En parlant de son propre ministère, Paul mentionne particulièrement son témoignage sur l’Église comme nouveau...
En parlant de son propre ministère, Paul mentionne particulièrement son témoignage sur l’Église comme nouveau peuple unique de Dieu, comprenant à la fois les Juifs qui ont accueilli la bonne nouvelle et les anciens païens qui se sont tournés vers le Christ (v. 1-7). Visiblement, il le considère comme une partie essentielle du témoignage plus général sur le Christ et sur le Royaume (v. 8-13). Au premier abord, une telle attention accordée à une question qui, dans le contexte du témoignage messianique, ne paraît pas la plus importante, peut sembler n’être qu’une nécessité tactique liée au fait que l’Église d’Éphèse, comme la plupart des autres Églises hors de Palestine, était mixte, comprenant aussi bien des Juifs que des anciens païens convertis au Christ. Mais il ne s’agit vraisemblablement pas seulement de cela.
D’une part, les anciens prophètes disaient déjà qu’avec la venue du Messie et l’avènement du Royaume messianique, beaucoup de païens se tourneraient vers le Dieu d’Israël et deviendraient une partie du peuple de Dieu ; et Paul, comme beaucoup de ses compatriotes et coreligionnaires, voyait dans la conversion des païens l’accomplissement des anciennes prophéties. Mais pour l’apôtre, autre chose était visiblement important : il comprenait que la possibilité même d’unir en un seul peuple deux parties de l’humanité auparavant inconciliables témoigne mieux que toutes les paroles de l’essence du Royaume. Car les représentations traditionnelles, largement répandues dans le milieu rabbinique au temps de Paul, supposaient que les païens qui cherchent le Royaume devaient nécessairement devenir d’abord Juifs en acceptant le judaïsme. Une telle approche supposait que les Juifs eux-mêmes n’avaient rien de fondamental à changer dans leur vie spirituelle, qu’en tant que peuple-communauté ils étaient tout à fait prêts à entrer dans le Royaume.
Paul, lui, dessine manifestement un tableau tout autre : les Juifs ne sont pas plus prêts au Royaume que les païens, malgré toute leur religiosité, qui dans ce cas ne peut en rien les aider ; il faudra donc aux uns comme aux autres changer leur vie spirituelle. De plus, personne ne peut compter sur le fait de posséder certains moyens particuliers pour se frayer un chemin vers le Royaume : seul le Sauveur Lui-même peut l’ouvrir à ceux qui cherchent. Un tel tableau contrastait naturellement assez fortement avec les représentations traditionnelles, mais c’est justement lui qui permettait de comprendre ce qu’était ce Royaume dont Jésus témoignait de la proximité.