21, cette issue « bien préférable », v. 23, dans une existence avec le Christ succédant directement à la mort sans attendre la résurrection de tous, cf. 2 Co 5.8.
25 k) Ce pressentiment, qui d’ailleurs n’est pas encore une certitude, cf. 2.17, s’est réalisé (voir Ac 20.1-6 et les Épîtres Pastorales), à la différence de celui que Paul exprima à Milet, Ac 20.25.
27 l) Le terme grec signifie en son sens premier « mener une vie de citoyen », selon les lois d’une cité. La Cité nouvelle du Royaume de Dieu a le Christ pour Roi, l’Évangile pour loi, et le chrétien pour citoyen, cf. 3.20 ; Ep 2.19.
30 m) Allusion aux persécutions subies par Paul à Philippes, Ac 16.19s ; 1 Th 2.2. Le combat qu’il soutient encore est celui de sa captivité et de son procès.
Philippes, ville importante de Macédoine et colonie romaine, avait été évangélisée par Paul lors de son deuxième voyage, entre l’automne 48 et l’été 49, Ac 16.12-40. Il y repassa à deux reprises au cours du troisième voyage, en hiver 54-55, Ac 20.1-2, et à Pâques 56, Ac 20.3-6. Les fidèles qu’il y gagna au Christ témoignèrent d’une affection touchante pour leur apôtre en lui envoyant des secours à Thessalonique, 4.16, puis à Corinthe, 2 Co 11.9. Et quand Paul leur écrit, c’est précisément pour les remercier de nouveaux subsides qu’il vient de recevoir par l’intermédiaire de leur délégué, Épaphrodite, 4.10-20 ; en agréant leur offrande, lui qui craignait d’ordinaire de paraître intéressé, Ac 18.3, il marque à leur égard une confiance toute particulière.
Paul est prisonnier au moment où il leur écrit, 1.7, 12-17, et l’on a longtemps pensé qu’il s’agissait de sa première captivité romaine. Cependant les échanges fréquents et apparemment très faciles que les Philippiens ont avec lui, et avec Épaphrodite alors près de lui, 2.25-30, surprennent s’il se trouve dans la lointaine Rome. Surtout on comprend mal, si Paul est à Rome (ou à la rigueur à Césarée de Palestine, autre lieu d’une captivité connue de nous), que leur envoi d’argent par Épaphrodite soit la première occasion qu’ils aient trouvée d’aider l’Apôtre depuis leurs charités du deuxième voyage, 4.10, 16, puisqu’il est repassé deux fois chez eux au cours du troisième voyage. Tout s’explique mieux si Paul écrit avant ces deux nouvelles visites, c’est-à-dire à Éphèse entre 52 et 54. Les allusions au « Prétoire », 1.13, et à la « maison de César », 4.22, ne font pas difficulté, car il y avait des détachements de prétoriens dans les grandes villes, en particulier à Éphèse, aussi bien qu’à Rome. Notre ignorance d’une captivité de Paul à Éphèse n’est pas non plus un obstacle insurmontable, car Luc nous a dit fort peu de choses sur ce séjour de presque trois ans, et Paul laisse entendre qu’il y rencontra de bien graves difficultés, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10.
Si l’on admet cette hypothèse, il faut dissocier Ph de Col, Ep, Phm et la rapprocher des « grandes épîtres », en particulier de 1 Co. Loin de s’y opposer, le style et la doctrine de l’épître favorisent plutôt ce rapprochement. Aussi bien cet écrit est-il peu doctrinal. C’est plutôt une effusion du cœur, un échange de nouvelles, une mise en garde contre les « mauvais ouvriers » qui ravagent ailleurs les travaux de l’Apôtre et pourraient bien s’attaquer aussi à ses chers Philippiens, enfin et surtout un appel à l’unité dans l’humilité qui nous vaut l’admirable passage sur les souffrances du Christ, 2.6-11 : que cette hymne rythmée soit citée par saint Paul ou qu’elle soit bien de lui, de toute façon elle apporte un témoignage de première valeur sur la foi primitive.
L’authenticité de Ph ne fait pas de doute mais son unité a été sérieusement mise en question. Pour beaucoup de critiques, ce pourrait être le résultat du regroupement de trois lettres. La division probablement la plus satisfaisante est la suivante : lettre A : 4.10-20 ; lettre B : 1.1–3.1, 4.2-9, 21-23 ; lettre C : 3.2 – 4.1. La lettre A, antérieure aux deux autres, aura été envoyée dès la réception du don apporté par Épaphrodite. La lettre C est probablement la dernière. C’est une brûlante polémique contre des missionnaires judéo-chrétiens dont il n’apparaît aucune trace dans la lettre B ; celle-ci est un appel serein à l’unité et à la persévérance, ainsi qu’au témoignage résolu à la vérité.